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Archive for mai 2012

Hugo Cabret (Martin Scorcese, 2011)


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Après la Première Guerre mondiale, Hugo Cabret est un orphelin qui vit dans une gare parisienne. Fils d'horloger, il entretient les pendules de la gare et fait tout pour réparer un automate, seule "héritage" de son père. La vie de Hugo sera bouleversée lorsque le vieux réparateur de jouet le surprend en train de dérober des engrenages...

Martin Scorcese est un touche à tout de talent (comme Ridley Scott, mais c'est un autre sujet...) qui s'attaque cette fois à un fort joli conte pour enfant...
Hugo Cabret, en plus d'être un film idéal à montrer à vos gnomes d'appartement, possède de surcroit tout ce qu'il faut pour pleinement enthousiasmer aussi les adultes.

Aventure, sentiments et quête sont pleinement et merveilleusement présents à l'image, mais le film se pare aussi (et surtout ?) d'un merveilleux hommage au cinéma, et tout particulièrement à Méliès. Autour de nos rêves, le réel et la magie du cinéma, Scorcese cisèle son scénario, le peuplant de personnages tous plus attachant les uns que les autres (y compris les "méchants") pour livrer, avec Hugo Cabret un trésor de justesse et d'imagination.

Hugo Cabret étonne par sa richesse et sa capacité à satisfaire chaque catégorie de spectateur. Que ce soit visuellement ou sur sa belle histoire, ou bien encore sur son hommage émouvant d'un faiseur de rêve à un autre, Hugo Cabret séduit par son horlogère précision. On savait déjà Martin Scorcese passionnant lorsqu'il porte sa réflexion sur le cinéma (ses deux magnifiques documentaires Un Voyage de Martin Scorsese à travers le cinéma américain et son équivalent italien sont à voir absolument !), avec Hugo Cabret en apporte une sorte de démonstration pratique. 

Que l'on soit porté ou non sur ce type d'histoire, Hugo Cabret est une réussite incontestable. Quant à la rédaction de doorama, notre "Scorcese préféré" reste son incroyable et désopilante adaptation des Lois de Murphy, souvent considérée à tort comme l'un de ses films "mineurs" : After Hours



Sécurité Rapprochée (Safe House, Daniel Espinosa, 2012)


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En Afrique du Sud, Tobin Frost, recherché depuis 10 ans pour avoir trahi son pays, est enfin capturé par la CIA. Mais il n'y a pas que la CIA qui veut Tobin Frost... C'est un jeune agent inexpérimenté qui sera alors amené à le protéger de tous, y compris des siens.

Petit film d'espionnage gonflé à l'action (façon 24 heures), Sécurité Rapprochée est avant toute chose un film au scénario maintes fois vu et hyper conventionnel. Totalement vidé de toute originalité, il se laisse pourtant regarder avec un plaisir certain, Denzel Washington et Ryan Reynolds n'y sont d'ailleurs pas étrangers.

Sécurité Rapprochée joue parfaitement son rôle de "divertissement du dimanche soir", efficace et rythmé, le film de Daniel Espinosa propose une réalisation plutôt bien ficelée au service d'un divertissement qui s'avère finalement plutôt bien ficelé. Il serait en fait vain de pointer son inutilité cinématographique, alors nous n'allons pas la faire ici.

Mis à part son jeu de chat et de la souris, le film est surtout intéressant pour ce qu'il révèle de l'état d'esprit actuels des scénaristes US. Ceux de Sécurité Rapprochée (ici visiblement épuisés)  ont donc pioché dans l'air du temps et en ont rapporté des personnages en défiance contre le système et en quête de justice... Bien qu'exploités de manière peu fine dans Sécurité Rapprochée, ces éléments scénaristiques sont de plus en plus souvent utilisés, et sans faire de grande théorie, on sent bien que Hollywood et le cinéma en général observent avec attention les mouvements de type Anonymous ou Indignés... Les héros et leurs motivations s'en trouvent changés !

Une manière de vous dire qu'au moins, ici, vous échapperez au héros américain qui se bat pour son drapeau et sa patrie, au profit d'un profil plus "individualiste". Faute d'élever le film cela l'aura peut être empêcher de couler, et ainsi aidé à rester dans la catégorie peu reluisante des films "qui se consomment".


Eden Lake (James Watkins, 2008)


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Lors d'un week end en camping, un couple tombe sur une bande de jeunes turbulents et provocateurs. Un incident va transformer la tension en escalade de violence brutale contre le couple.

Entre thriller, survival et horreur, Eden Lake frappe fort ! Soutenu par Kelly Reilly (l'anglaise de l'Auberge Espagnole) et Michael Fassbender (Prométheus, Shame), le film installe doucement son drame, puis gère très efficacement son déchainement de violence, sans tomber dans le ridicule ou l'excès.

Film de genre dense et maîtrisé, Eden Lake, à l'instar de pas mal de cinéma de genre anglais de ces dernières années, incorpore dans son jeu de massacre la violence des ados (on pense à Ils, mais en meilleur). Le choix de cet élément social comme thème de fond, donne à Eden Lake une force indéniable, atténuant son coté horrifique pour le tirer de nouveau vers le drame.

Brutal, voire radical, Eden Lake parvient à installer une intensité sans faille (bien qu'en début d'essouflement vers sa fin) au cours de laquelle il propose de réels moments de tension et de peur, tant son coté fait-divers (on pense à Ils) prend le pas sur le simple thriller de divertissement.

Vénéneux et maitrisé, le film de James Watkins (La Dame En Noir) est est un film de sang, de sueur et de boue qui séduira les amateur de sensation fortes. Sans aucune autre ambition que de faire le show durant ses 90minutes, il est au final un film de genre jouissif qui secoue le spectateur, il est aussi un film de genre qui s'affranchit des limites de ce type de cinéma en laissant derrière lui un véritable sujet de réflexion.

Décidément, on adore les anglais quand ils s'amusent à se faire peur, et encore plus lorsqu'ils le font avec leurs propres démons : l'horreur, la vraie, celle qui fait peur au lieu d'amuser, n'est pas faite de monstres ou les tueurs psychopathes, mais se cache dans les brèches de notre société !


Johnny Guitar (Nocholas Ray, 1955)


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 Johnny Guitar est embauchée pour protéger les affaires de Vienna, avant l'arrivée du chemin de fer, contre les propriétaires envieux de sa position. La situation deviendra explosive entre Emma qui veut se venger de Vienna, et Dancing Kid jaloux de l'amour entre Vienna et Johnny Guitar, dit Johnny Logan, tireur réputé...

