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Archive for avril 2012

Mon Epouse Favorite (My Favorite Wife, Garson Kanin, 1940)


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Nick Arden vient de se remarier, sept ans après la disparition de sa femme, déclarée décédée dans une expédition à l'autre bout du monde. Mais un jour sa première femme réapparait, et elle est bien décidée à récupérer sa famille et son mari fraichement remarié.

Encore une charmante comédie romantique, comme les américains en avaient le secret à cette période. Mon Epouse Favorite possède tout le charme et l'énergie de ce type de production, et il éprenne efficacement cette joyeuse aventure conjugale, porté par un duo d'acteur (Cary Grant et Irene Dunne) tout aussi charismatique et énergique.

Mon Epouse Favorite suit un développement par chapitres plutôt réussi. Il enrichit régulièrement son pitch en y ajoutant de nouvelles étapes. Ce découpage marqué, relance sans cesse son rythme en enrichissant ses thèmes (la mise en place, le retour, l'annonce, l'autre vérité, la loi, la vengeance, etc...).

Bien que jouant la carte de la légèreté, les thèmes abordés, soigneusement emballés sous l'apparence de la comédie innocente, semblent encore aujourd'hui très "contemporains". Mon Epouse Favorite est bien sur un simple prétexte au divertissement, mais ses ingrédients (comme la bigamie, les aberrations juridiques, la famille recomposée et la relation avec les enfants) donnent une réelle consistance à cette très agréable fantaisie.

Une fois de plus, Cary Grant met son immense talent au service d'un film qui n'a finalement que peu vieillit. Mon Epouse Favorite, même s'il privilégie le comique de situation aux gags visuels et ponctuels, conserve encore tout son rythme et sa fraicheur, il se regarde avec un grand plaisir, même s'il est vrai aussi que sa fin peut apparaître laborieuse. Mais oubliez ce détail, laissez-vous entrainer dans cette excellente comédie et aidez plutôt ce pauvre Nick à résoudre sa quadrature du cercle : "si je veux retrouver mon épouse je dois divorcer de mon épouse... et si mon épouse n'est plus morte, je suis bigame !"

Lady Vengeance (Park Chan-wook, 2005)


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Emprisonnée 13 années pour avoir assassiné un enfant de 5 ans, Gueum-Ja retrouve enfin la liberté. Elle va enfin pouvoir se venger de celui qui l'a envoyé en prison, de celui qui lui a pris 13 années et tant d'autres choses...

Dernier opus de la "trilogie de la vengeance", Lady Vengeance succède à l'atypique Sympathy for Mr. Veangeance (2003) et au surpuissant Old Boy (2004) !

De nouveau Park décortique, dissèque presque, les mécanismes de la vengeance, la justifiant par une situation initiale brutale et injuste, et lui apportant en réponse une action plus brutale encore, le mal appelant le mal. Et lorsque le mal initial est incarné par Min-sik Choi (J'ai rencontré le diable et Old Boy), on dit "encore !")

Une fois de plus, Park brouille les repères et joue avec le spectateur, il fait basculer ses personnages d'un coté puis de l'autre de la ligne, et nous fait hésiter entre compassion et répulsion. Pour ce jeu là, Lady Vengeance déploie une réalisation virtuose et inspirée, sa mise en scène baroque et stylisée servent un scenario diabolique qui distille la vérité à coup de flashbacks maitrisés. Tant pour le fond que pour la forme Park soigne chaque détail de son film, que ce soit  l'image, l'ambiance, le rythme ou la musique, chacun de ses choix fait mouche.

Lady Vengeance prend quelquefois des allures excessives, lyriques, il fonce tête baisée vers son objectif sans se soucier des conventions ou de la morale. Comme sa belle vengeresse, il est jusqu'auboutiste, obsessionnel... C'est cette énergie permanente, sa stylisation presque poussive, mais jamais gratuite ou inutile, qui pourra paradoxalement déplaire dans Lady Vengeance.


Lady Vengeance a ce coté "rock'n roll" ou "Tarantino" qui flirte sans cesse avec les limites, mais si on accepte ses choix, alors il livre ses trésors : créativité, force, fulgurance, poésie morbide, violence et sens de l'image sont bien présents ici, au service d'un film d'auteur déguisé en série B, à moins que cela ne soit l'inverse... Qu'importe ! Quelque soit la nature de cet objet cinématographique, il y a de l'Excellence et de l'Excellent dans ce cinéma coréen. On n'arrête pas de vous le dire.
  

NDLR : Lady Vengeance redonne par ailleurs fortement envie de voir La Femme Scorpion, on avait juste envie de partager cette envie avec vous.

Panique A l'Hotel (Room Service, William A. Seiter, 1938)


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Un producteur sans argent et sa troupe de théâtre cherchent à lever  des fonds auprès d'un riche commanditaire. Installés dans un hôtel, ils doivent faire face au gérant de celui-ci qui, voyant la note impayée augmenter, veut les expulser. Face à cette menace la troupe va développer tout un arsenal de combines et d'arrangements pour éviter l'expulsion et sauver le spectacle.

Les Marx Brothers sont à part parmi les grandes figures comiques américaines : jeux de mots, humour au second degré (quelquefois troisième degré) et usage d'un certain non-sens, voire de l'absurde, plutôt atypiques à cette période... S'ils ont laissé des trésors de créativité au rythme fou (La Soupe Au Canard), Panique à l’Hôtel ne fait hélas pas partie de leurs meilleurs moments.

Ce qui fait la spécificité de leur humour cède ici la place à un comique plus conventionnel, celui du théâtre comique de Broadway d'alors. Panique à l'Hôtel peine à laisser leur folie créatrice s'exprimer et le rythme du film n'atteint jamais le quart de l'énergie qu'ils sont capables de générer.

