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Archive for juin 2012

Le Juge Fayard dit Le Shériff (Yves Boisset, 1977)


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Un juge d'instruction, tenace et intègre, est amené à mettre au grand jour les collusions entre le grand banditisme et la politique. Malgré les pressions de ses supérieurs et les pressions qui se rapprochent, il poursuit son enquête qui dérange.

Yves Boisset fait partie de ces cinéastes qui "font le job". Avec Le Juge Fayard dit Le Shériff, il signe une fois de plus un excellent film policier et, de nouveau, comme avec Dupont Lajoie ou R.A.S, s'appuie sur des événements réels : ici l'assassinat du juge François Renaud.

Dénonçant l'intrusion de la politique dans le déroulement de la justice, et les connivences avec le milieu, Yves Boisset trouve son inspiration dans les fait-divers entourant "la bande des Lyonnais" (le "toute coïncidence avec des faits réels..." ne dupera personne) et l'assassinat d'un juge. On retrouve donc le même paysage que dans Les Lyonnais d'Olivier Marchal, mais ici vu du coté de la justice, et à notre avis c'est bien plus intéressant et réussi.

Le Juge Fayard dit Le Shériff  est un pur produit de cette époque (on aime voir les héros fumer fébrilement n'importe où, y compris dans leur Renault 4L...), à mi chemin entre l'enquête policière et le sujet de société, mais il reste tout à fait d'actualité quand à la vision qu'il propose de la collusion politique/justice (même si les médias ont maintenant remplacés les balles...). Mais son sujet passionnant n'est pas la seule raison de redécouvrir ce film, l'autre raison, c'est le plaisir de retrouver celui que nous considérons ici à la rédaction, comme l'un des plus grands acteurs français : Patrick Dewaere. Et même s'il ne livre pas sa meilleure interprétation, il construit de bien bel manière ce juge idéaliste au méthodes peu conventionnelles.

Si vous avez envie de vous faire un "bon petit polar", ce Juge Fayard dit Le Shériff fera parfaitement l'affaire. Il vous permettra ainsi de satisfaire vos rétines avec son look 70's et sa réalisation vintage (sans compter l'impressionnante galerie de tronches du cinéma français d'alors, comme François Léotard ou Jean Bouise...) , il flattera vos neurones avec son enquête tout à fais passionnante, et réveillera votre coté citoyen par une inquiétante vision de l'indépendance de la justice. Avec ce Juge Fayard, Yves Boisset a "simplement" signé là un excellent polar qui se redécouvre toujours avec le même plaisir : du cinéma "mineur", mais de grand talent.

Procurez-vous Le Juge Fayard dit Le Shériff ou d'autres films de Yves Boisset ou Patrick Dewaere

Margin Call (J.C. Chandor, 2012)


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Une banque d'investissement décèle des produits toxiques qui menacent sa survie dans ses livres de compte. La nuit qui précède l'ouverture des marchés sera déterminante pour savoir comment échapper au désastre, quitte à déclencher une crise majeure sur les marchés financiers.

Premier film impressionnant de maîtrise pour un réalisateur dont on surveillera avec attention les prochains mouvements, Margin Call est un thriller économique à la Wall Street qui prend son inspiration dans les récentes crises actuelles et dresse, grace à un casting sans faute (Kevin Spacey, Paul Bettany, Jeremy Irons...), un passionnant et terrifiant portrait du monde de la finance.

Sobre et d'une précision chirurgicale, il évoque des hommes et de femmes confrontés à leur propre survie professionnelle. Peuplé de prédateurs cyniques, calculateurs, égoïstes et égo-centrés (irresponsables ?), il explore les rouages de la Finance, et dénonce son caractère impitoyable, le décrivant comme un univers qui ne recule devant rien, quelques soient ses erreurs et quelque en soit le prix, pour rester debout. Criant d'actualité Margin Call fait froid dans le dos en proposant une vision froide, cruelle et implaccable d'un système qui ne compte que ses propres dollars au dépends de toute autre considération sociale ou humaine.

Sa réalisation limpide et son écriture particulièrement fine et soignée, permettent à J.C. Chandor de dresser un vertigineux constat d'inhumanité. A travers le peu de vie de chacun de ses personnages, il propose une vision déshumanisée de la Finance, où chaque élément humain aurait troqué son cerveau contre un logiciel de stats, et son coeur contre un épais portefeuille. Le film de J.C. Chandor se tient loin des clichés et de la caricature, sa démontration est puissante, claire et imparable.

Pour profiter de ce joli morceau de cinéma et se délecter de son impressionnante galerie de "financial killers" (et on apprécie particulièrement l'immense soin apporté à la psychologie de ses psychopathes des chiffres !) il faudra cependant être en forme. Si les objectifs et le message de Margin Call sont clairs et parfaitement identifiés, en revanche on n'en dira pas autant des concepts économiques maniés par ses personnages. Un peu "ardus" pour les simples détenteurs de compte-chèque que nous sommes, ils n'entraveront cependant pas la compréhension des enjeux de Margin Call, ni l'intelligence de son propos.  Un cinéma sans faute, exigeant et précis (on pense à La Taupe pour son développement méticuleux) : passionnant !

Procurez-vous d'autres films de Jeremy Irons ou Kevin Spacey

La Délicatesse ( David Foenkinos et Stéphane Foenkinos, 2011)


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Nathalie voit son bonheur brisé par la mort de son petit ami et se réfugie dans son travail. Lorsqu'un jour elle embrasse Markus, un collègue discret et atypique, elle renoue doucement avec la vie et les sentiments.

David Foenkinos porte son propre roman à l'écran, choisissant judicieusement Audrey Tautou et François Damien pour porter son doux message d'espoir et de vie. Délicat (forcément) et romantique à souhait, La Délicatesse déçoit pourtant autant qu'il émeut.

Tantôt triste et léger, le film de David Foenkinos apparaît pourtant bien imparfait, installant chez le spectateur une impression mitigée. Si le message et les situations qu'il met en scènes touchent, pour la plupart, par leur justesse et leur sensibilité, sa forme déçoit, accumulant souvent des maladresses qui empêche cette Délicatesse de vous submerger. En cause, des comédiens qui tardent souvent à trouver leur vitesse de croisière. Nombre de scènes peinent ainsi à déployer leur charme, et lorsque les comédiens nous emmènent enfin avec eux, la scène suivante perds ce capital, pour repartir à zéro.

Plus que le jeu des acteurs (Damiens est effectivement surprenant, et le charme de Tautou, à la fin de chaque scène, fonctionne systématiquement), la faute en incombe au rythme général du film, qui ne parvient pas à créer le liant nécessaire entre chacun de ses, pourtant beaux, morceaux de vie. Cet aspect fragmenté et ce manque de régularité dans sa progression, casse le charme de l'ensemble en empêchant La Delicatesse d'exprimer pleinement la force de l'énergie amoureuse et les doutes de ses personnages.

Là où, par exemple, Les Emotifs Anonymes parvenait à créer une bulle pour protéger son histoire et favoriser le développement de ses personnages, la Délicatesse échoue à créer cette bulle, ce lien d'intimité entre le spectateur et les personnages. Mais si ces faiblesses de forme et de rythme abiment notre plaisir, elle n'ôtent cependant pas toute force au film. Si La Délicatesse ne nous emporte pas, les idées et message qu'il véhicule sur l'amour, le besoin de l'autre, le rythme des sentiments et la fragilité des choses et de l'instant, trouvent quand à eux une bien belle forme et une large résonance en nous.

Le film des frères Foenkinos parvient davantage à nous transmettre l'idée de justesse que celle de la délicatesse, et s'il ne tient pas toutes ses promesses, il reste un film tendre, une évocation des jolies choses qui l'emportent sur les mauvaises, qui se regarde cependant avec plaisir.
La Délicatesse est un diamant mal exploité à l'apparence un peu "grossière", mais on regardera quand même avec plaisir et émotion cette jolie pierre, en regrettant qu'elle n'ait pas livré toute la beauté à laquelle elle était destinée. 


Procurez-vous La Délicatesse ou d'autres films de Audrey Tautou et François Damiens

Safe (Boaz Yakin, 2012)


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Reconverti dans des combats truqués, un ancien agent secret au bord du gouffre prends sous sa protection une petite fille poursuivie par des truands. Détentrice d'une information que les russes, mais aussi les chinois et les flics recherchent, Luke Wright va déclencher une véritable guerre des gangs.