Considéré comme un chef d'oeuvre, le film de Nicholas Ray, partage entre son classicisme effréné et sa modernité totale. Johnny Guitar est visuellement aussi daté et rythmé que l'était le cinéma muet (son découpage, ses situations, ses plans...) et utilise les codes les plus traditionnels du western, mais, derrière ses apparences désuètes fait souffler une modernité révolutionnaire, notamment en mettant au premier plan la rivalité totale des deux femmes (le personnage de Johnny discrètement relégué au second plan). Crawford et Hayden y forment, dans ce qu'il est convenu d'appeler un western féministe, un de ces couples forts du cinéma américain.

Réellement déconcertant sur sa forme, le film de Nicholas Ray déconcerte tout autant (mais dans l'autre direction !) quand à sa  maîtrise et la force qu'il dégage dans l'utilisation des thèmes et éléments qu'il véhicule : les premiers pionniers hostiles à l'arrivée de la modernité, l'histoire d'amour difficile, le repère caché, la haine aveugle d' Emma...

Johnny Guitar est un western parsemé de moments quasi mythiques, qui se regarde aujourd'hui comme une oeuvre écartelée entre son fond et sa forme. Peut être ardu à découvrir pour ceux qui ne seraient pas branchés "classiques", mais véritable "bloc cinématographique" qui pourra être vu et revu sans sans s'user.

Les Promesses de l'Ombre (Eastern Promises, David Cronenberg, 2007)


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A Londres, le journal intime d'une mère de 14 ans morte en couche, tombe entre les mains de la sage-femme. Afin de le traduire, celle-ci entre en contact avec Semyounn un homme dont elle ignore l'appartenance à la mafia russe et son implication dans la mort de ce cette jeune mère, violée. Elle fait la connaissance de Nikolai, l'homme de main et chauffeur de Semyoun, alors que la menace russe se resserre sur elle.

Puissant triller, original, sombre et violent, de Cronenberg pour cette deuxième collaboration avec un Viggo Mortensen (après History Of Violence) absolument éblouissant d’ambiguïté et de charisme. Les Promesses de l'Ombre tire en partie son énergie de sa minutieuse et inquiétante peinture du milieu trouble de la mafia russe à Londres, pour l'autre partie : la richesse des thèmes chers à Cronenberg fait le reste !

Précis, efficace et parfaitement construit (à l'exception de sa fin peut être un peu rapide, mais rattrapée par un vertigineux plan final !), Les Promesses de l'Ombre bénéficie de la fascination de Cronenberg pour la violence des corps et les souffrances et déformations qu'ils renferment (les tatouages russes et leur histoire en sont une belle illustration).

Une scène résume à elle seule la puissance et l'intelligence des Promesses de l'Ombre : un combat dans un bain public, entre Mortensen, nu, seulement vêtu de ses tatouages, au prise avec deux agresseurs, habillés et armés de couteaux d’équarrissage... La fragilité du corps confrontée à la violence extérieure, la puissance du même corps, les entailles dans la chair (la chair, l'intérieur, fascine Cronenberg... cf Faux Semblants)... Cronenberg, par ce que font naître ses choix de mise en scène, fait pénétrer chez le spectateur une multitude d'information dont aucune ne laisse impassible. Une scène absolument incroyable !

Les Promesses de l'Ombre est une grande réussite de Cronenberg, aussi riche qu'abordable, c'est un film dense et sobre, sombre et puissant, qui (vous l'attendiez...) "tient toutes ses promesses" !


Lune de Miel Mouvementée (Once Upon A Honeymoon, Leo Mc Carey, 1942)


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Pendant le seconde guerre mondiale, un journaliste cherche des informations sur un Baron autrichien lié à Hitler. Afin de mener son enquête, il se rapproche de la future épouse du Baron dont il tombe amoureux... Son enquête le fera traverser l'Europe en guerre pour suivre le Baron et son épouse.

Leo McCarey participe à l'effort de guerre américain, comme nombre de réalisateurs de l'époque (on pense à Frank Capra...) en réalisant cette comédie engagée contre le nazisme qui rongeait l'Europe.

Si Lune de Miel Mouvementée se regarde avec plaisir, son humour timide et son hésitation à choisir son registre entre espionnage et comédie romantique ne laisse pas de souvenir impérissable. Lune de Miel Mouvementée est léger, rythmé, parfois très drôle mais revêt une forme un peu trop fourre-tout.

Qu'importe ! Le film de McCarey vaut avant tout d'être vu pour le couple Cary Grant - Ginger Rogers dont le jeu énergique, libre et naturel semble aujourd'hui bien moderne, au regard des standards de l'époque !

Lune de Miel Mouvementée émet encore un charme certain et la maîtrise de McCarey y est indéniable en dépit d'un scénario qui ratisse un peu large (romance, humour, espionnage, dénonciation, etc...) et qui de temps à autre manque de fluidité.


Battle Royale (Kinji Fukasaku, 2000)


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Afin de "dresser" un peu ces ados qui ne respectent plus les adultes, le Gouvernement a voté la loi Battle Royale. Chaque année une classe est envoyée sur une ile, sous la supervision des militaires, des armes leur sont distribuées, ils ont alors 3 jours pour s'entretuer : 1 seul seulement doit rester debout à la fin.

Kinji Fukasaku est surtout connu pour ses films de yakusas dans les 70's (Combat sans Code D'Honneur, Guerre des Gangs à Okinawa...). Avec Battle Royale il adapte un celèbre roman japonais d'anticipation.

Parfaitement facho sur les bords (mais "pour rire"), le pitch de BR est aussi provocateur que sa violence est graphique. Durant près de deux heures s'enchaînent tueries (variées et énergiques) et ironie sous l'oeil d'un Takeshi Kitano toujours aussi inquiétant et savoureux.

Battle Royale est un grand défouloir sur fond de critique sociale masquée (l'utilisation du classique y résonne comme un lointain écho de la réflexion de Orange Mécanique), mais il se concentre rapidement sur le pur survival extrême et déjanté (quand les japonais se lâchent, le no-limit n'est pas loin !). Série B nerveuse et réjouissante, Battle Royale s'essouffle cependant assez clairement sur sa fin, la faute à le répétition de ces situations mortelles.

Battle Royale n'en demeure pas moins un jeu de massacre réalisé avec conviction (pas très beau à l'image, mais habilement rythmé, notamment par ses inserts des survivants) qui ravira les amateurs de série B de qualité. Kinji Fukasaku y aborde la perte de la valeur honneur à la japonaise, de manière bien plus ludique que les films de yakusas qui ont fait sa réputation. On peut qualifier BR de film coup de poing, par son sujet audacieux et provocateur (il s'agit d'un retour aux arènes, mais en remplaçant les gladiateurs par nos propres enfants...), mais si fun soit-il, on préfère le désespoir noir et sérieux de ses films 70's à ce défouloir finalement assez manga sur les bords (même si c'est pour notre plus grande joie que nous assisterons à ces geysers de sang sortant de notre progéniture). 