Panique à l'Hôtel ne décolle donc pas de la simple comédie de boulevard, et si sympathiques que puissent être les aventures de cette joyeuse troupe, roublarde et prête à tout pour sauver leur spectacle, il ne rencontre à aucun moment le génie des Marx Brothers.

Cette "absence" relative du comique des Marx ne laisse aujourd'hui à Panique à l'Hôtel que de rares moments réussis. On retiendra cependant ce qu'il conviendra d'appeler la séquence de la "dinde volante" ou bien encore celle de la veillée funéraire. Sorti de cela, il se regarde aujourd'hui sans grand enthousiasme.

Plein Soleil (René Clément, 1960)


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Philippe Greenleaf est un oisif fortuné qui passe le temps en Italie avec sa fiancée Marge. Tom Ripley, lui, est chargé par le père de Philippe de le faire retourner aux Etats-Unis, mais en attendant il fait office d'assistant personnel de Philippe qui le méprise souvent. Tom entreprend alors de faire disparaitre Philippe afin de prendre sa place.

Aura solaire pour ce thriller psychologique bénéficiant d'un Delon au sommet de son charme et de son talent. René Clément met en image ce drame de l'envie et de la convoitise en choisissant le soleil de l'Italie comme témoin.

Plein Soleil se construit autour d'un crime, mais ce n'est pas tant sa résolution que les motivations de son auteur dont il est ici question. Le film dresse le portrait d'un tueur calculateur, mu par la convoitise et dont la passage à l'acte trouve ses origines dans la frustration. Delon envahi littéralement l'écran en donnant chair à cet homme décidé à s'offrir une nouvelle vie, il l'incarne si justement que le spectateur excuserait presque son acte. C'est cette inversion des rôles, puisque c'est la victime qui devient presque "coupable" dans Plein Soleil (Mairice Ronet absolument impérial), qui donne au film ce caractère trouble et fascinant.

Plein Soleil, subtilement, désoriente. Il agît sur le spectateur comme un soleil de plomb à midi ! Il l'entoure complètement, le submerge, et comme une insolation, lui donne la fièvre, trouble son jugement. Ce n'est qu'à la fin de Plein Soleil que la fièvre retombe, que le spectateur s'aperçoit qu'il s'est aventuré trop loin avec Tom Ripley.

René Clément signait avec Plein Soleil un thriller psychologique particulièrement fin et subtil, en jouant habillement sur le rythme, et en distillant habilement les clés de ses personnages. Tranquilement et avec nonchalance, il installe une ambiguïté et une tension des plus réussies qui font de lui un film noir à l'européenne : un film noir "méditerranéen".

La nouvelle de Patricia Highsmith dont il est tiré, "Mr. Ripley", fut réadaptée en 1999 par Anthony Minghella, avec Matt Damon et Jude Law : Le Talentueux Mr. Ripley... 



La Guerre Est Déclarée (Valérie Donzelli, 2011)


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Roméo et Juliette est un couple destiné au bonheur parfait. Mais l'harmonie disparait lorsque une tumeur du cerveau est diagnostiquée surAdam, leur fils de 2 ans. Ensemble, ils affrontent le cauchemar de tout parents.

La Guerre est Déclarée, appuyé du caractère autobiographique de son histoire, ne laisse aucune chance au spectateur, celui-ci s'immerge et vit intensément cette puissante histoire de courage.

Son sujet pesant, traité avec fantaisie, légèreté parfois, évite adroitement le pathos et la grosse artillerie du mélo désespéré. Toute la force de La Guerre est Déclarée réside dans l'énergie positive qu'il dégage à chaque événement dramatique, il revêt alors l'apparence d'un hymne à la vie, fort et exaltant, et fait ressentir une vigueur jubilatoire.

La seule réserve qu'il soulève est dans le style qu'il propose. Alternant la fantaisie, force de vie, et le drame de la maladie dans une succession de scènes au style hétérogène, il passe d'indéniable moments de grâce (le verdict médical sur fond de Vivaldi !) à des passages plus décalés (la chanson) ou encore à d'autres presque chorégraphiés à la Lelouch. Si l'intention est claire et plutôt bien vue, cette illustration des hauts et des bas de la vie rate certaines de ses articulations, et si elle surprend, elle n'évite pas des "débrayages" brutaux chez le spectateur.

On pourra aussi regretter le jeu parfois artificiel de Jérémie Elkaïm (alors qu'il a vécu avec Valérie Donzelli le drame à la base de ce film) et certains dialogues un peu faibles, peut être victimes d'une trop grande envie de faire naturel et authentique. Malgré ces réserves, le couple qu'ils forment à l'écran est rayonnant, il force la sympathie et la compassion, on a envie de les aimer, les prendre dans ses bras et les soutenir. 

La Guerre Est Déclarée est avant tout un beau film, fort et émouvant, mais ses choix de réalisation, peut être un peu bobo, risquent de ne pas survivre à l'évolution de l'air du temps. Ne restera alors que la force de son  histoire, et c'est déjà énorme.


Piégée (Haywire, Steven Soderbergh, 2012)


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Mallory Kane travaille pour le gouvernement. Trahie par sa hiérarchie après une mission à Barcelone, elle est contrainte de fuir. Mallory mettra tout en oeuvre pour comprendre les raisons de cette situation et se venger.

Superbe casting pour ce Sodergergh étonnant, malgré son scénario dénué d'originalité. Ewan McGregor et Michael Fassbender, entre autres, donnent la réplique et les coups à une personnalité du free fight : la puissante Gina Carano.