Curieusement, nous sommes convaincus que Statham trouvera un jour un rôle qui exploitera enfin son potentiel d'acteurs (Thirteen laisse entrevoir cette voie). En attendant on continue de se taper ses films, sans même savoir pourquoi, sinon chercher la perle rare ou au moins la bonne idée qui étonnera et sauvera ce type de film.
"Alors Safe ? Ca se regarde ?"

Scénario bateau : on s'y attendait.... Cerveau en mode vacances : c'était prévu... Recherche d'un bon moment : là ça se gâte ! Safe ne prends ni le soin, ni le temps de soigner son histoire usée de gamine sous la protection d'un top-pro (Léon, Man From Nowhere...) et ne livre au spectateur qu'en simple prétexte pour proposer ses moments d'action. Et c'est là que survient le véritable écueil du film, puique Safe sabote chacun de ses scènes d'action par un montage si chaotique et rapide qu'elles en deviennent illisibles, perdent toute intensité et ôte du coup tout plaisir au spectateur. C'est bien dommage quand on sait pourtant que c'est là l'essentiel de la motivation pour regarder Safe...

Maladroitement réalisé (voire bâclé), Safe mise tout sur son acteur principal (ici égal à lui même, c'est tout) et pensant visiblement que Statham suffit à faire tenir un film à lui seul, ne délivre au final qu'une ébauche de film. Mal construit et banal à l'extrême, on se surprend assez vite à espérer que ses personnages règlent vite leur petits problème afin de se mettre en quête d'un vrai film à regarder.

Procurez-vous d'autres films de Jason Statham

2 DVD Les Infidèles à Gagner !


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Les Infidèles (2011)
Comédie réalisé par : Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Emmanuelle Bercot, Fred Cavayé, Michel Hazanavicius, Eric Lartigau, Alexandre Courtès

Avec : Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Alexandra Lamy, Géraldine Nakache, Guillaume Canet, Sandrine Kiberlain, Manu Payet, Isabelle Nanty, Clara Ponsot et Mathilda May

Plusieurs histoires sans concession sur les hommes et leur irrépressible attirance vers le Beau Sexe...


A l'occasion de la sortie de Les Infidèles dans les bacs le 4 juillet 2012, Doorama.com et Cinéfriends.com s'associent et propose à 2 de nos lecteurs de de gagner 1 DVD par tirage au sort.

Pour gagner, il suffit de répondre aux 3 questions ci-dessous (faciles, mais seul le triangle devrait vous poser problème... Oups !) et laisser ses coordonnées complètes... (vous ne serez pas envahi de mails, promis !)



Le concours est terminé, les bonnes réponses étaient :
1) Les Infidèles est composé de 7 sketches
2 ) Triangle n'est pas un films à sketches (film a 3 réalisateurs, certes, mais réalisé à la manières d'un cadavre exquis, et non segmenté en sketches)
3) Jean Dujardin n'a PAS obtenu le César du meilleur acteur

La Liste des gagnants :
  • Gwenael B (35 Rennes)
  • Fredéric N (93 Gagny)

Règlement :
  • Les Gagnants seront avertis pas emails et verront leur nom publié (mais masqués, ex. : Jean D. (Nantes)) sur le site.
  • Une seule participation par personne, par e-mail et par foyer est autorisée. En cas contraire, flagrant ou douteux, (participations multiples, bulletins à coordonnées identiques, erronées ou incomplètes), la Rédaction de doorama.com annulera la participation.
  • Jeu ouvert à la France Métropolitaine jusqu’au 4 juillet 2012 inclus. Les réponses reçues après cette date limite ne seront pas valides et ne seront pas comptées dans le nombre total de participations.
  • doorama.com s'engage à ne pas communiquer votre adresse email ou postale à l'exception des organisateurs du concours (distributeurs et éditeurs) afin que vous puissiez recevoir les lots.
  • doorama.com n’est pas responsable des envois postaux des lots et de son acheminement.

Les Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1954)


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Dans un pensionnat, une directrice se rapproche de la maîtresse de son mari, le haïssant toute deux, elle décident de le supprimer. Mais leur plan diabolique n'avaient pas prévu la disparition du corps, et encore moins ce qui suivra !

Véritable travail d'orfèvre habité par un quatuor d'acteurs impeccables (Simone Signoret et Charles Vanel [véritable fantôme diabolique]- en tête !), Les Diabolique est un "film jalon", une partition exécutée de main de maître par un immense Henri-Georges Clouzot.

Dosage idéal de suspense, de mystère et de tension, Les Diaboliques installe sans artifices un climat pesant, à l'image de sa pension en décrépitude, chacun de ses quatre personnages témoignera de part sombre. Clouzot bouleverse tous les codes, remplaçant le traditionnel trio  mari-maîtresse assassins de l'épouse par épouse-maitresse contre le mari (installant ainsi une relation inédite, immorale...), et faisant évoluer son intrigue du complot, vers l'enquête inversée (et en cela, on pourrait faire des Diaboliques un excellent Colombo :-) puis vers le fantastique (mais respectons l'encart final du film indiquant : "Ne soyez pas DIABOLIQUES ! Ne racontez pas la fin !", et n'en disons donc pas plus.).

Le final des Diaboliques apparaitra peut être trop vite aux amateurs de thrillers US aux twists échevelés (qui pour beaucoup doivent leur inspiration à des oeuvres comme celle-ci), mais pour peu qu'on ne le devine pas (ou qu'on l'oublie), la mécanique de Clouzot, absolument diabolique d'efficacité et de maîtrise, ne laissera aucun répit au spectateur jusqu'à sa terrifiante scène de clôture.

Parfaitement positionné entre le film noir dense, le suspense hitchcockien et le thriller fantastique, Les Diaboliques surprend par la faculté qu'il a de passer les années en conservant intacte toute son efficacité. Sa réalisation et son rythme fluide laissent se développer un climat oppressant, sans jamais forcer le pas ou user d'effets (à l'exception de la scène de la morgue ou le temps suspend son vol et nous notre souffle à l'idée de connaître la vérité...). Sa finesse et sa richesse renvoie bien des thrillers actuels à l'époque du sérial !
Un scénario en béton au service d'une intrigue passionnante et toujours zéro rides pour ce petit chef-d'oeuvre de virtuosité, d'intelligence et de plaisir : tous simplement diabolique ! (il fallait bien le placer...)

SPOILER (cliquez pour afficher) : On peut se demander si Charles Vanel n'est finalement pas le seul "véritable" fantôme de l'histoire, tant ses apparitions le sont aussi (La morgue, la nuit dans la chambre et son apparition finale).  
Procurez-vous Les Diaboliques ou d'autres films de Henri-Georges Clouzot

Confessions (Kokuhaku - Tetsuya Nakashima, 2010)


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Lors de son dernier cours, une professeur s'adresse à sa classe pour dénoncer les deux jeunes assassins (A et B) de sa fille qui s'y trouvent... La vengeance d'une mère est en marche, la haine qui la ronge, tel un virus, est aussi présente chez les deux assassins de 13 ans.

On pourra s'irriter de la forme de Confessions, constellée de ralentis et de plans froids bleus-gris esthétisants, sur fond de musique dépressive (Radiohead, Boris et autres post-rock ethérés). Son abus stylistique à la limite du langage publicitaire ne pourra cependant pas diminuer son esthétique glaciale (discutable, mais absolument somptueuse), idéale pour appuyer son exposition froide et clinique de la vengeance. Les récompenses qu'a reçu Confessions dans de nombreux festivals en témoignent.

Une précision s'impose : bien que Confession prenne place parmi des lycéens, nous sommes ici très loin d'un Battle Royale, et s'il relate effectivement une vengeance son but est tout autre que le diabolique J'ai Rencontré le Diable (quoique chacun aborde à sa manière une certaine vision du Mal...). Tout au long de Confessions, Tetsuya Nakashima se sert d'une trame de vengeance (on pensera à Old Boy...) pour reconstituer les parcours de souffrance de ses personnages. Mais plus qu'une simple "payback-story", Confessions  dresse une carte des passages du Mal et confronte ceux qui ont été en contact avec lui : la mort de la petite fille est certes le point de départ du film, mais il n'est que l'un des dominos qui tomberont, résultat d'une précédente "mauvaise action" et source d'une prochaine.

Cette volonté (réussie) de varier le thème de la vengeance en l'enrichissant par les parcours de chacun de ses personnages, permet à Confession de distiller une cruauté de chaque instant, d'augmenter sa tension et son malaise au fur et à mesure des profils qu'il dévoile. La violence des adolescents qu'il met en scène, contraste avec l'innocence qu'on leur prête habituellement, renforçant cette impression de malaise en multipliant les situations dramatiques, là où on ne les attendait pas. Derrière son scénario "thriller", Confessions dérange et trouble le spectateur en semant la tristesse et le désespoir, il prend alors les sombres allures d'un "bilan des victimes", difficile et pesant, qui frappe cruellement et aveuglément à tous les niveaux de la société, enfants comme adultes.