La Colline A Des Yeux (The Hills Have Eyes, Alexandre Aja 2006)


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Une famille tombe en panne en plein désert elle se retrouve sauvagement attaquée par des individus cruels et difformes.

Ce remake de La Colline A Des Yeux de Wes Craven s'inscrit dans la veine de ces grands films d'horreur 70's qui se sont vus dépoussiérés cette décennie (Last House On The Left, Massacre à La Tronçonneuse, Zombie, etc...) et, à l'instar de ces récents concurrents s'en sort plutôt pas mal.

Très fidèle à son original, le film de Alexandre Aja (déjà coupable de l'excellent Haute Tension) prend cependant la liberté de modifier le profil de la famille d'agresseurs en insistant sur ses origines liées aux essais nucléaires américains et en augmentant leur apparence monstrueuse. La conséquence est immédiate : cette version, bien que plus efficace (voire très efficace) privilégie une horreur plus superficielle et divertissante que réellement dérangeante (sauf cet étonnant plan, plutôt culotté, de bébé braqué au magnum ! Gonflé le Aja). Il remplace l'agression d'une famille par une autre en agression d'une famille par des "monstres". Plus ludique, mais moins effrayant...

Moins malsain que son modèle (et bien plus gore), la cure de jouvence de Aja permet à La Colline A Des Yeux de retrouver une intensité et un rythme tout à fait appréciable, et le tout avec une image somptueuse et chaude (on sent le désert dans cette version !). Le remake de Aja est loin d'être inutile, il respecte l'esprit de son modèle, il en livre une lecture plus facile, en le rendant plus fun et divertissant, et surtout élague dans ce qui était aujourd'hui ridicule dans l'original (la psychologie des personnages est allégée et affinée et le chien joue mieux ! si, si !).

On sent qu'Aja aimait la version de Craven et qu'il souffrait de la voir vieillir, cette simple observation permet à ce énième remake de l'horreur 70's de tenir parfaitement ses promesses et de proposer 1h40 d'horreur bien balancée. A doorama on préfère quand même la gêne que procure l'original de 1977, quitte à en supporter ses nombreux inconvénients.

La Colline A Des Yeux (The Hills Have Eyes, Wes Craven, 1977)


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Une famille tombe en panne en plein désert. Au beau milieu de nulle part, elle se retrouve pourtant sauvagement attaquée par des individus cruels et déterminés.

Les plus jeunes d'entre vous connaissent Wes Craven pour Scream, ou bien encore les Griffes De La Nuit (Freddy quoi...), mais avant de vendre la peur au format grand public, il a réalisé La Dernière Maison Sur La Gauche et La Colline A Des yeux, tous deux vécus à l'époque comme des électrochocs.

Si il ne reste presque rien de sa mise en scène et que La Colline A Des Yeux n'est pas très beau à voir (petit budget filmé sans aucun génie), son intérêt demeure aujourd'hui quant à la radicalité de son histoire, tout à fait intacte ! Ne reculant devant rien pour illustrer la sauvagerie et la barbarie de son scénario, Wes Craven frappait fort, si fort qu'aujourd'hui encore son film reste vénéneux et gorgé de poison.

Une famille de dégénérés cannibales et désociabilisés (on pense à Massacre A La Tronçonneuse...) s'en prend à une charmante petite famille américaine type, et c'est pour Craven l'occasion de briser toutes les limites (le cadavre de la mère transformé en piège... et puis, il est quand même question de "manger le bébé"...!) pour donner vie à cette explosion de violence brutale. Ici, pas de discours moralisateur sur "la violence c'est pas beau", c'est même la morale elle même (la famille gentille) qui est attaquée  par la nature sauvage (la famille méchante) et Craven oppose en permanence ces deux mondes, imposant alors au spectateur impuissant les démonstration radicales de la supériorité de la force brute sur la morale (rassurez-vous, ca ne durera qu'un temps, la morale sera sauve à la fin, mais à quel prix !).

La Colline A Des Yeux à donc certes vieilli dans sa forme (les ridicules scènes d'attaque du chien...), mais son énergie hargneuse et provocatrice coulent toujours dans ses veines. Le film de Craven fait naître encore l'indignation, utilisant la violence comme un puissant véhicule jusqu'à l'horreur. Il garantit la peur et l'inconfort du spectateur en lui montrant un bonheur déchiqueté par l'irruption d'une barbarie "gratuite" (élément indispensable à tout bon fait divers, si l'on y réfléchit bien...). La Colline A Des Yeux sous ses allures d'obscur nanars d'horreur 70's reste une belle trace de cette révolte qui a traversé le ciné US de cette décennie. Cheap, c'est vrai, mais toujours aussi dérangeant.


Le Doulos (Jean-Pierre Melleville, 1961)


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Maurice, récemment sorti de prison, tue un receleur et emporte des bijoux qu'il cache. Il s'apprête ensuite a faire un casse, c'est son ami Silien qui lui fournit le "matos", mais Silien travaille comme indic (un "doulos") pour la police.

Le cinéma de Melleville se nourrit du Film Noir américain : loi du milieu avec ses codes, parcours sans issue et destin tragique (la fin du Doulos est d'ailleurs un hommage en écho à celle de Quand La Ville Dort). Dans les mains de Melleville le rythme ralentit, l'action s'intériorise, mais la tragédie demeure : ses protagonistes, malgré leurs aspirations ou leur droiture, n'ont qu'une seule direction...

Avec Melleville, le monde se réduit à ces hommes en uniforme (trench coat et chapeau), le reste de la société se retire, telle la marée, pour ne laisser visible que ses soldats du milieu ou ceux de la police. Le Doulos observe alors ces personnages, avec précision, et avant que leur destin les rattrape met en évidence leur humanité.

"Film d'Hommes" (comme certains des polars d'Alain Corneau), le Doulos montre des personnages en survie permanente, et éphémère, broyés par le fonctionnement du milieu dans lequel ils évoluent. Le cinéma de Melleville met en scène des parcours mortels avec une méticulosité et un rythme qui fascine. L'intensité qu'il installe n'est pas dans les actions des personnages, mais dans ce qu'elles impliquent : comme dans tout bon film noir, les hommes sont résignés à payer le prix de leurs actes, ils se livrent corps et âme aux règles du Milieu, c'est leur chemin de croix intérieur qui nous est livré.