Alors qu'Haywire n'aurait dû être qu'une série B ordinaire, dans les mains de son réalisateur, il devient un objet d'expérimentation. Remplissant ses fonction de divertissement efficace, Soderbergh prend le parti d'inverser le rythme habituel des films d'espionnage en décalant le rythme de son film sur toutes les séquences qui ne sont pas d'action (aidé pour celà par la cool BO de David Holmes !).

Haywire devient alors cool et décontracté, à la manière d'un Ocean 11, mais devient silencieux et réaliste lors de ses hallucinantes séquences de combat, qui dénuées de toute musique et de montage excessif, dégagent une intensité rare. Exploitant le potentiel de son athlète féminine, il dépouille les combats de leurs artifices cinématographiques pour ne retenir qu'une efficacité destructrice et définitivement létale ! 

Avec Haywire, Soderbergh opte pour une structure non linéaire de son récit, comme s'il s'ennuyait dans un cinéma trop calibré, il expérimente des rythmes différents et injecte régulièrement des moment plus atmosphériques. Bien que déjà vu, le sujet de Haywire est ici traité avec une volonté de tout les instants de s'éloigner des codes du blockbuster tout en préservant sa dimension de "simple divertissement".

C'est le traitement particulier de sa réalisation qui fait de Haywire un très agréable moment, il permet de s'immerger dans un univers très Jason Bourne sans en ressentir la comparaison. S'il peut déconcerter par son rythme très personnel, Haywire est tout à fait réussi dans son genre, il fait parti de ces films qui surclassent leur catégorie initiale, surprennent, voire même stimulent. Un plaisir faussement simple...


doorama.com : 200 déjà !


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Merci de vos visites, toujours plus nombreuses, sur doorama.com !

A l'occasion de de sa 200ème critique, doorama.com vous donne son Top 6 (mais pourquoi 6 ?) de l'année écoulée. Pas nécessairement les meilleurs films de l'année, mais des coups de coeur et/ou des bonnes surprises...

Alors voilà, sans ordre et en vrac...




N'hésitez pas à faire remonter vos réaction en laissant un commentaire.

Merci de votre fidélité.
> La rédaction

Le Bon, La Brute et le Cinglé (Kim Jee-Woon, 2008)


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En Manchourie, une carte au trésor dérobée aux Japonaix attire toutes les convoitises. Brigands, voleurs, tueur à gages, chasseur de prime et armée japonaise veulent tous mettre la main sur ce Cinglé qui à cette carte !

Attention, Le Bon, La Brute et le Cinglé décoiffe ! Après le superbe Bittersweet Life (2006) et avant l'hallucinant J'ai Rencontré le Diable (2011), Kim Jee-Woon réalisait ce western asiatique barré et défoulant.

Hommage évident à Le Bon, la Brute et le Truand, cette variation s'amuse des codes instaurés par Sergio Leone et les utilise vers une course au trésor effrénée (à la façon d'Un Monde Fou, Fou, Fou). Rempli d'humour et d'action, le film de Kin Jee-Woon joue à fond la carte du divertissement et du décalage avec son modèle (façon Tatantinienne) pour transformer son film en pur moment de fun.

Véritable démonstration de la virtuosité de son réalisateur (quel sens de l'image, du montage !), Le Bon, La Brute et le Cinglé est aussi un réel plaisir pour les yeux. Il regorge de couleurs vives et chatoyantes (n'ayant à priori pas leur place dans ce désert Manchou !) qui lui donnent une beauté visuelle réjouissante et lui confèrent une étonnante touche de fantaisie particulièrement bien géré.

Mais comme fatigué de son rythme fou, le film s'essouffle sur la fin en sur-utilisant la carte de la "joyeuse pagaille". Certaines scènes deviennent confuses, la mise en scène semble moins soignée, et le contraste avec la grande qualité de ce qui précédait se fait alors grandement ressentir. 

Mais ne boudons pas notre plaisir, s'il s'use un peu sur la longueur, Le Bon, La Brute et le Cinglé reste une fantaisie brillante, atypique et originale. Il regorge de bon moment et, même imparfait, demeure un objet cinématographique ciselé, qui au delà du  divertissement réussi, confirme et impose avant tout l'immense talent de son réalisateur : Kim Jee-Woon !


Duellistes (Ridley Scott, 1977)


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Pendant  les guerres napoléoniennes un incident entraine deux officiers, Gabriel Féraud et Armand d'Hubert, à s'affronter en duel. L'honneur bafoué du perdant et sa volonté de revanche déclenchera une rivalité, toute leur vie durant, prétexte à rechercher chaque occasion de combattre l'autre.

Comme une réponse à Barry Lyndon, Ridley Scott, réalise son film en costume, évoquant lui aussi un destin (ou plutôt deux) raconté sur plusieurs années, dans plusieurs lieux dans l'Europe. Comme Barry Lyndon, Les Duellistes est lui aussi visuellement particulièrement soigné et esthétique, mais cependant moins pictural que son aîné. Mais la comparaison s'arrête là.

Adapté d'une nouvelle de Joseph Conrad (Apocalypse Now), Les Duellistes suit le parcours de deux officiers (Harvey Keitel et Keith Carradine) qui se vouent une rivalité obsessionnelle, et concentre ses articulations scénaristiques sur les choix de ses personnages. Alors que Redmond Barry n'était qu'un bois charrié par le courant, nos deux duellistes, par leurs actions et leurs réactions, sont les moteurs, les deux seuls décideurs de leur destin : ils s'évitent, s'éloignent (en prenant du galon) ou se chargent (à l'épée, au sabre, à cheval et au pistolet dans de magnifiques séquences) !