Sa mise en scène esthétisante et glacée hypnotise... son rythme lancinant berce et engourdit... et pourtant lorsque l'on termine Confessions on est frappé de la brutalité de son impact et de son efficacité, son ambiance sombre et désespérée déstabilise le spectateur bien au delà des enjeux de son histoire de vengeance machiavélique. Son scénario poussif (par son coté "j'avais tout prévu" notamment...) et son esthétique visuelle, sonore, mais aussi intellectuelle, sur-travaillée, ne parviennent pas à nuire à sa force.

Confessions est attaquable sur bien des points, mais l'impression qu'il laisse, entre spleen et impuissance, est issue d'une bien belle et intelligente expérience cinématographique. Il déborde de son cadre initial et, par les excès stylistiques de sa mise en image, trouve une résonance aussi inattendue que puissante. Accident ou maîtrise ? qu'importe ! Le résultat se regarde avec un immense intérêt, tous vos sens en éveil.

Procurez-vous Confessions

La Famille Tenenbaum (The Royal Tenenbaum, Wes Anderson, 2001)


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Royal et Etheline Tenenbaum sont les parents de 3 enfants destinés à réussir,  mais leur couple ne l'est pas : ils se séparent. 20 ans plus tard Royal Tenenbaum décide de reformer les liens avec la famille maintenant élargie...

Poseur, intellectuel et bobo peuvent caractériser le cinéma de Wes Anderson, et ces reprochent sont fondés. Mais qu'il serait dommage de s'arrêter là ! Pourquoi ne pas plutôt assimiler ces critiques à une forme d'autisme pour Wes Anderson ? (et avouez que ca ne serait pas bien joli de critiquer un autiste...!).

Wes Anderson (le sublime Fantastic Mister Fox et A Bord du Darjeeling Limited) est un obsessionnel maladif du petit détail et un grand compulsif de ce qu'on pourrait appeler l'hyper-cadrage. Avec son langage à lui, il transforme cette chronique familiale (judicieusement ancrée dans les 70's) en portrait décalé et incroyablement délicat. Il surcharge de détails (scénaristiques comme visuels) son évocation de cette famille "décomposée", et au travers d'un enchaînement de petites scènettes au ton maniéré, élabore une impressionnante galerie de miniatures tantôt amères, touchantes, drôles, justes, absurde, mais toujours décalées et sensibles.

La Famille Tenenbaum est un film aussi drôle qu'attachant. Anderson semble prendre plaisir à transformer la réalité du monde des adultes en petits décors de théâtre enfantins à l'allure presque statique. Il travestit la réalité en fantaisie subtile, gorgée et saturée de détails que seul un enfant pourrait imaginer. Un casting royal, une bande son douce et nostalgique (Nico, Nick drake) et cet art de donner au réel une (fausse) allure artificielle, transforme cette chronique familiale en un véritable album photo, dont chacune d'elle raconte toute une histoire.

Si Wes Anderson ne cesse effectivement depuis le début de sa carrière de revisiter son style et son univers si particulier, il ne cesse cependant pas, faute d'en changer les codes et l'apparence, d'en enrichir la profondeur (contrairement à l'affreux Tim Burton, sclérosé dans son univers). La Famille Tenenbaum, 10 ans après sa sortie, demeure un ovni cinématographique et reste un joyaux de richesse, de douceur et de délicatesse.

Pourquoi doorama se gorge t'il autant sur le "branchouille" Wes Anderson ? Il suffit de sisionner la scène des retrouvailles entre Gwyneth Paltrow et son frère ancien tennisman, ou bien de voir comment ses 10 premières minutes (enchainement de souvenir d'enfance) sont ensuite réinjectées et réutilisées tout au long de ce qui suivra. Lors de sa sortie, la rédaction était restée tiède devant les Tenenbaum, aujourd'hui nous crions à la perfection !

Procurez-vous La Famille Tenenbaum ou d'autres films de Wes Anderson

Blanche-Neige et le Chasseur (Rupert Sanders, 2012)


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La maléfique reine Ravena veut le coeur de Blanche Neige pour rester éternellement jeune. Elle Envoie un chasseur à sa poursuite, mais il va finalement aider Blanche Neige à monter une armée pour détruire la reine.


A la croisée du Blanche Neige Disney de 1937 et du Seigneur des Anneaux, Rupert Sanders renoue avec les bases du conte des frères Grimm, modèle l'histoire pour lui donner un aspect film d'aventure, puis injecte quelques éléments du Disney (histoire que le spectateur lambda retrouve ses marques : la très méchante sorcière (Charlize Theron en mode cabotinage énervant), la pomme, et les animaux de la forêt !). Ce Blanche Neige et Le Chasseur parvient énergiquement à s'élever au dessus du navet débilitant, mais perd toute son âme en route, revêtant les sombres aspects d'une compilation des films d'aventures qui ont marqué le public (La Trilogie des Anneaux, Gladiator, Robin des Bois, Jeanne d'Arc, etc... les citations (pillages ?) visuelles sont légion !).

Du conte pour enfant, ce Blanche Neige là s'est transformé en version pour ados consommateurs (pour une vraie version adulte il faudra encore attendre.). Sanders sert la soupe habituelle, sans jamais innover, sans jamais oser, il se contente d'éviter le naufrage en livrant aux spectateurs les recettes d'aventure auxquelles il sont habitués, et en maquillant son scénario en grand film au souffle faussement épique. Du déjà vu, du sans surprise, du convenu propre à un cinéma commercial de simple divertissement, voilà ce qu'est ce Blanche Neige. Il n'est qu'un produit qui fait le job et qui, dans sa catégorie, reste loin des plus mauvais élèves du genre (Iron Man 2 ou La Ligue Gentlemen Extraordinaires...) mais loin des bonnes surprises des sommets (citons Chronicles, ou The Raid comme projets commerciaux basiques qui explosaient nos attentes).

Non, ce Blanche Neige n'est pas la catastrophe que l'on pouvait craindre... Il n'est qu'un simple blockbuster artificiel, ni bon, ni méprisable, pensé et élaboré à grand coup de respect des objectifs marketing :  Un cinéma pop-corn éphémère au gout calibré et industriel que l'on subit sans pour autant s'ennuyer !
Les meubles sont sauvés, mais la maison brûle quand même !

CONCOURS : Gagnez des places de ciné pour To Rome With Love!


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TO ROME WITH LOVE

Réalisation et scénario : Woody Allen
Avec: Ellen Page, Woody Allen, Penélope Cruz, Alec Baldwin, Alison Pill, Greta Gerwig, Jesse Eisenberg, Ornella Muti, Roberto Benigni

Date de sortie: 04/07/2012
Genre: Comédie


Synopsis : Après Minuit à Paris, Woody Allen se tourne vers Rome. To Rome with Love nous fait partir à la découverte de la ville éternelle à travers différentes histoires de personnages, de simples résidents ou de visiteurs pour l été, mêlant romances, aventures et quiproquos.

A l'occasion de sa sortie le 4 juillet,  et grâce à Cinéfriends.com, Doorama vous propose de participer au Jeu Concours Woody Allen et se gagner 5x2 places, valable dans tous les cinémas. Pour jouer, il suffit de répondre aux 2 questions (faciles !) ci-dessous et laisser ses coordonnées complètes...
(vous ne serez pas envahi de mails, c'est une promesse !)



Le concours est terminé, les bonnes réponses étaient :
1) Belfast n'a PAS inspiré Woody Allen
2 ) Le film d'espionnage qui est signé Woody Allen est Lilly La Tigresse (Annie Hall est un drame, et Woody Allen ne fait que jouer dans le Casino Royale (réalisé en 1967, par John Huston, Ken Hughes, Val Guest) qui est une parodie de James Bond avec David Niven (Bond), Peter Sellers et Orson Welles dans le rôle du Chiffre !)