Implacable et imparable, faussement froid et austère, le Doulos est un fabuleux film noir à la française. Belmondo est impérial en traître et salaud (quoi que...), Reggiani bluffant en homme trahi (plusieurs fois ?). On adore se laisser bercer et hypnotiser par la mécanique de Melleville, dont les codes immuables et intemporels transforment cette histoire de gangsters en tragédie à la fois sobre, discrète et forte. 50 ans après, la perfection de son mécanisme et de sa mise en scène donnent encore à ce Doulos des parfums de perfection : Une référence ! (même si Melleville n'en était qu'a son "début" dans ce genre, puisque Le Samouraï, Le Cercle Rouge (etc...) qui suivront parachèveront l'oeuvre immense de Melleville, austère, fascinante et puissante).

Sa majesté des Mouches (Peter Brook, 1963)


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Des enfants se retrouvent seuls sur une île déserte, sans aucun adulte avec eux. Livrés à eux même ils recréent leur propre société, mélange de règles et d'aspiration personnelles.

Peter Brook (immense metteur en scène de théâtre et réalisateur du Mahabharata) adapte à l'écran le roman de William Golding qui évoque une société reconstruite par des enfants.

Sa Majesté des Mouches peut se décrire comme un croisement entre La Guerre des Boutons et Robinson Crusoé, pour son coté film d'aventure, mais se double d'un passionnant regard philosophique sur l'humanité et notre société. Au travers de la transposition de la société des grands sur ces enfants, c'est véritablement de la nature de l'homme dont il est en fait question ici (Et ce d'autant plus que cette histoire prend vie dans une nature vierge, sorte de de jardin d'Eden d'où naitra le premier péché...). Les enfants de Sa Majesté des Mouches redécouvrent leur nature, adossée à l'absence d'adultes, la société qu'ils créent renouera avec la sauvagerie et s’affranchira de toute morale embarrassante.

Sa Majesté des Mouches est un film fort, sincère, à l'état brut, élaborant son propos sur ces mêmes enfants qui sont à la base de son idée initiale. Il propose non seulement une stimulante réflexion sur les origines et notre nature (le tout sous la forme d'un film d'aventure tout à fait jubilatoire), mais en augmente sa force par sa propre forme, elle aussi "originelle"... (budget ridicule, équipe technique et enfants-acteurs amateurs...).

On dit souvent que les enfants sont brutaux et durs entre eux, ceux de Sa Majesté des Mouches n'échappent pas à la règle. Leur retour à une forme de société primitive et leur affranchissement de toute morale effraie les adultes que nous sommes. Le film de Peter Brook revêt alors une force insoupçonnée, il nous parle au plus profond de nous, dérange même, en nous amenant à nous interroger sur nous mêmes, notre système, nos repères... L'écho est d'autant plus fort que le retour en arrière qui nous est montré, trouve hélas pas mal d'illustrations dans notre société actuelle. Sa Majesté des Mouches fait peur car ces enfants ivres de liberté et d'insouciance : c'est nous...

50/50 (Jonathan Levine, 2011)


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Sa 27ème année, Adam apprend qu'il a un cancer. Entouré de sa petite amie, de son ami de toujours, de sa mère et de sa thérapeute inexpérimentée, il a une chance sur deux de vaincre sa maladie.

La tendance de la comédie sur fond de sujet grave ou de société est devenu un genre à part entière dans le cinéma américain (Juno, The Descendants...). 50/50 se range dans cette boite là, brandissant humour bien senti et réalisme de son sujet en promesses pour le spectateur. 

En pratique 50/50 évite effectivement le piège du pathos et de la guimauve excessive. Mais niveau comédie, et même si on peut considérer ce point comme une qualité, 50/50 est bien timide, puisque l'on cherchera en vain le "hilarant" de son affiche française.

Tout à fait sympathique dans son ensemble, 50/50 souffre globalement de ses hésitations. Sa première moitié est agréable, mais peu dynamique et timide à manier l'humour elle se contente de poser le décor, sans dégager de réelle personnalité. La suite joue la carte de l'émotion (proposant effectivement quelques jolies scènes assez touchantes), et abandonne ses gags discrets au profit d'une forme plus dramatique. 50/50 par respect de son ambition douce-amère et sa volonté d'équilibre (ou de réalisme ?) échappe à toute originalité, il ronronne tel un petit moteur, mais ne dégage aucune puissance ni énergie 'contrairement à Descendants par exemple...).

50/50, en dépit de ses qualités et du réel plaisir qu'on prend à sa vision, échoue à séduire complètement le spectateur. Malgré la justesse de tous ses comédiens (Seth Rogen est étonnant en bon pote faussement bourrin), 50/50 ne trouve pas le ton juste, trop appliqué à ne pas se prendre les pieds dans le tapis, il échoue à prendre de la hauteur et se réduit au final à un drame anecdotique.

50/50 réclamait une touche de magie pour fonctionner à plein, elle y est absente et cela à pour conséquence de cantonner le film au simple niveau de "divertissement doux-amer sympa". Paradoxalement, 50/50 est aussi réussi et sympathique que vite oublié. La question est donc : 50/50 victime de son ambition ?



Kwaïdan (Masaki Kobayashi, 1964)


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Quatre contes fantastiques japonais, quatre rencontres entre des hommes et des fantômes... : 1. Un Samouraï retrouve la femme qu'il a abandonné. 2. Après une tragédie, un Bucheron rencontre une femme mystérieuse. 3. Un moine aveugle chante pour des esprits sans le savoir. 4. Un Samouraï voit dans son breuvage le reflet de l'esprit qu'il combattra.

4 histoires de fantôme, très traditionnelles, se partagent ces 3 heures de poésie et de d'audaces visuelles. Kobayashi découvre avec Kwaïdan la couleur, et elle devient pour cet immense réalisateur une source inépuisable d'expérimentations (jusqu'aux ciels remplis d'yeux (très expressionnistes)  du sketch dans la neige).

Kwaïdan est une étape dans le film de fantômes japonais, mais il faudra bien se garder d'en attendre un rythme soutenu pour véhiculer la peur. Kwaïdan est lent, très contemplatif... Il déroule ses 4 histoires, loin de l'horreur ou des spectres d'un Ring, autour les liens entre les esprits et les vivants, plutôt que de raconter des "revanches de l'au delà". La poésie est le moteur de Kwaïdan, le Zen et la tradition ses bases culturelles... Kwaïdan prends son temps, dans un silence rituel inquiétant que seul les "flèches musicales" de Takemitsu viendront briser et illustrer.

A l'image de Hara-Kiri ou Rebellion, Kwaïdan s'impose par la pureté de son cinéma et la richesse de son langage, il est en plus expérience d'immersion totale dans le Japon traditionnel historique et culturel. Si ses spectres sont plus oniriques que toniques (pour les spectateurs fâchés avec sa lenteur), la peur qu'ils véhiculent se cache dans l'ingéniosité de Kobayashi à les mettre en image (et en sons !) : ici, la peur est belle et poétique, attirante, mains non moins implacable, voire mortelle.