Le film de Scott fait presque abstraction de son contexte, pour se concentrer exclusivement sur l'antagonisme des hommes et son incidence sur leur vie. La mort qui plane sur chacune de leurs rencontres est davantage synonyme de finalité, elle est l'expression de libération pour l'un et d'accomplissement pour l'autre.La lutte de ces ennemis intimes devient une quête au long cours pour le spectateur, sa conclusion logique sera pire que celle attendue. 

Une fois de plus, Ridley Scott démontrait sa formidable capacité à s'emparer d'un genre cinématographique et à en livrer une vision brillante. S'il n'est pas un Auteur, Scott est un faiseur de génie, appliqué et inspiré. Son Duellistes, sous ses allures "modestes", est un immense film, puissant et passionnant, qui trouve tout naturellement sa place parmi les plus grands face à face mythiques du cinéma. Un incontournable souvent oublié à (re)découvrir absolument.

Colorful (Karafuru, Keiichi Hara, 2011)


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Arrivée dans l'au-delà, une âme se voit accordé une chance de réparer et comprendre ses erreurs. Elle est pour cela renvoyée sur terre dans le corps de Makoto, un adolescent mal dans sa peau qui vient de tenter de se suicider. La découverte du difficile quotidien de Makoto sera elle une chance de "rédemption" ?

Très belle et très sensible histoire sur un adolescent en détresse, Colorful possède l'immense qualité de traiter d'une bien jolie manière le thèmes difficile du mal-être chez les ados. A travers cette âme expérimentant la vie abimée de son hôte, Keiichi Hara,  aborde la question du besoin et du rejet des autres, et parvient à distiller de très beaux moments d'émotion avec une grande délicatesse .

Le spectateur reconstruit, en même temps que cette âme, le parcours de fragilités et de souffrances de Makoto, il expérimente lui aussi, touche après touche, le sentiment d'incompréhension et d'isolement ressenti par Makoto. C'est cette compréhension de l'autre et de ses souffrances que Colorful parvient admirablement bien à retranscrire et partager avec nous.

Visuellement très beau et sobre, Colorful est une belle immersion dans une famille japonaise contemporaine. En dépit de son sujet difficile, le film de Hara parvient à exhaler, à l'image de son affiche, un agréable parfum de bonheur et de bien être pour le spectateur. Et c'est finalement bien de bonheur dont il est question dans Colorful !

Un bémol cependant. Si Colorful évite habilement la naïveté et la compassion excessive, s'il évite aussi le sentimentalisme stérile, à Doorama on est moins séduit par cette impression de morale, de "leçon de vie" qu'il laisse au final. Mais devant le message qui nous est ici livré, on se dit aussi : "et si c'en était une ?".


Un Million Clé En Main (Mr. Blandings builds his Dream House, H.C. Potter, 1948)


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A l'étroit dans leur appartement de New York, Jim Blandings entreprends d'acquérir la maison de ses rêves pour sa petite famille. Il trouve la maison idéale, mais la bonne affaire initiale va vite se transformer en gouffre financier sans fin.

Charmante comédie de H.C. Potter, Un Million Clé En Main, raconte le parcours du combattant pour tout nouvel acquéreur de foyer et poussera l'aventure jusqu'à la construction !

Rien ne sera épargné aux Blandings, chaque décision entraînera une augmentation immédiate de la facture et des soucis, tel un un domino en entraînant un autre.

Si Un Million Clé en Main possède bien ce charme si particulier des comédies américaines de cette période, jouant à fond la carte du rêve américain, son rythme s'est hélas bien ralenti.

Un peu laborieux à se mettre en place, le film tarde à trouver son rythme et sous-exploite certains ressorts comiques (comme par exemple les rapports entre Mme. Blandings et l'ami de la famille...). Enfin, on ressent une certaine frustration à ces péripéties en cascade, puisque jamais, malgré leur fort potentiel comique, voire burlesque, elles n'atteignent réellement l'envergure qu'elles méritent.

Qu'importe ce traitement tempéré, Un Million Clé En Main demeure une agréable comédie romantique, non dénuée de charmes (Cary Grant en tête), qui devrait rappeler bien des souvenirs à de nombreux propriétaires !

La Derrnière Vague (The Last Wave, Peter Weir, 1977)


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Alors que l'Australie subit de curieux troubles météorologiques, à Sydney, un avocat, doit assurer la protection d'un groupe d'aborigènes impliqués dans un homicide. Par le biais de curieux rêves prémonitoires, il va rapidement s'interroger sur l'hypothèse d'un meurtre tribal ainsi que son propre rôle.

Sauf surprise, les plus grands films de Peter Weir sont derrière lui (Witness, Hanging Rock, le Cercle des Poètes Disparus, The Truman Show pour certains) la Dernière Vague en fait partie.

Sur fond d'enquête initiatique et de quête identitaire, La Dernière Vague possède bien des qualités. Sur un scénario ambitieux (fin du monde, cultures ancestrale, parcours initiatique, cause aborigène, rêves prophétiques, etc...) Peter Weir distille un puissant climat de mystère, il développe adroitement les nombreuses facettes de son film pour lui donner une richesse certaine et construire une dimension fantastique complexe et passionnante.

Porté par un Richard Chamberlain excellent (la preuve existe dans ce film), La Dernière Vague propose un étonnant parcours, du film catastrophe à celui de film fantastique, qui s'appuie sur une habile utilisation de thèmes de réflexion comme la cohabitation des cultures, les croyances de nos sociétés et même l'écologie, en filigrane, au travers d"une apocalypse à venir, à laquelle une société demeure sourde à ses symptômes (grêle, pluie noire...).

Paradoxalement, c'est cette même richesse thématique qui viendra troubler le spectateur, puisque aucune clé ne lui étant livré, il se retrouvera seul avec tout ce beau matériaux sans réel notice de montage. La Dernière Vague est une lente prise de conscience, une quête de vérité et d'identité, nimbé d'un impressionnant climat de mystère particulièrement réussi (notamment par l'utilisation de l'Ere des Rêves aborigène - Dreamtime).