La Liste des gagnants :
  • Valérie C (62 Arques)
  • Yasmine L. (93 Saint-Denis)
  • Mathieu B (63 Clermont ferrand)
  • Philippe V (95 Groslay)
  • Jean P (75 Paris)

Règlement
  • Une seule participation par personne, par e-mail et par foyer est autorisée. En cas contraire, flagrant ou douteux, (participations multiples, bulletins à coordonnées identiques, erronées ou incomplètes), la Rédaction de doorama.com annulera la participation.
  • Jeu ouvert à la France Métropolitaine jusqu’au 4 juillet 2012 inclus. Les réponses reçues après cette date limite ne seront pas valides et ne seront pas comptées dans le nombre total de participations.
  • doorama.com s'engage à ne pas communiquer votre adresse email ou postale à l'exception des organisateurs du concours (distributeurs et éditeurs) afin que vous puissiez recevoir les lots.
  • doorama.com n’est pas responsable des envois postaux des lots et de son acheminement.

L'hôpital (The Hospital, Arthur Hiller 1971)


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Le docteur Herbert Bock, au bord de la dépression, gère au mieux son hôpital dans lequel se succède une inquiétante série d'erreurs, dont certaines s'avèreront mortelles. Il s'éprend de la fille d'un patient dont le père dans le coma n'est peut être pas étranger aux derniers incidents.

Le film le plus connu de Arthur Hiller est sans doute Love Story, mais faute d'identifier clairement le style de ce réalisateur dans the Hospital, on se contentera de suivre ici une curieuse intrigue amoureuse sur fond d'erreurs médicales.

Nous sommes bien loin d'Urgences, mais on retrouve dans L'Hôpital ce quotidien des médecins, ici traité d'une manière très particulière. The Hospital semble hésiter en permanence entre plusieurs genres, passant de la comédie acide, au film de moeurs intimiste puis au film d'enquête. Ainsi fractionné en plusieurs facettes, chacune intéressantes, le film ne trouve pas sa cohérence, et on est alors un peu passif, voire captif de ses choix narratifs.

Reste que le ton de The Hospital parvient souvent à séduire profondément. Grâce à un sublime George C. Scott (Patton, le superbe Jour du Dauphin) et à sa passionnante interprétation, The Hospital dégage un certain spleen, une vague sensation de désespoir et/ou d'impuissance qui permet pourtant d'aborder avec une belle sensibilité la difficulté d'un métier aussi dur que beau. On n'oubliera pas bien sûr la belle Diana Rigg dans un superbe personnage particulièrement énigmatique, sorte de créature angélique, dans ce gigantesque bâtiment où l'humain, pourtant au centre de tout, semble bien rare.

Petit film oublié, à juste titre diront certains, nous avons pourtant été séduit malgré sa forme maladroite. Si notre plaisir n'était pas complet, le matériau humain abordé dans son scénario nous a en revanche apporté toute satisfaction. Quand à George C. Scott, nous sommes tombé en admiration devant tant de talent : la rencontre avec Diana Rigg dans son bureau est un superbe moment de cinéma, fort et intime, Vrai !

Procurez-vous d'autres films de Arthur Hiller

Zardoz (John Boorman, 1973)


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En 2293, une société avancée se préserve en gardant le contrôle sur le reste des habitants de la planète, à l'aide d'un dieu factice, représenté par un masque de pierre : Zardoz. Mais un jour Zed, qui fait partie du monde soumis à Zardoz, s'introduit dans la petite société d'élites, apportant avec lui  questionnement et division.

Nous ne sommes pas peu fiers, à Doorama, d'avoir pondu le résumé ci-dessus, tant Zardoz est difficile à cerner. Film de science-fiction né dans les années post baba cool, Zardoz porte effectivement ce souffle (et ce look !) en lui, mais il lui adjoint une approche philosophique et métaphysique sur la Société et la vie.

Véritable bouillon de culture en effervescence, Zardoz brille (et ploie !) sous mille facettes : une esthétique kitch bien avancée (mais savoureuse !), une fable philosophique sur la Société Humaine, une réflexion sur le grand cercle de la Vie, une vision ambitieuse de la SF et une narration qui hésite entre symbolisme et réflexion. A dire vrai, on hésite à classer Zardoz dans une quelconque catégorie, ni même se prononcer sur sa qualité (ou non !) tant il échappe à toute classification. La seule certitude qu'apporte Zardoz, ce sont ces origines "beatnik" qui lui donnent aujourd'hui une patine aussi kitch que salvatrice (ses allures de happening à la Ken Russel surprennent et séduisent !).

A la fin de ses 100 minutes de réflexion, de rebondissements, d’hypothèses new-age, créationnistes et sociétales, on ressort lessivés (et lassé) de ces trips hermétiques symbolistico-hallucinatoires, mais on est aussi parfaitement étonné, et d'une certaine manière réjouis de l'expérience !

Zardoz est un rejeton psychédélique et barré que seul un réalisateur libre, engagé et ambitieux pouvait mener à bien. John Boorman, l'auteur de Délivrance, La Forêt d'Emeraude, Excalibur ou bien encore L'Exorciste II ou le Point de Non-Retour, s'est attelé à ce délire non identifié qu'est Zardoz, si on ne sait trop quoi en penser, on pense en revanche que c'est un film unique (jamais copié !) aussi riche que ridicule ! (inoubliable Sean Connery en exterminateur en slip rouge !).
Echec total ou ovni : à découvrir pour se forger sa propre idée sur ce délire psychédélique particulièrement surprenant entre le Magisien d'Oz et 2001 l'Odysée de l'Espace.
On attend vos commentaires.

Procurez-vous Zardoz ou d'autres films de John Boorman ou avec Sean Connery

Le Clan des Siciliens (Henri Verneuil, 1969)


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Après une évasion audacieuse, Roger Sarlet se planque chez les Manalese, des truands siciliens. Ensemble ils vont monter le casse d'une exposition de bijoux internationale. Mais c'est sans compter sur la détermination du Commissaire Le Goff, bien décidé à retrouver Sarlet.

Cinéaste à la carrière internationale, Henri Verneuil touchait à tout : du western au policier (La bataille de San Sébastien, Le Casse), du drame au film politique (Un Singe en Hiver, Mille Milliards de Dollars), et toujours avec les plus grands (Anthony Quin, Gabin, Delon...). Le Clan des Siciliens revêt donc naturellement les habit de la grosse production française (et populaire !), mais de qualité.

Verneuil réunit pour cette histoire de casse les plus grands acteurs français d'alors et élabore, avec le Clan des Siciliens, un film de gangsters soigné qui,malgré un certain coté convenu et académique, s'est installé dans l'histoire du cinéma français. Le Clan des Siciliens est un "cinéma de papa", pur et efficace, dont la patine "cinéma à l'ancienne" procure toujours un plaisir authentique. Dénué de tout humour, ce polar à la française, sobre et "masculin" (on ajoutera Alain Corneau et surtout Melville dans cette veine là) souffre certes de rides marquées, dues à sa réalisation train-train, pas très créative, et son rythme peu alerte, mais il continue de fonctionner parfaitement et dégage encore cette "force tranquille" des classiques.

Le Clan des Siciliens n'est pas un chef d'oeuvre éternel, il n'est finalement qu'un divertissement haut de gamme, mais qui à su trouver sa place parmi nos classiques. Alain Delon en jeune félin impétueux et séducteur (Ah ! cette scène de la pêche au congre qui se termine en étreinte qui s'avèrera mortelle), Jean Gabin en sage patriarche, Lino Ventura en commissaire obstiné, Ennio Morricone à la musique, et Henri Verneuil en chef d'orchestre expérimenté : avec autant de talents, il était difficile de ne pas livrer une belle pièce ! Si on se dit aujourd'hui que le résultat est en dessous de ce qu'on était en droit d'espérer, Le Clan des Siciliens n'en demeure pas moins savoureux au plus haut point : un classique de genre qui "roule ses mécaniques" aujourd'hui démodées, mais qui séduit encore et en impose toujours !

Strange Circus (Kimyô na sâkasu - Sion Sono, 2005)


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Mitsuko est abusée par son père puis forcée (enfermée dans un étui de violoncelle) à regarder ses parents faire l'amour. Mitsuko tue accidentellement sa mère, profondément perturbée depuis la découvert des pratiques de son mari... Quelques années plus tard, une femme écrivain publie les terribles histoires de Mitsuko qui éveilleront l'intérêt de Yuji, un jeune homme androgyne.

Son affiche rappelle certes American Beauty, mais ce Strange Circus va bien au délà de la simple destruction de la sacro-sainte notion de Famille, jugez plutôt : inceste, voyeurisme, séquestration, handicap, transfert, mutilation, sexe, refoulement, violence, traumatisme, etc... Une fois de plus Sion Sono livre un patchwork aussi libre et dense que provocateur.