Alors certes , on peut "s'ennuyer" dans Kwaïdan, mais si ses esprits ne vous effraient pas, sa leçon de cinéma, elle, ne vous laissera pas indifférent : elle est immense !


Terri (Azazel Jacobs, 2011)


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Terri est un adolescent en surpoids qui vit avec son oncle malade. Solitaire et mal dans sa peau, sa vision du monde va changer avec les "entretiens" qu'il a avec le proviseur de son lycée. Une amitié s'installe entre le proviseur et l'adolescent.

Dans le plus pur style du cinéma indépendant américain, Terri accompagne un temps la vie d'un ado, au moment ou celui-ci va prendre conscience de certaines choses qui vont l'amener à s'accepter et retrouver un peu le goût du quotidien.

Terri se contente de peindre le portrait d'un ado, librement, simplement, sans orienter le jugement du spectateur. Touche après touche, il nous emmène dans un univers sensible, sans pathos ni poncif. Même si l'on met du temps à entrer dans le quotidien du personnage, celui-ci impose sa fragilité et sa douceur au fur et à mesure des rencontres au ton décalé avec son proviseur (John C. Reilly, éminemment sympathique !).

On pense au Cercle des Poètes Disparus, pour la relation du prof à l'élève, mais Terri, lui, ne joue d'aucune carte pour susciter l'émotion, d'aucun violon. Il ne cherche nullement à délivrer une quelconque leçon de vie ou de philosophie, le film de Azazel Jacobs ne fait qu'orienter notre regard vers un enfant "différent" qui cherche sa place, il se contente de montrer avec grande légèreté un parcours de souffrances ordinaire.

Terri est un film doux et délicat qui laisse le spectateur libre de son interprétation. Entre hymne à la différence et ode au partage, Terri déroule son histoire sans autre intention que de nous faire comprendre cet adolescent. On peut certes se dire, après sa vision, que tout ça n'apporte pas grand chose, mais on reste cependant séduit par la justesse de certaine scènes (la soirée à trois, les explications du proviseur...) et l'évolution de son personnage. Terri est un film dénué de fougue ou de génie, mais son ton doux-amer et son joli langage cinématographique, simple et pertinent, le rend tout à fait attachant.
 

Coriolanus - Ennemis Jurés (Ralph Fiennes, 2011)


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De nos jours, le général Coriolanus, est le héros de Rome pour sa victoire contre les rebelles qui la menaçaient. Nommé consul, il est finalement trahi et exilé. Ivre de vengeance, il rallie son ennemi pour renverser le pouvoir en place et conquérir Rome.

Coriolanus est la transposition d'une oeuvre de Shakespeare dans notre monde actuel, les romains antiques cédant leur place à des militaires et le contexte politique et économique collant à l'actualité en insistant sur la fracture entre le peuple et les dirigeants. Ralph Fiennes y fait ses premières armes en tant que réalisateur et partage l'affiche (il y est excellent !) avec Gérard Butler (300) pour déclamer le texte de Shakespeare entièrement conservé.

Coriolanus, entre la tragédie classique Shakespearienne et la modernité de son contexte contemporain, trouvent une résonance étonnante en brouillant les repères temporels. Ralph Fiennes réussit non seulement à démontrer la modernité de l'oeuvre originale, mais en lui redonnant de nouveau un visage actuel, fabrique un univers hybride tout à fait stimulant.

Par son exposition d'un pouvoir politique en uniforme, son fond de révolte et des décors dépouillés, on est à deux doigts d'un univers d'anticipation proche du 1984 totalitaire d'Orwell (trouvant ses bases dans les crises économiques actuelles et, situé en Italie, pouvant même rappeler les souvenirs de l'italie fasciste). Curieusement, on pourrait presque décrire Coriolanus comme un "péplum d'anticipation" ! (tout comme Valhalla Rising pouvait être vu comme un film de vikings, mais aussi comme un film de science fiction... dixit Winding Refn !)

Outre cette interprétation très personnelle, Coriolanus reste avant tout l'histoire d'un homme partagé entre son honneur, son éthique et sa nature brutale, et demeure une intelligente et habile relecture contemporaine de Shakespeare. Modernité et classicisme s'opposent et se répondent (se mélangent même) tout au long de la très belle réalisation de Ralph Fiennes. En plaquant les problématiques de notre crise actuelle en toile de fond de son Coriolanus, Fiennes accouche d'un films qui faute d'être trépidant, n'en demeure pas moins très stimulant. Là ou certains spectateurs peu enclins à Shakespeare ne se heurteront qu'à une tragédie hermétique et statique, à doorama, on a trouvé l'expérience "troublante".

Cheval de Guerre (War Horse, Steven Spielberg, 2012)


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Une rapport unique lie Albert avec Joey, son cheval. Mais la guerre les sépare, et commence alors pour Joey un long périple au travers de l'Europe, ponctué de rencontres fortes, mais aussi dangereuses. Albert et Joey feront tout pour être de nouveau réunis.

A la rédaction, on est pas très copains avec Steven Spielberg... Alors débarrassons nous tout de suite de l'essentiel : Cheval de Guerre est une grande aventure familiale, épique, riche en sentiments avec une belle mise en images. Spielberg réalise un "grand film à l'américaine", sans génie, aucun, mais comme toujours son cinéma à de la gueule, le Monsieur sait faire ! Voilà.

Cheval de guerre est loin d'arriver en tête de sa filmographie. Son sujet grand public vendu à coup de cartes postales irrite rapidement. Son scénario digne d'un Bibliothèque Verte, tire inexorablement le film vers un jeune public 8-12 ans qui ne serait pas encore accroc aux super héros. Adulte, on a bien du mal à digérer facilement la naïveté de son histoire, cette avalanche de bons sentiments dans un monde brutal rime abusivement avec "mièvrerie".

Cheval de Guerre est une aventure exaltant les valeurs d'amitié, de courage et de générosité ; c'est avec ce cheval que ces valeurs apparaissent chez les humains, il en est un catalyseur. S'il possède ses moments de charme (l'amitié entre les soldats anglais et allemand pour sauver Joey... Une exécution devant un moulin...), l'impression qu'il laisse après sa vision est pourtant celle d'un Spielberg en pilotage automatique, usant et abusant des techniques et d'un style qui l'ont consacré mais n’innovant absolument plus.

Ce que l'on reproche à Cheval de Guerre, ce n'est pas sa dimension familiale, mais sa paresse créative masquée par un savoir-faire effectivement évident. Steven Spielberg a visiblement voulu donner à Cheval de Guerre le souffle des grandes fresques (son final hommage à Autant En Emporte Le Vent...), s'il tient effectivement ses promesses à l'écran, il souffre paradoxalement de son classicisme et sa quête de grand sentiments l'embourbe dans la mièvrerie un peu stérile. Spielberg à sans doute réalisé le grand film familial qu'il souhaitait (et c'est réussi pour nos têtes blondes), mais pour beaucoup ce Cheval  de Guerre risque de ne pas dépasser le statut d'un "Autant En Emporte Mon Dada" manquant à la collection Bibliothèque Verte !