Si, à l'image de la météo tout n'est pas toujours clair, il demeure aujourd'hui un film terriblement intriguant qu'il convient de (re)découvrir malgré ses quelques rides (de sagesse) superficielles.
Il réveillera aussi chez certain l'envie de revoir un Wolfen ou bien un Nomads...


Sherlock Holmes 2 : Jeu d'ombres (Guy Ritchie, 2011)


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Sherlock Holmes poursuit toujours Moriarty, et celà d'autant plus qu'il ajoute à ses projets de destabilisation mondiale l'élimination du Dr. Watson.

A quoi bon s'aventurer dans ce blockbuster artificiel qui creuse le même sillon dessiné par le premier opus. Guy Ritchie continue avec acharnement de dynamiser et moderniser le personnage de Conan Doyle, ou plutôt ce qu'il en reste.

Cette suite jettera effectivement au spectateur tout ce pour quoi il est venu (poursuites, énigmes, beaux ralentis genre bullet-time et aventure), mais à quel prix !
La fin du 19ème siècle n'est ici qu'un décorum inexploité, artifice inutile d'un scénario déjà vu qui pourrait prendre place aujourd'hui comme demain.
Quand au légendaire esprit du détective, il est ici traité à la manière d'un super pouvoir digne d'épater les kids : Holmes est très fort, il comprend tout, prévoit tout, voit tout... Les Héros gagnent toujours, là n'est pas le problème, mais à quoi bon suivre leurs aventure lorsque toute surprise vous est ôtée, lorsque tout est tellement prévu et attendu qu'il en devient vain d'attendre la chute ?

Aucune âme n'habite ce Sherlock Holmes 2 (ni même cette franchise) si ce n'est l'ambition de vendre n'importe quoi n'importe comment à des spectateurs trop dociles. Guy Ritchie remplit sans doute à merveille le cahier des charges demandé par ses proucteurs, mais le résultat ressemble au "mémorable" Ligue des Gentlemen Extraordinaires, le style tape à l'oeil et punchy de Ritchie en plus.

Sherlock Holmes 2 Jeu d'Ombres n'est qu'un triste recyclage d'éléments scénaristiques, déjà maintes fois porté à l'écran, maladroitement (voire même malhonnêtement !) déguisé en Sherlok Holmes par un Guy Ritchie qui joue l'épate inutile et un Robert Downey Jr. surjoue jusqu'à l'exaspération.

Ce buddy movie blockbusterisé à coup de numérique sera divertissant pour les plus cléments d'entre vous, pour les autres une épreuve inutile et infantilisante vous attend.

Inferno (Dario Argento, 1980)


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A New York, Rose découvre que l'immeuble dans lequel elle vit est l'antre d'une des Trois Mères, la mère Ténèbre (la mère des Soupirs est à Fribourg, la mère des Larmes à Rome...). Effrayée de sa découverte, elle demande à son frère vivant à Rome de la rejoindre, mais lorsqu'il arrive enfin, Rose à disparu...

Deuxième volet de la Trilogie des Trois Mère (avec Suspiria en 1977 et Mother of tears en 2009), Inferno reprend, et pousse encore plus loin, l'esthétique baroque et hyper coloré de son prédécesseur. Sur ce point, Dario Argento réussit un film magnifique à l'image, certes très pop et 80', mais dont les bleus roses et rouges criards participent à l'ambiance ésotérique du film et le transforme en une expérience visuelle passionnante et ébouriffante.

En revanche, là où Suspiria kidnappait littéralement son spectateur pour l'immerger dans un monde maléfique en pleine expansion, Inferno échoue à reproduire l'expérience et rate complètement son développement narratif et la construction de ses personnages. Il accumule une succession de scènes esthétiques et maniéristes, davantage à la recherche de meurtres sanglants stylés giallo que propices à installer un climat maléfique et fantastique. Inferno s'incarne alors en un patchwork mal assemblé, dont l'ésotérisme déserte le scénario pour s'installer du coté du spectateur et parasiter sa compréhension.

Face à cette distance entre fond et forme, Inferno perd de son potentiel vénéneux, son manque de continuité scénaristique le vide de son âme et le transforme en un sous Suspiria, en en pillant tout les ingrédients (mystère, gore, esthétique, musique...) pour les ré-exposer de nouveau, mais à force de surenchère, cette fois-ci de manière gratuites et dégénérée, presque à la limite du mauvais goût.

Rendons cependant hommage à Argento sur un point : le bâtiment dans lequel se situe l'action, véritable personnage central du film, est superbement filmé est exploité. Sous sa caméra il acquiert une vie propre, complexe, il renferme cette âme maléfique cruellement absente du reste de l'oeuvre.

La véritable Alchimie d'Inferno n'est pas dans son thème, comme le décrit Argento, elle réside finalement dans sa capacité à transformer l'or de son matériau initial en plomb cinématographique.
On ne retiendra donc d'Inferno qu'un film médiocre, au climat inégal, mais à la folle esthétique d'un chef d'oeuvre barré.


L'Impossible Monsieur Bébé (Bringing up Baby, Howard Hawks, 1938)


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A la veille de son mariage et d'une importante avancée professionnelle, David Huxley rencontre Susan Vance, une femme excentrique qui va s'enticher de lui. Accompagnée de Bébé, un léopard, et de la complicité de George, un chien, Susan va considérablement bouleverser, dynamiter même, la vie de David...

Bringing Up Baby est un incontournable de la comédie américaine dite 'screwball comedy', un pur moment de bonheur et d'énergie incroyablement chorégraphié par un Howard Hawks en pleine maîtrise.