Emprunt de la fureur d'un Old Boy et du baroque d'un univers Lynchien, Strange Circus dessine un film dérangeant et maladif, dont l'intention reste difficilement définissable devant tant de pistes psychologiques et scénaristiques. Objet fascinant et barré, le film de Sion Sono met en image un univers mental brisé (plusieurs ?) avec une grande liberté et une vaste énergie créative, proposant ainsi au spectateur un scénario à tiroirs, véritable jeu de pistes aux multiples facettes, entre thriller et fantastique.

Si le cinéma du réalisateur est une passionnante expérience, assez extrême quand à ses thèmes, son flirt perpétuel avec les limites joue cependant contre lui. On connait cette tendance, dans le cinéma japonais, à aller loin, très loin, dès lors qu'ils l'ont décidé, mais en poussant tous les curseurs à fond,  Strange Circus casse volontairement son enjeu dramatique pour lui préférer l'évocation baroque, aux allures grotesques et excessives, bref mettre en image le chaos intérieur de son (ses) personnage(s) sous la forme d'un "grand cirque étrange".

On adhèrera (ou pas !) à ce cinéma et ce langage, mais on ne pourra ni rester insensible à autant d'énergie, ni même ne pas reconnaitre à Sion Sono un style et une personnalité qui, à l'opposé de ses thèmes troubles et dérangeants, font du bien au spectateur exigeant (et préparé !) que nous sommes.
A la rédaction, on lui a cependant préféré Guilty of Romance, plus conventionnel certes, mais plus "durable" et abordable.


Beneath The Darkness (Nuits Noires - Martin Guigui, 2012)


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Des adolescents tentent de prouver que le croque-mort de la ville n'est pas cet individu normal qu'il prétend être... En pénétrant chez lui, ils découvrent qu'il y garde le corps d'une femme, mais surpris par l'homme, l'un d'eux est tué de sang froid...

Il y a Thriller et thriller ! Beneath the Darkness ne rentre ni dans la première catégorie des Thrillers qui font peur, glacent le sang et vous mettent en apnée jusqu'au générique de fin, il ne rentre pas non plus dans celle de ces thrillers qui font au moins passer un bon moment et divertissent efficacement.Non, Beneath The Darkness ne semble exister que pour occuper un trou dans une grille de programmation d'une chaîne télé lambda !

On s'étonne du minimum mis en oeuvre par Martin Guigui (non, ne nous moquons pas, c'est mal !), on ne comprend pas pourquoi un tel scénario (des jeunes sans aucun relief se "battent" pour prouver qu'ils ont raison de suspecter un homme d'être un dangereux psychopathe) soit porté à l'écran sans même tenter d'y ajouter un nouvel élément, on comprend encore moins comment son réalisateur puisse imaginer que le spectateur marche, ne serait-ce qu'un instant, dans une intrigue aussi dénuée de suspense que de surprise.

Beneath The Darkness échoue à susciter tout intérêt du spectateur, il accumule les poncifs, exploite mal les codes du genre et ne parvient qu'à créer un profond ennui que le jeu cabotin d'un Denis Quaid au minimum syndical ne parvient pas à rehausser un instant.

Grand "rien" exempt de tout enjeux, vidé de toute substance artistique comme technique, on ressort de Beneath the Darkness avec une folle envie de se revoir un bon Steven Seagal, histoire d'avoir l'impression de voir un "vrai film"... C'est dire !


The Rutles (Gary Weis & Eric Idle, 1978)


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Le documentaire sur le groupe de Liverpool qui à véritablement révolutionné la musique de notre siècle : The Rutles.

Eric Idle, membre des Monty Python, co-réalise ce "Mockumentaire" méticuleux et précis sur des pseudos Beatles. Si cet exercice de faux-documentaire sort de l'univers des Monty Python et n'apporte pas la folie d'un Monty Python's Holy Graal, il n'en est pas moins un rejeton, mais sa nature lui fera rechercher les apparences de la crédibilité, plutôt que le non-sens no-limit que l'on connait à la fine équipe.

L'ampleur d'un phénomène comme celui des Beatles se prête forcément à la caricature, et tout en exprimant l'indispensable respect britannique dû aux garçons de Liverpool, The Rutles ne se prive pourtant pas de pointer le ridicule du phénomène pop du siècle (certains engagements ou prises de position du groupe, le grand cirque médiatique...). Il réussi à livrer un documentaire qui par la relative discrétion de son humour (on a dit "relative" !) n'est pas plus improbable que certains véritables Rockumentaires (on pense au très rock Dig, et sa sidérante réalité caricaturale...)

The Rutles ne déclenche pas de longs fou-rires, il travaille au contraire l'art du petit détail. Il trouve son inspiration comique dans les faits tels qu'on les connait et installe le décalage Monty Pythesque, l'inattendu : Lennon n'épousera pas une japonaise, mais une allemande en uniforme nazi (et Idle se gardera d'aller plus loin...) et les substances illicites sont remplacées par une addiction au Thé !

Mais le clou des Ruttles c'est la richesse des textes prêtés au groupe ! Point de pitié ne sera faite sur le légendaire génie créatif du groupe : "I feel good, I feel bad, I feel happy, I feel sad, Am I in love? I must be in love" et autres  morceaux de haute volée achèvent la finesse du portrait. On notera par ailleurs les nombreuses participations amicales au film, parmi lesquelles Mick Jagger et Paul Simon...

The Rutles n'est pas un sommet d'humour inoubliable, et encore moins un objet aussi culte que Spinal Tap, mais en le précédant de plus de 6 ans et en ayant montré (non sans talent) la voie, on s'incline respectueusement devant l'esprit Pythonesque, à la fois irrévérencieux, débridé (même s'il est ici volontairement canalisé) et surtout sacrément en avance !
 

We Need To Talk About Kevin (Lynne Ramsay, 2010)


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Eva est une mère brisée. Elle passe en revue ses relations catastrophiques avec son fils Kevin, s'interroge sur l'amour qu'ils partagent, et sur sa responsabilité dans un drame qui la marquera à jamais.

Si la forme éclatée du film de Lynne Ramay peut au début déconcerter le spectateur, elle lui permet aussi d'accepter plus "naturellement" cette terrible description des rapport entre une mère et son fils, rapport de haine (?) et de défiance, qu'il aurait peut être refusé autrement.

We Need To Talk About Kevin aborde avec tact, intelligence, mais aussi avec une grande cruauté psychologique, cette histoire d'anti-amour maternel. Sa réalisation en flash-backs donne force et justesse à cette dissection de la souffrance maternelle. En digne pendant parental de Eléphant, We Need To Talk About Kevin s'attaque à la psychologie du fait-divers qui choque, et non à la violence de son résultat, et lui adjoint un judicieux traitement à la limite du fantastique. Il dresse un portrait diabolique (maléfique !) et dérangeant d'un Kevin ordinaire, et parvient à transformer le quotidien de cette mère en antichambre de l'horreur (horreur qui sera révélée, mais judicieusement non expliquée au spectateur, lors du puissant dénouement du film).

Tilda Swinton, en mère honteuse de ne pas aimer son propre fils, parachève la justesse et la pertinence du point de vue féminin du film de Lynne Ramsay. Avec la force et la froideur du cinéma de Haneke, We Need To Talk About Kevin emmène le spectateur dans une réflexion sur l'amour filiale, ou plus précisément sur le tabou de son absence.

Puissant, inquiétant, dérangeant et superbement construit, We Need To Talk About Kevin trouble le spectateur en lui proposant le cauchemar de toute mère. C'est un film d'horreur sans portes qui claquent, sans suspense (la découverte du drame final n'est pas son enjeux) ni aucune goutte de sang (du sang, Ramsay ne retiendra que le pouvoir d'évocation de sa couleur). We Need to Talk About Kevin fait froid dans le dos, son sujet glace, sa forme séduit, cette immersion dans ce double drame (un pour la mère, l'autre pour le fils) fascine autant qu'il passionne.

Un tel sujet aurait pu (aurait normalement dû ?) donner un simple films fantastique ou un pur thriller, Lynne Ramsay l'a transformé, en ses mains orfèvres, en un redoutable face à face, silencieux, implacable, à l'efficacité quasi imparable. Une approche troublante, impressionnante et inspirée.  


Detachment (Tony Kaye, 2011)


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Henry Barthes est professeur-remplaçant dans les lycées. Il est confronté aux difficultés de son métier d'enseignant, à un système éducatif usé ainsi qu'aux souffrances de certains de ses élèves.