La Dame En Noir (James Watkins, 2011)


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Arthur Kipps est envoyé dans un petit village pour régler une succession. Dans la maison de la défunte, il est confronté à une menaçante silhouette noire. Le fantôme qu'il a vu terrorise tout le petit village, le secret qui le motive devra être résolu pour lever la malédiction...

James Watkins, qui nous avait offert l'efficace Eden Lake, se met ici au service de la vieille dame anglaise : La Hammer ! Ambiance gothique, maison hantée, spectres menaçants et mystère irrésolu sont donc naturellement au rende-vous de La Dame en Noir.

Cette histoire de fantôme très classique est efficacement menée, La Dame en Noir parvient à surpasser son scénario usé par une ambiance réussie et une très belle imagerie d'épouvante. Son fantôme tueur d'enfant tient la route jusqu'à une fin de film presque audacieuse ! Quand à Daniel Radcliffe, il injecte tristesse et spleen à Arthur Kipps et parvient à donner une certaine épaisseur à son personnage (même si Harry Potter n'est pas la meilleure école pour acquérir un jeu d'acteur large et nuancé...).

La Dame En Noir est un film de fantôme ponctué d'images inquiétantes (on sursaute parfois, grâce à la réalisation), il évite adroitement l'ennui en se réappropriant les codes du fantastique qui avaient fait le succès de la Hammer (la Hammer, pour ceux qui ne connaitraient pas, est une société de production britannique spécialisée dans le fantastique (à l'esthétique très marquée, grande période de 1955 et 1975). Elle livra pléthore de versions de Dracula et Frankeinstein, et des dizaines de films de vampires, loups-garou et fantômes, souvent avec Peter Cushing et/ou Christopher Lee).

Gentiment efficace, plutôt élégant et tout à fait divertissant, la Dame En Noir évite les pièges du genre. En dépit de son classicisme il renoue avec un certain savoir-faire de la peur à l'écran, en dépoussiérant adroitement les clichés (on pourrait même parler de restauration). Là où un Wolfman ennuyait à mourir, La Dame En Noir se pose en modèle pour une retour de la Hammer, on est encore loin du chef d'oeuvre, mais la réussite est bien là et le plaisir aussi.  

Une Nuit (Philippe Lefebvre, 2011)


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Simon Weiss est commandant à la brigade Mondaine, son métier implique une connaissance et une proximité avec le milieu trouble de la nuit. Pris en tenaille entre l'IGS et ses connaissances, il va devoir, en l'espace d'une nuit, avec son chauffeur, quadriller Paris pour déjouer le piège qui se referme sur lui.


Une Nuit est une plongée noire et climatique sur un flic compromis, très joliment incarné par Rushdy Zem . Bien que son commandant soit corrompu, il n'en est pas pour autant mauvais ou pourri : ses arrangements existent en grande partie pour maintenir la paix dans le Milieu.

C'est une vision plutôt réaliste du métier de flic que propose le film de Philippe Lefebvre. Loin de l'image du héros qui gagne toujours, le personnage de Simon est balloté d'un bout à l'autre du "panier de crabe" dans lequel il évolue, les combats qu'il mène sont stratégiques et non pas physiques. Les multiples scènes nocturnes de traversées de Paris, plutôt élégantes, illustrent fort bien ce lien avec la réalité, elles dégagent une ambiance très réussie.

On pense à du Olivier Marchal pour la volonté de rester proche d'une certaine vérité de terrain (le casting emprunte pas mal de gueules à Braquo), on pense aussi à du Melville pour sa peinture du Millieu et des Hommes qui y évoluent. Une Nuit est noir, il a de l'allure, mais il souffre cependant de sa structure éclatée. A force d'exploser son scénario, façon puzzle, en de multiples endroits de la capitale, son petit jeu de piste finit par ressembler à ces jeux pour enfants où l'on doit relier les points numérotés pour faire apparaître un dessin.

Fin et bien pensé, Une Nuit propose une très belle immersion dans le quotidien de son personnage et le monde de la nuit, mais il échoue hélas à construire une véritable intensité, son minimalisme et la répétition de ses situations (voiture, boite, voiture, boite...) nuisent à son efficacité. Reste à l'écran un très beau projet, un polar  noir, précis et intéressant, mais qui aurait gagné à faire naître un peu plus d'enjeux et d'excitation chez le spectateur.

The Unjust (Ryoo Seung-wan, 2011)


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Un flic et un procureur, ayant tous deux des choses à se reprocher, tentent de garder la tête hors de l'eau en se faisant mutuellement pression pour sauver leur peau.

Des flics, des pourris et la loi au centre, le tout venant de Corée. Il n'en fallait pas plus pour éveiller nos attentes. The Unjust s'attaque à la corruption et aux petits arrangements avec la loi, en faisant s'opposer deux protagonistes censés la représenter.

Proprement réalisé et plutôt ambitieux quant à son propos (chic, le scénariste de J'ai Rencontré le Diable !), The Unjust laisse pourtant perplexe. Entre l'ambiguïté de ses personnages, les changements permanents des rapports de force et un scénario plutôt touffu, le film réussit avant toute autre chose à noyer le spectateur.

Ce jeu de chat et de la souris ne cesse de redistribuer les cartes, s'il nuance habilement ses protagonistes, il finit en revanche par rendre particulièrement confus le déroulement du film. Les personnages deviennent illisibles, et bien que leur ambivalence serve le scénario ("tous pourris" !), celui ci se retrouve sans aucun personnage pour le porter. L'ajout de personnages secondaires multiples, en complexifiant encore davantage les relations n'arrangera rien !

The Unjust, faute de fil conducteur clair et à cause de ses incessants changements de perspectives, se retrouve comme amputé de toute intensité. Pourtant non dénué de qualités, il semble pêcher par excès de finesse, et à trop vouloir éviter de se laisser classer, à trop refuser certains codes et stéréotypes se retrouve déséquilibré et manque cruellement de clarté. The Unjust avait tout ce qu'il fallait pour livrer un jeu de cache-cache noir et tendu, mais ne délivrera au final qu'un film ambitieux mais raté.

The Woman (Lucky McKee, 2011)


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Chris, un gentil père de famille, capture un jour une femme revenue à l'état sauvage, mais au lieu de prévenir les autorités, il l'enchaîne dans sa cave. Il à en fait une vision bien à lui du rôle qu'il doit avoir avec cette femme... en fait Chris à même une vision très personnelle de son rôle dans sa propre famille...