Quiproquos multiples, dialogues percutants, Cary Grant et Katharine Hepburn survoltés, humour omniprésent, romance, chasse au léopard et course au chien ne sont que quelques un des éléments qui s'enchainent, se superposent et se répondent au millimètre dans un rythme endiablé. Bien qu'aucun numéro de danse n'apparaisse dans l'Impossible Monsieur Bébé, c'est bien à une véritable chorégraphie que nous assistons.

Comédie romantique et débridée, légère et tonique à la fois, Monsieur Bébé regorge de ressorts comiques particulièrement efficaces. Porté par l'un des plus beaux couple qu'il soit à l'écran, il semble impossible de ne pas se laisser porter dans ce flot ininterrompu de rebondissements, derrière lequel l'amour vif et instantané de Hepburn insuffle une vie et une énergie savoureuse.

Chef d'oeuvre total du genre, l'Impossible Monsieur Bébé est intact, tant dans son rythme que dans son humour, sa mise en scène dégage toujours la même vitalité et il conserve encore son statut de maître étalon de la comédie romantique. Bien des tentatives actuelles échouent à concentrer aussi brillamment autant de rythme et de souffle : L'Impossible Monsieur Bébé est toujours aussi jeune.


Prison on Fire 2 (Ringo Lam, 1991)


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Ching termine tranquillement sa peine de prison, mais la cruauté du nouveau chef de la sécurité et les tensions entre chinois et hong-kongais vont le pousse à s'évader.

Suite directe de Prison On Fire, cet opus reprend tout le décor décor précédant (maton cruel, solidarité et conflits entre detenus, survie en prison...) et joue cette fois-ci la carte de l'action et des rebondissements. Même si l'on garde les thématiques, on s'éloigne ici de la réflexion sur l'univers carcéral pour se rapprocher du film d'action, ponctué ici de péripéties en tout genre.

Toujours porté par Chow Yun-Fat (alors méga star à hong-kong, mais pas encore utilisé à l'international), Prison On Fire 2 perd donc de son fond, mais on y gagne en plaisir puisque son rythme plus soutenu lui donne une légèreté et un punch qui lui permettent, bien plus facilement que son préquel, d'affronter son âge et sa nature de film de genre.

Objectivement moins bon que le premier film, n'échappant toujours pas aux scènes sentimentales indigestes, et quand même très typé fin 80's, Prison On Fire 2 se verra sans ennui pour les nostalgiques du cinéma d'action et de genre qui pullulait alors (on regretterait presque le support VHS pour le visionner !)

Sans aucune autre prétention que de remplir 1h30 sans ennuyer le spectateur, Prison On Fire (1 et 2) fait partie du cinéma commercial d'alors, et doit être vu comme tel. Si cette série n'a que peu d'intérêt cinématographique (était-il besoin de le préciser), il faudra lui reconnaître que Ringo Lam, son réalisateur, aura réalisé ce diptyque avec bien plus de soin et de conviction que nombre de productions de cette période (à Hong-Kong comme ailleurs). Envie d'un revival ?

Lily la tigresse (What's Up Tiger Lily, Woody Allen, 1966)


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Phil Moscowitz mène sa plus périlleuse enquête : il doit récupérer la recette de la salade aux oeufs, détenue par de dangereux yakuzas.

Premier film de Woody Allen, Lily La tigresse est en fait un film japonais policier (International Secret Police: Key of Keys) revu et corrigé. Woody Allen à remonté le film et remplacé les dialogues originaux par un doublage de son cru, modifiant ainsi à loisir le scénario original.

Avec ce Lily La Tigresse, Allen signe l'un des premiers, si ce n'est le premier, "détournement". Il livre un film aux allures de simple blague potache, une sorte de grand délire (qui ne l'est pas tant) qui à finalement bien du mal à tenir sa courte longueur, et encore plus le nombre de ses années.

Il ne reste de Tiger Lily, aujourd'hui, qu'une idée (géniale à la base), arrachant quelques sourires timides, mais incapable de dépasser la simple anecdote. Il est même amusant de constater qu'avec le temps, le film japonais initial (vraisemblablement choisi à l'époque pour sa "haute qualité cinématographique") apparaitrait presque plus drôle et plus intéressant que ce premier délire Allenien !


What's Up Tiger Lily est bien évidemment à part dans la filmographie de Woody Allen, il est à réserver aux plus cinéphiles d'entre vous.

Si la rédaction lui accorde ici un très généreux 4, ce n'est pas parce que doorama.com s'est fait détourner, mais bien parce qu'en dépit du résultat, elle reste admirative de l'idée de base originale, et que l'on y sent déjà pointer les prémisses d'un humour qui donnera plus tard le Saturday Night Live et, encore plus tard, le trio Zucker Abraham Zucker...

Shame (Steeve McQueen, 2011)


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La vie de Brandon est essentiellement remplie de son travail. Lorsqu'il n'y est pas, c'est le sexe qui occupe l'autre moitié de sa vie. Lorsque sa soeur en difficulté s'installe chez lui, Brandon à bien du mal à gérer ce nouvel élément qui va déstabiliser son quotidien.

Steeve McQueen retrouve son acteur de Hunger, Michael Fassbender  (peut être davantage connu pour Inglourious Basterds ou Dangerous Method), et reproduit, avec ce deuxième film, son coup de maître passé.