Detachment frappe fort ! Entre spleen et désespoir, Tony Kaye (American History X) dresse un portrait noir et sombre du métier d'enseignant. Il en parcours toutes les faiblesses, toutes les difficultés, tous les combats pour en dresser le portrait d'une profession qui serait le dernier enjeux de notre société, son dernier rempart contre ses propres maux.

Si au premier abord Detachment fait mouche par le ton de sa narration, son rythme et sa très belle réalisation (sans compter les nombreux et pertinents sujets qu'il aborde !), il ne parvient pourtant pas remporter l'adhésion du spectateur. 

A grand coups de scénettes clipesques et tendances (caméra épaule, profondeur de champs hyper réduite, passages en animation, flash backs esthétisants...), Tony Kaye surligne les difficultés et le désespoir de ses personnages. Chaque minute met à nu un nouveau problème, qu'il soit social ou humain, chaque nouvelle scène appelle un sombre constat, surchargeant chaque fois davantage le noir tableau. Comme fasciné par les situations qu'il met à nu, Tony Kaye surcharge son propos, et à force de désespoir tombe dans la complaisance.

A la manière d'un Biutiful (lui aussi beau et fort), Detachment pousse trop loin le curseur. Rien n'est omis : océan d'incompréhension, incapacité à communiquer, isolement, suicide, décès, prostitution, échec scolaire, perte de lien, perte des repères, etc... la liste est longue ! Detachment se contente d'accumuler les signaux alarmants, de lister les agressions de la vie quotidienne sans jamais laisser aucun répit.

Alors oui, Detachment est émouvant, remue à l'intérieur... Oui, Detachment est beau et esthétique... Mais son exhibition stylisée et systématique de tous les malheurs du monde, finit par habituer puis insensibiliser le spectateur. Si belles et justes soit les idées véhiculées par Detachment, la réalisation de Tony Kaye peine à trouver son équilibre, manque de contrastes, et par manque de lumière peine à mettre en valeur ses ombres. Quand à son interprète, Adrien Brody (impérial en professeur qui tente de trouver la bonne distance aux choses), il ne fera que renforcer le désespoir excessif de Detachment.

Detachment est un plat raffiné, sa présentation est magnifique, il est absolument délicieux et réussi... mais il est hélas difficile à digérer ! Maintenant que vous êtes prévenu, on vous le recommande.



Shogun's Sadism (Ushiaki No Kei, Yuji Makiguchi, 1975)


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Deux histoires : 1) Dans l'ère Tokugawa, le shogun traque les chrétiens et leur inflige de terribles tortures. Il apprend que l'un de ses samouraïs à pour femme une chrétienne. 2) Dans l'ère Edo, un homme devient l'employé d'un bordel. Devant la brutalité du lieu, il s'enfuit avec une geisha.

Dans les années 70, le cinéma d'exploitation japonais produisait à la chaine des films centrés sur la violence ou le sexe (les "pink" movies). Shogun's Sadism surfe donc sur cette vague en proposant deux histoires, purs prétextes à montrer une tortures gores et des corps féminins nus, le tout avec le moins de limites possibles et avec la plus grande gratuité.

Shogun's Sadism (dans son genre !) s'avère plutôt "raffiné" et souvent "original" dans la recherche de l'extrême (un homme cuit dans un four en forme de Tanuki -genre de blaireau- ou une femme écartelée par des taureaux !), mais cette imagination débordante est vite annihilée par la pauvreté technique et artistique de l'ensemble. Ce cinéma bis ne présente que bien peu d'intérêt, si ce n'est les reflets qu'il renvoie de l'industrie cinématographique de l'époque.

Enchaînant viols et tortures aussi naturellement que Superman porte une cape pour voler (curieuse image...), Shogun's Sadism est finalement bien inoffensif. Sorte de grand-guignol gore à la Herschell Gordon Lewis (2000 maniacs) (du steak et du faux sang sur des acteurs qui simulent mal la douleur...), sa surenchère poussive de sadisme gratuit est aussi loin de toute utilité scénaristique que d'installer un quelconque malaise. De malsain, Shogun's Sadism n'a que son idée de base (montrer du crade), sa forme finale relève du divertissement d'horreur au premier degré, finalement assez rigolo. Bref, ce n'est ni Salo, ni La Dernière Maison sur La Gauche !  .

Shogun's Sadism est un "cinéma de quartier" complaisant et qui prête à sourire, c'est un film qui bien que laid et inutile (et pour peu que "série Z", "ciné-bis" ou "exploitation" attire votre oreille), tiendra toutes ses promesses. Shogun Sadism est un ciné débridé, racoleur, voyeur (bien que ses "flouttés" frustreront les plus coquins d'entre vous...), fun et créatif, c'est un peu un film d'enfant qui ne serait destiné qu'aux adultes, c'est aussi un témoin de son époque qui ravira les amateurs de perles baroques un peu oubliées... Inutile mais tellement indispensable !

Guilty of Romance (Koi no Tsumi - Sion Sono, 2011)


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Des morceaux d'un corps féminin sont découverts dans le quartier des Love Hotels de Tokyo... Izumi est une femme au foyer, sage est rangée, qui va découvrir sa sexualité, et tomber dans à la prostitution... Mitsuko, professeur à la fac le jour et prostituée la nuit, sera celle qui guidera Izumi de plus en plus loin dans ce quartier trouble... Trop loin ?

Avec Guilty of Romance, Sion Sono termine sa "trilogie de la famille" (après Love Exposure et la passionnant et étonnant Cold Fish), mais il est davantage connu pour son Suicide Club. Son cinéma très libre et provocant, excessif et riche, revêt ici des allures très "punk-underground" et s'accompagne surtout d'une avalanche de sexe nimbée dans une violence omniprésente (peu visuelle, à l'exception de la scène de crime qui ouvre le film, mais présente jusque dans le quotidien tranquille et bourgeois d'Izumi).

Si Cold Fish apparait comme barré, complaisant  et jusqu'auboutiste (sa sexualité impudiquement et largement étalée aux yeux du spectateur, son hystérie croissante, ses couleurs agressives...), il demeure pourtant plus proche du cinéma d'auteur que de la série B choc. Sion Sono manie la violence des situations et ses tableaux dérangeants loin de toute volonté de gratuité. Bien au contraire, il les utilise comme de véritables révélateurs des parcours intérieurs de ses personnages. Les femmes de Guilty of Romance sont frustrées et blessées, la frénésie des images ne fait qu'exprimer l'intensité de leurs blessures, leur sexualité débridée est l'exutoire de leurs frustrations profondes (jusqu'à l'oedipe selon Sono !).

Guilty Of Romance, c'est un peu Belle de Jour (version No-Future) avec un zeste de Doom Generation... S'il peut largement déconcerter, voire perdre complètement le spectateur (ses excès, sa relative lenteur, sa structure en chapitre qui casse son rythme) , il n'en demeure pas moins un bel objet cinématographique, aussi stimulant que radical. Comme Cold Fish ou Audition, son début lent et routinier (intro mise à part) vous emmène irrémédiablement vers un drame tourmenté, véritable bouillon de culture de souffrances (une structure très prisée du cinéma asiatique finalement).

Imparfait à bien des égards, Guilty Of Romance fascine pourtant par sa liberté totale de ton et son audace. On a du mal à classer ce film qui ne ressemble à rien, qui ne cesse d'exhiber et de s'exhiber derrière des allures provocantes. En revanche, on identifie parfaitement le plaisir qu'il procure : et celui-ci n'est pas que du qu'à la splendide plastique de son héroïne (quelle poitrine !), mais bel et bien de l'immense talent (peut être maladroitement canalisé) de son brillant et passionnant réalisateur.
Guilty of Romance est un acide cinématographique à essayer !

Verbo (Lost Destination - Eduardo Chapero-Jackson, 2011)


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Dans une ville d'Espagne un peu déshumanisée, une jeune fille renfermée sur elle même a du mal a trouver sa place dans sa famille et la société. Fascinée par les tags de Lyriko, leur interprétation tourne presque à l'obsession. Lorsque elle décide de mettre fin à ses jours, Lyrico vient à elle dans univers imaginaire.

L'exploration de l'univers de l'enfance ou de l'adolescence, de leurs souffrances, leur sensibilité, peut donner les meilleures choses (Le Labyrinthe de Pan pour la vision enfantine du monde adulte, Colorful pour son approche du suicide...), mais aussi les pires, comme le démontre brillamment ce Verbo, nouvelle approche ibérique de ce thème.