Si cette histoire de femme sauvage séquestrée paraît peu attirante, voire ridicule, The Woman offre en fait un tout autre contenu, puisque son pitch cède bien vite le pas à une histoire de tyrannie familiale particulièrement  brutale et efficace.

Long à démarrer, maladroitement rythmé (en particulier par la pire illustration  musicale qu'on ait vu depuis très, mais alors très longtemps) et moyennement mis en image, The Woman voit cependant sa vision récompensée. Le dynamitage de la famille américaine type au profit du père de famille tyrannique, véritable petit dieu despotique chez lui, est particulièrement bien exploité et convaincant (même si les ficelles sont plus qu'apparentes...). The Woman dégage alors un effarant climat de perversion et de malaise, au point d'en estomper sa sauvageonne.

The Woman nous fait gentiment déraper vers un climax efficace, et décidé à aller jusqu'au bout de sa démarche, il ne fera que peu de concessions. Il propose alors des éléments horrifiques comme on aimerait en voir plus souvent, sans pour autant se vautrer dans le gore visuel "facile". Une fois passé son début laborieux et en faisant abstraction son illustration musicale (véritable torture qui abime le film), The Woman balance un bien vénéneux poison : pervers et malsain il s'attaque à la famille et nos chères petites têtes blondes sans jamais reculer ou hésiter.

Même si ca ne se fait pas, on fera donc le tri dans le film de Lucky Mckee. Nous bouderons sa sauvageonne (finalement simple faire valoir des autres éléments du film) pour ne retenir que sa famille broyée par un "petit homme ordinaire" et surtout la détermination avec laquelle McKee traite cette partie. Courageux et téméraire, il livre un résultat horrifique parfaitement savoureux pour les amateurs qui, bien qu'inégal, possède une venimosité et une radicalité à la Wolf Creek ou Eden Lake...

Préparez Vos Mouchoirs (Bertrand Blier, 1978)


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Désespéré de ne pas voir Solange heureuse, Raoul rencontre Christian, ils forment alors un ménage à trois dont le seul moteur est le bonheur de Solange. Lorsqu'ils encadrent une colonie de vacances, le trio fera la connaissance de Christian, un gamin de 13 ans que Solange prend en affection.

Inimitable cinéma que celui de Bertrant Blier. Recomposant le duo des Valseuses, Blier, sans atteindre les sommets des Valseuses, recevra l'Oscar du meilleur film étranger à l'occasion de ces retrouvailles. Sans doute ces deux là y sont pour beaucoup : Depardieu y est énorme, encore vierge du poids de son mythe, et Deware renversant de naturel (à doorama, on pense qu'il est l'un des plus grands acteurs français, toute générations confondues !).

Très ancré dans son époque, Préparez vos Mouchoirs, touchait un sujet aujourd'hui presque inimaginable, en abordant et montrant la relation entre la délicieuse Carole Laure et le personnage de Christian (13 ans ! l'acteur a un petit rôle dans Polisse). C'est sans doute cette liberté totale de Blier et de l'époque qui illumine le film : sujet, traitement, personnage, rythme et dialogues prennent ici une force et une énergie qui étonne et séduit encore lorsqu'on le revoit aujourd'hui.

Même si la deuxième partie de Préparez vos Mouchoirs s'essouffle et s'éparpille un peu, on retient l'incroyable univers conconcté par Blier et les sublimes dialogues, qui trouvent dans la bouche des acteurs un niveau de qualité étonnant, une vie proche du meilleur Audiard (ah... Mozart !). Les personnages de Blier sont lunaires, poétiques, ils s'affranchissent de la réalité et ne gèrent que leur propre bulle, et lorsqu'ils rencontrent la "vraie vie", ils l'absorbent dans leur monde (comme le voisin, Michel Serrault...).

On peut détester le cinéma de Blier, libertaire et provocateur, mais son style et son langage cinématographique sont immenses. Derrière son coté surréaliste et décalé (frôlant l'absurde), il met en image des sujets fort et il parle de nos petits problèmes quotidien avec un véritable humanisme (au service duquel la provocation sert de puissant révélateur).
Si la ballade décontractée n'avait pas recherché une fin définie à son histoire, l'ivresse du spectateur aurait été totale, et nous aurions à doorama volontiers augmenté notre échelle à 8, tant ce cinéma regorge de vie, de fantaisie et de légèreté. En un mot : Savoureux.


Devil Inside (William Brent Bell, 2011)


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En 1989, au cours d'un exorcisme, une femme tue trois personnes. 20 ans plus tard, sa fille se rend en Italie, où est internée sa mère, afin de réaliser un documentaire et déterminer si sa mère est folle ou possédée. Avec l'aide de deux prêtres elle découvre que sa mère est possédée par quatre démons.


Genre dans le Genre, le faux documentaire ou le "found-footage", a maintenant pas mal de bouteille, et aussi pas mal de rides. Si Canibal Holocaust, Blair Witch ou Paranormal Activity (pour ne citer que les projets de genre) ont  rencontré le succès en jouant avec la réalité et leurs "véritables bandes retrouvées !", il faut bien reconnaître que les réussites sont de plus en plus rares.

Devil Inside cautionne sa "véracité" sur la légendaire discrétion du Vatican autour de l'exorcisme, espérant ainsi créer le trouble sur la provenance des images proposées. Peine perdue, car à force de se heurter aux limites techniques du genre (plans épaules, point de vue du caméraman, hors champ, etc...) et tenter de les détourner, Devil Inside revêt bien vite un aspect bien trop scénarisé pour faire vrai. Et dans ce cas là, autant revoir l'Exosciste de William Friedkin dont la fiction basée sur du vrai est finalement plus crédible et bien plus dérangeante.

Quelques courtes scènes de Devil Inside font sursauter et surprennent le spectateur, mais devant toute la panoplie des recettes connues pour recréer le vrai, l'intérêt se fait rare et l'on a quand même bien du mal à se prêter au jeu et à faire de nouveau semblant d'y croire.

Conventionnel dans son genre, mais pas raté non plus, Devil Inside n'est qu'un exercice inutile de plus, sauf à n'avoir jamais vu de films de cette mouvance, ou à un grand amateur de films d'exorcismes (mais dans ce cas là, on aura déjà vu The Last Exorcism, et on le lui préfèrera bien largement). Ces faux documentaires se heurtent décidément toujours aux mêmes écueils (cf Apollo 18 ou Silent House).

A notre avis, Chronicle mis à part, Grave Encounters est la dernière bonne surprise en date du genre, et doorama en profite pour recommander Rec à ceux qui seraient passés à coté.