Shame est un film techniquement superbe. Steeve McQueen est un esthète du cadrage et ses longs plans, qu'ils soient fixes ou séquences, permettent au spectateurs de s'immerger lentement dans le monde de Brandon, et de prendre le recul nécessaire pour comprendre ce personnage peu bavard et mesurer l'ampleur de son 'problème'. C'est tout en finesse et subtilité qu'il aborde le portrait d'un homme qui s'est coupé du monde et des autres. Dans l'absolu, le véritable problème de Brandon n'est pas sa surconsommation de sexe, mais l'isolement qui en découle et son incapacité à communiquer ou partager, la perte de l'intimité avec l'autre.

Plan après plan, méticuleusement, la normalité du personnage principal se craquelle et la névrose apparaît, dévorante et omniprésente, fabuleusement incarnée par un Michael Fassbender dont la performance à la fois minimaliste et écrasante laisse pantois. 


Shame est une claque artistique, lentement façonnée, qui révèle progressivement sa grande noirceur et un désespoir palpable. Film lent, silencieux et exigeant, il est une superbe expérience de cinéma, tout comme Hunger l'était déjà.
Alors à ceux qui ne connaissent pas Steeve McQueen : préparez-vous !

Prison on Fire (Ringo Lam, 1987)


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Deux prisonniers se lient d'amitié et affrontent ensemble l'univers carcéral. Brimades, triades, corruption, violence, maton cruel, mais aussi solidarité et liens entre prisonniers sont leur quotidien...

Film de genre made in Hong-Kong réalisé par Ringo Lam (connu chez nous pour avoir dirigé JCVD dans Risque Maximum par exemple), Prison On Fire est un film qui décrit la survie dans l'univers des prisons et s'interroge sur sa capacité à remettre dans le droit chemin ses occupants.

Véritable recyclage de Midnight Express (la prison qui pousses l'homme jusqu'à à ses limites), il explore son sujet en exploitant l'axe dramatique plutôt que celui de l'action ou du voyeurisme. Chow Yun-Fat et Tony Leung y incarnent des prisonniers qui se décrivent eux même comme "mouton et singe" au beau milieu d'un monde de prédateurs, ils permettent à Ringo Lam d'étayer son propos sur l'efficacité mitigée de l'emprisonnement.

Prison on Fire, pour peu qu'on le remette dans son contexte fin 80's et qu'on accepte son traitement Hong-kongais des sentiments (le mélange de violons et de naïveté, véritable code du cinéma HK et chinois, peut apparaître comme bien lourd à certains yeux novices...), tient ses promesses en proposant un film équilibré, riche d'action, aux personnages bien construits, et plutôt intéressant dans les idées qu'il véhicule.

Il est hélas bien difficile de tenir cette distance contextuelle lorsqu'on le découvre en 2012. Prison On Fire, aujourd'hui, tient davantage d'une simple série B d'exploitation au rythme trop lent que d'un film de divertissement finement pensé et étayé d'idées...

Prison On Fire, si réussi pouvait-il être en son temps, ne passe pas le cap des années et ne fait pas partie de ce cinéma de genre qui se patine avec l'âge, il se regarde aujourd'hui comme un simple témoin de son époque. Plutôt bien fait et digne d'intérêt dans l'absolu, il ne dégage plus qu'un charme faible qui permet toutefois de le regarder sans déplaisir.

Barry Lyndon (Stanley Kubrick, 1976)


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Au XVIIIème siècle, suivez le parcours de Redmond Barry, simple irlandais sans fortune, jusqu'à la haute bourgeoisie européenne où il se fera appeler Barry Lyndon...

Que dire de Barry Lyndon ? Sinon que l’ascension et la chute de Redmond Barry sont, bien sûr, incroyablement mis en image par le Maître Stanley Kubrick, soucieux de transformer le moindre plan (le moindre !) de son film en tableau du 18ème...

Barry Lyndon, en plus d'être un film visuellement parfait et éblouissant (si, si!) est avant tout une peinture cruelle de la société et des hommes. Derrière le calme de ses images et l'ordonnancement de que l'on y voit, derrière les somptueux paysages naturalistes et sereins de Kubrick se cache en fait violence et cruauté, de celle que l'on croise dans la Nature.

Le narrateur annonce systématiquement ce à quoi le spectateur va assister : les revers, la bonne fortune, les embuches, le renouveau, etc... Aussi invariablement que les saisons se suivent, aussi prévisible qu'un cycle de vie animal, les échecs et les réussites de Redmond Barry s'accumulent à l'écran, et qu'importe qu'il les ait méritées ou non, puisque au final c'est la Nature qui décidera lui, de son sort, de son destin.

Si l'histoire de Barry Lyndon est bien celle d'un homme et de son ascension, puis de sa chute dans la société, sous la caméra de Kubrick, elle devient un objet d'observation aussi méticuleusement observée qu'une souris de labo. Kubrick observe le destin de Redmond, presque avec amusement, il lui lance un regard cynique, et ne s'y attache jamais puisqu'il est d'ores et déjà perdu. 

 Kubrick, avec Barry Lyndon, transforme le parcours de vie d'un homme en simple anecdote ancrée dans la vieille Europe. Il transforme aussi son film en un bouillonnement d'aller retours entre la Nature et la nature des hommes (pauvre Barry Lyndon qui ne maîtrise pas grand chose de sa propre vie...).

Barry Lyndon est un film immense (à l'image de la filmo de Kubrick), un film parfait (tel un grand monolithe...), un chef d'oeuvre dont chaque nouvelle vision recèle une nouvelle interprétation*...



* voire même, comme c'était le cas pour la rédaction de Doorama lors de son dernier visionnage, à celle d'un documentaire animalier ! (avouez qu'on ne vous l'avez jamais faîte celle là !)