Le réalisateur avait pourtant visé haut en choisissant d'aborder le suicide et le mal-être par le biais d'un monde imaginaire (où se déroule le combat de l'héroïne pour surmonter la dureté de la société) et en lui appliquant un traitement non dénué de volonté poétique. Mais peine perdue ! Pourtant ambitieux, Verbo s'enlise dans un rythme calamiteux et une utilisation des codes ados proche du caricatural (look skateurs ténébreux, entre le cyber punk de Matrix et le gothic-samouraï tendance Emo...).

Caché derrière un symbolisme faussement travaillé, Verbo échoue à communiquer le mal-être de son héroïne (la jeune Alba Garcia aura pourtant livré une interprétation juste et fragile de son personnage) et se heurte régulièrement au ridicule, en proposant un monde imaginaire factice, superficiel et fort peu inspiré (les jeunes aiment le rap, Matrix et les jeux vidéos...). Verbo aurait pu se limiter à un film inabouti, victime de quelques maladresses, mais tant de fausses idées, infligées avec tant de prétention (l'alibi culturel Don Quichotte, le message de la beauté...) au spectateur, ne parviennent au final qu'à le faire trébucher de plus haut.

A la manière d'un Sucker Punch (raté, selon nous), Verbo tente vainement de mettre en image les fragilités de nos teens, son utilisation de codes puéril ne parvient pas à rendre crédible une problématique pourtant riche et passionnante (Le Labyrinthe de Pan, lui, y parvenait). Verbo dégage, malgré une ambition initiale certaine, le parfum du "bon coup" calculé, il semble transpirer d'une envie de devenir le film emblématique d'une génération incomprise. Hélas, devant tant de sincérité feinte, tant de maquillages artificiels (les parties animées) et de représentations creuses et usées, Verbo irrite profondément et ennuie rapidement (à moins que ça ne soit l'inverse...).

A la rédaction, nous avons vécu ce Verbo comme une tentative d'escroquerie intellectuelle, mais malgré nos recherches, il ne semble pas possible de porter plainte contre ce genre de faits !


On The Ice (Andrew Okpeaha MacLean, 2011)


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Dans la petite ville d'Alaska où vivent Qalli, James et Aivaaq, il y a peu de choses à faire et la vie s'écoule doucement. Lors d'une virée pour chasser le phoque, une dispute s'engage et James est tué par accident. Qalli et Aivaaq décident de faire disparaitre le corps, alors que le village entame des recherches...

Plus qu'un thriller, comme le suggère son affiche, On The Ice est avant tout un drame simple et sobre en provenance directe d'Alaska (si rare qu'il fallait le signaler !).

Débutant comme une chronique sociale d'une micro société isolée et se poursuivant sur une pseudo enquête, cette dispute qui tourne mal (et les mauvaises décision des personnages qui s'ensuivent) oriente le film vers le thème de la culpabilité et du mensonge. A des années lumières du film à rebondissement, On The Ice joue la carte de l'intimiste. Dans la petite communauté soudée de cette ville isolée, il est aussi difficile de cacher la vérité que de faire disparaitre un corps au milieu d'un grand nord qui fige et conserve tout...

Le film d'Andrew Okpeaha MacLean est silencieux, resserré sur cette amitié malmenée par le tragique accident. On The Ice installe un climat pesant, il exploite à merveille l'isolement et le dépouillement du paysage désertique dans lequel il se déroule. Pour ainsi dire au milieu de nulle part, ses personnages ne peuvent se cacher, ils sont alors condamnés à voir leurs actes exposés et la vérité éclater.

Atypique, tendu et comme suspendu par le froid, On the Ice est un drame lent et douloureux. Le dénuement dans lequel le drame se forme, n'est pas sans rappeler l'ambiance et le désespoir d'un Winter Bone (mais sans sa dimension sociale). Loin des clichés et des enquêtes criminelles basées sur le suspense, le film propose une intrigue minimaliste, peuplée de personnages fragiles et terriblement attachants. On the Ice n'est ni trépidant, ni exagérément excitant, mais il est une intéressante alternative à la fureur habituelle des thrillers grand public, hors des sentiers battus, comme figée dans le froid, .

Projet X (Nima Nourizadeh 2012)


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Thomas, Costa, JB et Dax, quatre ados "anonymes" dans leur lycée, veulent eux aussi accéder à la reconnaissances et aux "bombes" qui vont avec. Profitant de l'absence des parent de Thomas, Costa prend en main l'organisation de l'anniversaire de Thomas : la fête va rencontrer un tel succès qu'elle va vite devenir incontrôlable...

Comment Doorama peut-il décerner un généreux 7 à ce Projet X ? Car il est vrai que Projet X repose non seulement sur un maigre prétexte, mais il ajoute à celui-ci une forme abusivement tendance et propose des personnages aussi riches qu'un statut Facebook ! Oui, Projet X n'est pas un bon film, mais c'est avant tout le teen-movie le plus con et sympathique de l'année :-) (waow ! "djeuns" le smiley !)

Projet X nous parait donc plutôt réussi, sinon au moins parfaitement jouissif dans le cas d'un visionnage unique et jetable ! Il rappelle un Risky Business (la fête interdite) ou un Super Grave (le portrait de ces ados), tout en s'adaptant à l'air du temps. Tout est effectivement superficiel et instantané dans ce Projet X, mais du coup le film colle et décrit parfaitement les fantasmes et aspirations de nos jeunes : Gloire instantanée & Jouir de tout est un droit sans passer par la case mérite. Son portrait (volontairement grossi et caricatural) des jeunes fonctionne finalement très bien, et s'accompagne par ailleurs de quelques personnages de second plan particulièrement savoureux (le nain casse-couille, le service de sécurité pré pubère...)

Ensuite Projet X propose effectivement LA fête ultime, le pire cauchemar de nos géniteurs, il condense en une seule fête nos pires souvenirs de jeunesse (et croyez-nous, on en a à Doorama) et pousse encore le curseur... Les filles, les mecs bourrés, les conneries, les accidents, les parents absents, les excès, les expérimentations douteuses (le chien qui vole) : Projet X réussit à créer son patchwork, entre fantasmes et souvenirs, de manière ludique et rythmée. Bien que son coté found-footage n'apporte strictement rien au scénario, ses plans épaule (pour beaucoup tournés par les 'vrais' figurants qui festoyaient sur le tournage) parviennent à crédibiliser efficacement son coté camera embarquée dans la fête...  

Vous l'aurez compris, si mineur soit-il, Projet X parvient exactement là où son réalisateur le souhaitait. Ses choix techniques comme artistiques (?) fonctionnent particulièrement bien et fabriquent au final ce portrait complètement gratuit, immoral, jouissif et excessif d'une "birthday party d'un teen ricain ordinaire". Si Projet X est effectivement calibré pour séduire la "génération facebook", ses ficelles restent discrètes, et sa légèreté débilitante joue à fond en sa faveur.
Curieusement, Projet X est un film solide et cohérent construit sur un grand "rien", un pur teen-movies assumé bien au dessus des standards habituels qui, dans son genre, atteint tout ses objectifs. Un péché-mignon aussi savoureux qu'éphémère, un ride aussi fun et excessif que la légèreté de son sujet... On aime régresser à Doorama !

Alien, le 8ème Passager (Ridley Scott, 1979)


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Le vaisseau Nostromo interrompt son retour sur terre en raison d'un signal en provenance d'une planète. L'équipe va à la source de celui-ci, et y découvre une forme de vie qui attaque l'un des leurs. De retour au vaisseau, ils découvrent qu'ils ont ramené de leur mission une redoutable créature qui s'apprête à les décimer tous.

Après un premier film visuellement splendide (Duellistes), Ridley Scott renouvelle la performance en signant avec Alien ce qui fait maintenant partie des chefs d'oeuvres du cinéma de SF. Aujourd'hui encore Alien fascine par la force de son univers visuel (la biomécanique imaginée par H.R. Giger) et par sa conception même.

Proposant un univers de SF à la fois sobre, sale et fonctionnel (très différents de ce qu'on voyait alors sur les écrans), Alien mélange le film d'horreur à la science-fiction pour créer au final un oppressant huis-clos au suspense redoutablement efficace. C'est cette peur, méticuleusement élaborée par Ridley Scott (avec son scénariste Dan O'Bannon), qui confère à Alien son impressionnante efficacité : une implacable chasse à l'homme dans un lieu fermé, un survival claustrophobique !

Des décors hallucinants, une créature aussi redoutable que mystérieuse (tout l'art de Scott est d'entretenir l'imagination  du spectateur en montrant le moins possible de sa créature), un androïde inquiétant, une femme en héros principale (Sigourney Weaver), une tension crescendo, une confrontation finale dantesque (mais en mode mineur, comme "au ralenti") : Alien s'est rapidement imposé comme un modèle du genre, une réussite artistique majeure et un succès critique et publique sans faille, le propulsant presque immédiatement parmi les chefs-d'oeuvre du genre.