Intruders (Juan Carlos Fresnadillo, 2011)


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En Espagne, un petit garçon est confronté à des rêves où un croque-mitaine sans visage essaye de l’attraper. En Angleterre une jeune adolescente fait les mêmes rêves. Mais les rêves vont s'avérer bien plus réels lorsque son père verra lui aussi cet homme sans visage.

Juan Carlos Fresnadillo nous avait séduit à deux reprises déjà, avec Intacto (2003), un intéressant thriller ibérique teinté de fantastique, et le très fun et efficace 28 Semaines plus Tard. Mais avec Intruders, fini le fun et exit l'intérêt.

Basé sur le pitch des peurs enfantines qui prennent forment dans la réalité, la première moitié de Intruders suit la petite musique bien connue du quotidien qui bascule doucement, incident après incident, vers le fantastique. Hyper conventionnelle cette partie ne suscite que peu d'intérêt et le l'on se surprend à attendre la fin avec une grande impatience.

A mi-course Fresnadillo injecte de nouveaux éléments scénaristiques et tente d'orienter son scénario vers des horizons un peu plus consistants. Mais si ces horizons semblent intéressants et prometteurs, nous n'en verrons hélas pas la couleur, et les origines de cette incarnation nocturne ne prendront définitivement pas chez le spectateur. Malgré sa tentative de relever le niveau au dessus du simple film de croque-mitaine, le réalisateur s'embourbe dans un entremêlement d'histoires parallèles et une utilisation du thème du père-enfant, de la transmission, qui ne fonctionne tout simplement pas.

Intruders ennuie, ne surprend pas et, pire encore, ses personnages perdent en crédibilité avec son déroulement. Clive Owen se sort à peine de cette entreprise, la révélation finale s'écroule d'elle même son son propre poids (pourtant pas bien lourd) et les bonnes intentions initiales de son réalisateur se trouvent tant malmenées, qu'elles semblent bien prétentieuses au vu du résultat final.

Quand aux scènes avec le méchant "Sans-Visage", elles ne fonctionneront que pour ceux qui n'ont ni vu Fantômes contre Fantômes, ni la Trilogie des Anneaux. On oubliera donc bien vite Intruders, qui ne laissera pas plus de traces dans nos mémoires qu'une enquête de l'inspecteur Derrick, et on se résignera à attendre sagement la prochaine fournée de son réalisateur, que l'on espère bien supérieure.

Bad Ass (Craig Moss, 2011)


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A Los Angeles, Frank devient un héros local lorsqu'il sauve d'une agression le passager d'un bus. Et lorsque son meilleur ami se fait assassiner, Frank compte bien ne pas laisser ce crime impuni, il va alors découvrir que la mort de son ami est lié à des magouilles entre le maire et un criminel du quartier.

Bad Ass retrouve les fondamentaux du cinéma d'action des années 80, tendance justicier, et à la manière d'un hommage au genre nous livre son scénar type du pépé qui prend les choses en main. Pour son style général, Bad Ass ressemble à Hobo With a Shotgun ou bien encore à Machete, quand à son personnage, on pense bien sur à Eastwood avec son Gran Torino (à la différence qu'ici, c'est juste pour le fun).

Danny Trejo revêt l'uniforme de ce gentil sexagénaire (ex vétéran du vietnam) qui décide d'agir quand la police ne le fait pas. Même si son personnage aux allures de geek attardé (short et banane old school en guise d'emblème) est écrit avec humour, l'évidence saute aux yeux : Danny Trejo est aussi infiniment sympathique et charismatique que mauvais acteur ! Pas grave... : on aime quand même son incomparable gueule !

Bad Ass se construit autour de nombreuses bastons, mais là encore l'évidence s'impose : le rythme n'est pas là, le montage primitif, et Bad Ass se traine, à l'image de son vieux personnage. Bad Ass n'a bien sûr pas d'autre prétention que de pondre une série B estampillée 80's, mais la pauvreté générale du projet, tant scénaristique qu'au niveau de sa réalisation, est loin de convaincre et d'emporter l'adhésion.

On peut voir en Bad Ass un agréable petit film-hommage, mais si agréable soit cette aventure volontairement simplissime et bourrin, et si amusant soit son personnage, il ne propose au final qu'un divertissement puéril et enfantin qui n'est hélas pas sauvé par son second degré (ou plus !).

La médiocrité généralisée plane donc sur Bad Ass ! Néanmoins, Il parvient à dégager un certain capital sympathie, il caresse nos souvenirs d'enfance et, regardé avec un oeil bienveillant, est capable de faire naître un petit parfum de revival nostalgique pas si désagréable que ça. Bad Ass restera donc visible, mais à certaines conditions seulement : appartenir aux fans les plus durs et inconditionnels du genre vigilante, aimer les nanars 80's ou bien être en quête d'un petit plaisir régressif, simple et inoffensif, pour offrir à son cerveaux fatigué !
Bref : mauvais, mais sympa.

Malveillance (Mientras Duermes, Jaume Balaguero, 2011)


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César est un gardien d'immeuble calme, serviable et aimé de tous les locataires. Mais derrière les apparences se cache un homme qui n'hésite pas à nuire aux autres dès qu'il le peut, et tout particulièrement à Clara, une locataire chez dans le lit de laquelle il s'invite à son insu chaque soir...

Balaguero aime les histoires qui font peur, il aime choisir un thème inquiétant et le traficote, l'explore et le presse jusqu'à pouvoir en ressortir ses essences de peur. Nous sommes bien sûr loin du cinéma d'auteur, mais le cinéaste connaît ses classiques, de Hitchcock au pur cinéma de genre...

Malveillance est entièrement conçu pour le spectateur, sans calculs ni prétentions, il ne vise qu'à l'emmener 1h42 durant au coeur d'une histoire dont le seul but est de jouer à se faire peur. Pour réussir son coup, Jaume Balaguero adopte une mise en scène sobre, voire conventionnelle, mais soignée.

Bienvenue donc dans le monde de César, roi du faux semblant, incarnation de l'hypocrisie et de la tromperie. Bienvenue dans la tête d'un homme qui à cause de son incapacité à ressentir le bonheur, développe un machiavélisme sans limites dont le seul but est de gâcher l'insultant bonheur des autres.

Malveillance, même s'il n'évite pas quelques scènes poussives, réussit à installer le malaise et le suspense, il prend même un malin plaisir à dépeindre la cruauté gratuite de son concierge malfaisant, et nous emmène très naturellement dans son univers tordu. Sans jamais toutefois mettre suffisamment mal à l'aise pour réellement effrayer, il construit avec intelligence une inquiétante histoire, de celles propices à faire cauchemarder les enfants. Et c'est cette habile exploitation de ces peurs un peu enfantines qui, transposées dans un univers adulte (et avec un grand sens ludique !), risque bien de vous laisser quelques images dérangeantes après sa vision.  Une petite douceur, quoi !