Rébellion (Masaki Kobayashi, 1967)


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Afin d'obéir aux choix de son suzerain, Isaburo Sasahara accepte le mariage de son fils avec Dame Ichi, la concubine répudiée de son maître. Malgré les réticences, celle-ci se révèle être une épouse idéale, et donnera même une fille à son fils. Mais subitement, le suzerain décide de faire revenir Dame Ichi au château. Isaburo s'élève contre cette décision...

Après Hara-Kiri, Kobayashi poursuit l'exploration de l'écrasement du pouvoir féodal sur ses serviteurs. A travers ce drame familial, il dénonce l'injustice, l'aveuglement et l'absurdité du système et évoque la rébellion de ce sabreur qui, après avoir servi son maître toute sa vie par honneur, se dresse contre lui... par honneur aussi.

Ponctuée que de deux (magnifiques !) séquences de sabre, Rébellion s'attarde avant tout (comme le faisait par ailleurs Hara Kiri) sur les raisons qui mènent à la tragédie finale. Tout en tension croissante, Kobayashi démonte la mécanique qui pousse son personnage, toute sa vie soumis, à renier ses valeurs pour en épouser de des nouvelles, plus nobles encore : frustrations et injustices répétées sur les "petits", apporteront la révolte aux "grands" !

Fort et puissant, tant à l'image que sur le plan dramatique, Rébellion est une lente prise de conscience qui traîne implacablement, et de la plus belles des manières qui soit, le spectateur jusqu'à son final, pessimiste et crépusculaire. Plus"calme" que bien d'autres Jidai Gekki, Rébellion tend vers la tragédie davantage que l'action, la critique du système féodal en ressort plus fortement encore, et sa lecture n'en est que plus contemporaine.

Kobayashi livre avec Rébellion est un film sublime, qui se range tout naturellement à coté d'autres grands classiques du cinéma japonais de cette période bénie !


Livide (Julien Maury, Alexandre Bustillo, 2011)


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Trois amis pénètre dans la maison d'une femme dans un profond coma afin de mettre la main sur son trésor. Mais la maison et son hôte endormie ne tardera pas a livrer toute autre chose qu'un trésor...

En 2007 Julien Maury et Alexandre Bustillo avaient livré A L'intérieur, exercice extrême et bien barré, inégal mais fort convaincant pour les amateurs. Avec Livide, on retrouve ponctuellement cette efficacité et cette violence, mais cette fois accompagnées d'une dimension onirique à la Argento (Suspiria notamment).

Hélas, si Livide regorge de visions et d'éléments intéressants, il se perd dans sa volonté de dépasser le simple film de genre, et à force d'ambition sombre dans un fourre-tout qui perd le spectateur. Vampirisme, gore, nostalgie, magie noire et maltraitances (la demeure est une ancienne école de dance tenue par un professeur plutôt exigeant...) sont éparpillés dans un scénario au rythme distendu, parfois confus et incohérent, soutenu par des acteurs et des dialogues peu inspirés.

Livide est très représentatif du fantastique et du cinéma de genre "à la française", on y retrouve une véritable énergie, voire une certaine créativité, mais il ne parvient à rompre avec le lourd héritage du cinéma français, avec la nécessité quasi impérieuse (instinctive ?) de faire du "cinéma d'auteur". Si cela peut faire la spécificité, le plus, de notre cinéma fantastique, c'est aussi ce qui plombe Livide en lui donnant un coté prétentieux, bien incompatible avec sa nature de divertissement teintée de gore. Les deux jeunes réalisateurs semblent confondre fantastique intelligent et ambitions d'auteur...

Bien qu'imparfait et parfois laborieux, Livide recèle cependant d'excellentes choses, tant visuelles qu'au niveau de sa réalisation. Profitons donc des "cadeaux" de Julien Maury et Alexandre Bustillo, et attendons leur prochaine exploration, en espérant qu'elle soit plus ramassée, plus modeste.

Nouveau Départ (We Bought A Zoo, Cameron Crowe, 2011)


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Quelques mois après le décès de sa femme, Benjamin, avec ses deux enfants, décide de tout plaquer pour prendre un nouveau départ. Il trouve sa maison idéale, mais son achat est conditionnée à la reprise du zoo à laquelle elle appartient. Il achète la maison et, appuyé par l'équipe des gardiens dirigée par Kelly, se lance dans l'aventure.

A première vue, Nouveau Départ ressemble à s'y méprendre à une énième mièvrerie américaine, remplie de bons sentiments, destinée à nos kids pour leurs vacances. S'il s'agit effectivement d'une histoire simple, légère et naïve à l'américaine, Cameron Crowe (Presque Célèbre, Singles) lui donne vie avec une efficacité certaine et une finesse insoupçonnée.

Le père en difficulté avec ses enfants, un deuil douloureux, un challenge à relever : toutes les ingrédients habituels sont au rendez-vous, mais ils sont ici traités avec tant de délicatesse, de tact et de retenue (voire même avec goût) qu'ils touchent, émeuvent et forcent la bonne humeur. Matt Damon livre une interprétation parfaite, quand aux femmes du film (Scarlett Johansson, Elle Fanning et même la fille de 7 ans) elles sont étonnantes de justesse et de naturel. Ajoutez enfin une ravissante BO de Jonsi, leader de Sigur Ros ! Belle affiche en fin de compte...

Bref, contre toute attente, Nouveau Départ fait mouche en adoptant un traitement intelligent de son scénario (basé sur une histoire vraie) et en lui imprimant un ton juste. Il mêle adroitement son humour discret avec des moments plus graves et intimistes, sans faute de goût majeure. C'est est une petite douceur, inattendue, un petit pécher qui fait du bien, auquel on peut s'adonner sans crainte de régression ni de perte de neurones.
Sceptiques au début, on se lâche ensuite pour jubiler enfin.
 

NDLR : En plus y'a plein d'animaux, et à doorama on adore les animaux !