De très légères rides apparaissent aujourd'hui sur ce bel objet de Cinéma longtemps immaculé, mais l'intelligence de sa conception et de ses choix (réalisation, esthétiques, artistiques et scénaristiques...) ne cessent de rappeler que Alien est une réussite totale et rare. Celle d'un réalisateur qui ne semble jamais se contenter des codes établis par d'autres et de celles que même les plus hermétiques au genre se doivent de découvrir. Scott a revisité l'univers d'Alien, mais avec bien moins de réussite toutefois, en réalisant Prometheus, plus de 30 ans après.

Prometheus (Ridley Scott, 2012)


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En 2089, une expédition envoie des scientifiques sur une lointaine planète où se trouve peut être les explications de l'origine de l'homme. La planète recèle effectivement une forme de vie, mais est elle à la base de notre existence ou bien une menace pour notre survie ?

33 ans après Alien, et 30 ans après Blade Runner, Ridley Scott renoue avec la SF et retrouve pour l'occasion l'univers qu'il avait créé avec Dan O'Bannon et Giger. Prometheus, bien que reprenant tout l'univers de Alien n'est pas, comme initialement prévu, un préquel à son film de 1979, mais plutôt un spin-off de la série.

Des constructions extra-terrestres, des "navigateurs", une forme de vie parasite, un visuel soigné et un scénario travaillé (bien que loin d'être convaincant) permettent à Prometheus d'être (comme bien souvent avec Scott) un film réussi, dont la vision s'avère particulièrement agréable (ne serait-ce que pour sa conception même de la science-fiction, sobre, réfléchie et adulte). Excellent divertissement de haute qualité, Prometheus ne souffre finalement que d'une chose : son ancêtre de 1979 !

Pris seul, Prometheus tient toutes ses promesses en proposant un film soigné et un scénario ambitieux (même si... mais bon !). Il captive du début à la fin, entretient un climat tendu et construit un rythme croissant sans erreurs majeures. Pris dans son déroulement, on oublie vite ses excès (la récupération de l'opération) comme ses faiblesses (la carte spatiale des navigateurs) pour jouir d'un spectacle globalement réussi. Mais hélas, l'ombre d'Alien plane, et il est bien difficile (voire impossible) d'en faire abstraction, puisqu'elle agit comme un verre grossissant sur les points faibles (pourtant pas bien méchants) de Prometheus. Cet effet-loupe nuit à Prometheus, mettant bien plus en avant ses boursoufflures que ses qualités, pourtant nombreuses et indéniables.

Ridley Scott n'a pas réussi à livrer son troisième chef d'oeuvre de science-fiction (deux sur trois est déjà un excellent score, non ?), mais il demeure ce touche-à-tout de talent, capable de ressusciter le péplum et renouveler la SF, à l'aise dans la grande Histoire (Kingdom Of Heaven, Duellistes) comme dans l'intimiste (Les Associés, Thelma et Louise). En bientôt 40 ans de carrière, il est parvenu à livrer une filmographie impressionnante, presque exempte de tâche (GI Jane ?), dont le souci permanent semble être le spectateur. Prometheus n'est certes pas le grand film que l'on attendait, ce n'est pas non plus ce précieux fruit d'un Auteur (grand A), mais c'est celui d'un cinéaste appliqué et exigeant, dont la qualité se voit à l'écran, et dont le plaisir qu'il procure ne fait aucun doute !


Meurtre par Decret (Murder by Decree, Bob Clark, 1979)


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A Whitechapel des meurtres sanglants sont perpétrés par celui que l'histoire retiendra sous le nom de Jack l'Eventreur. Devant une police incapable de faire avancer l'enquête, des citoyens demandent au célèbre détective Sherlock Holmes d'enquêter...

Casting de prestige pour cette fausse adaptation de Sherlock Holmes (puisque Conan Doyle n'a jamais confronté son héros à l'éventreur...) réalisée par Bob Clark (Black Christmas).

Il faudra se contenter de la très bonne ambiance victorienne (bien qu'un peu cheap) pour vibrer sur cette aventure de  Sherlock Holmes, car davantage attentive à la construction d'un Holmes crédible (violon, pipe, caractère, etc...) qu'à entretenir un véritable suspense, le film de Clark peine à exciter notre curiosité et notre intérêt. Comme à son habitude, Holmes à une longueur d'avance sur tout le monde à assembler les morceaux du puzzle, tellement même que tout  mystère disparait de cette énigme avant même que le spectateur ne s’approprie les indices, ôtant ainsi tout aspect ludique à cette enquête.

Christopher Plummer et James Mason donnent une incarnation peu dynamique du duo Holmes-Watson, ne proposant au spectateur qu'un Holmes avare d'explications et un Watson, exagérément passif, peu curieux de les entendre. Quant aux meurtres de Whitechapel, ils ne semblent être présents que pour assurer le caractère horrifique sensé vendre le projet.

Orienté vers la version d'une implication du gouvernement britannique dans ces fameux événements (comme From Hell), Meurtre par Décret peine à assembler de manière excitante et intéressante tous ses éléments scénaristiques. D'un matériel propice à une aventure trépidante et inquiétante, Bob Clark n'a tiré qu'une enquête molle et convenue, comme incapable de créer toute intensité et d'appliquer un quelconque rythme à son film.

Paradoxalement, et en dépit de toutes ses lourdes faiblesses, Meurtre Par Décret dégage pourtant un charme certain. Entre son sujet propre à faire galoper l'imagination et ses décors de studio embrumés (pour masquer leur petitesse...), il reconstitue avec soin le contexte historique de l'Angleterre victorienne et propose un Sherlock Holmes tout à fait crédible et fidèle à l'esprit de Doyle (faute d'être aussi beau, tonique et ludique que Le Chien Des Baskerville de Terence Fisher !).

Bien que trop mou et "raté" sur bien des aspects, Meurtre Par Décret est fidèle à l'esprit de Sherlock Holmes, et cette fidélité "respectueuse" s'avère davantage payante pour notre imagination que les artifices visuels du Sherlock Holmes de Guy Ritchie.
 

Thor (Kenneth Branagh, 2011)


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Thor, le fils d'Odin, est exilé de son monde, le royaume d'Asgard, pour avoir cherché la guerre... Envoyé sur Terre, il perds tous ses pouvoirs, alors que son monde cours un grand péril.

Kenneth Branagh est aux commande de cette nouvelle adaptation Marvel. Thor, comme la plupart des films de super-héros ce cette écurie là, balance donc son avalanche d'effets spéciaux autour du cahier des charges habituels (origines, bastons, problèmes, bastons et "un super-héros est né"), accompagne ici d'un casting "grand luxe" (Anthony Hopkins plus cabotin et ridicule que jamais !).

Pourquoi Branagh pour ce blockbuster hyper conventionnel,  autant "regardable" qu'indigeste ? L'histoire ne le dira pas. On retiendra en revanche le coté calibré à l'extrême du film et un curieux penchant pour des plans penchés, et si Brannagh a été pris pour mettre en avant la dramaturgie shakespearienne de l'exil de Thor, alors il faudra attendre sa suite pour le voir.

En attendant, Thor s'avère finalement davantage puéril qu'ennuyeux. Ses défauts viennent principalement de l'adaptation d'un monde BD aux exigences (différentes !) de celui du cinéma. Il faudra donc accepter, pour apprécier Thor, la représentation proche du ridicule du monde d'Asgard (sorte de mix maladroit  entre le kitsch d'un Flash Gordon version 80 et la sérénité bucolique des cités de La Menace Fantôme...) et affronter la banalité de son traitement (même si Branagh injecte un humour salvateur au milieu de cet océan de déja vu).

A dire vrai, on s'amuse quand même à regarder Thor (le duel sur terre avec le titan de métal nous a beaucoup plu !), mais on s'interroge sur son traitement très premier degré, voire complètement enfantin. On repense à Watchmen ou Dark Knight (ok, la barre est haute...), on pleure sur un Branagh en manque d'imagination et d'ambition, et on s'étonne que nombre d'adaptations ne retiennent de leur origines dessinées que les aspects les plus enfantins, négligeant ainsi tout le capital et le potentiel que recèle les super-héros de notre enfance.

Dans le genre film de super-héros à la chaîne, on a très largement préféré Dardevil et on considère Captain America plus cohérent et réussi (même s'il est moins fun).