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Archive for août 2012

L'Etrangleur de Boston (Richard Fleischer, 1968)


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A Boston, un tueur en série étrangle et viole des vieilles femmes chez elle. La peur s'empare complètement de la ville lorsqu'il s'attaque aussi aux femmes plus jeunes et que le nombre des victimes augmente alors que la police piétine. La Ville de Boston crée un Bureau de l'Etrangleur pour endiguer la série de crimes.

C'est en regardant L'Etrangleur de Boston que la rédaction de Doorama à pardonné à Richard Fleischer d'avoir pondu Kalidor et malgré d'autres bons films comme 20 000 Lieues Sous La MerLes Vikings et Soleil Vert.

Tiré d'un fait divers réel, L'Etrangleur de Boston est une passionnante réalisation (la meilleure de Fleisher ?) qui propose un film divisé en deux parties très différentes. La première partie installe l'enquête et la paranoïa suscitée par les crimes, notamment  par une impressionnante utilisation du Split-Screen (l'écran divisé en plusieurs images), judicieuse, inventive et riche de sens comme rarement. Sa Seconde partie plus psychologique, denuée de split screens mais pas d'inventivité de mise en scène, basée sur la confrontation entre l'enquêteur, Peter Fonda, et un tueur superbement joué par Tony Curtis.

Derrière la simple enquête policière, méticuleuse et passionnante, Richard Fleischer soulève la question du soin que la société se doit d'apporter à ses éléments malades, puisque la schizophrénie du tueur cache la culpabilité de son auteur dans une double personnalité. Le coupable n'est pas directement l'homme arrêté, mais celui qui se cache en lui, transformant la seconde partie du film en une autre forme d'enquête, psychologique cette fois, et à la chute vertigineuse. L’Étrangleur de Boston prends des allures de thriller atypique, ancré dans la réalité, très documentaire, il dépasse le simple frisson par une réalisation ambitieuse et riche, et le profil de son coupable, bon père de famille renfermant un monstre.

Même si ce thriller accuse légèrement son âge quand au le rythme de l'enquête de sa première partie, il propose encore aujourd'hui une impressionnante ouverture sur la société américaine de la fin des 60's, livrant au spectateur une multitude d'aspects sociaux (climat, minorités, justice, mentalité...) qui enrichissent à merveille son sujet. L’Étrangleur de Boston intéresse, passionne, surprend et convainc totalement le spectateur, il soulève aussi l'interrogation sur la responsabilité de son tueur. Dans cette période de "l'Amérique des assassinats",  L’Étrangleur de Boston fait figure de curiosité, loin du divertissement, sa magnifique réalisation et les questions qu'il aborde le rangent simplement dans la catégorie des grands films. Nous oserons même dire "film moderne" ! Voyez-le, vous comprendrez...

Procurez-vous L'Etrangleur de Boston ou d'autres films de Richard Fleischer ou avec Tony CurtisHenry Fonda ou George Kennedy

Les Biches (Claude Chabrol, 1968)


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Frédérique, une riche et oisive bourgeoise, emmène 'Why', une artiste rencontrée à Paris, dans sa villa de Saint-Tropez. Leur aventure saphique sera troublée par Paul, l'équilibre précaire entre les deux femmes s'en trouvera bouleversé.

Souvent considéré comme le premier "vrai grand film" Chabrolien pour ses thèmes, Les Biches propose une triangulation amoureuse qui prend place dans une bourgeoisie désoeuvrée (pas si lointaine des Liaisons Dangereuses de Vadim...), et dans laquelle le désir et l'ennui conduisent inexorablement vers un drame final.
Construit en 4 actes -Intro, Frédérique, Why, Epilogue- Les Biches décrit l'emprise de la riche Frédérique (Stéphane Audran éblouissante et plus belle que jamais !) sur sa protégée et le dédaigneux mépris que peut exprimer la classe bourgeoise sur celles inférieures. La belle Why (c'est son nom...) se voit offert amour, sécurité et affection, qui lui seront cruellement repris avec l'apparition d'un homme et le revirement affectif de sa protectrice.

Chabrol s'amuse à montrer une classe bourgeoise superficielle et creuse, sans repères ni valeurs, et souligne sa violence et son indifférence envers les classes sociales inférieures. Chabrol dotera même de deux bouffons la reine Audran dans son grand château Tropézien, vide et haut perché au-dessus du village, comme pour souligner davantage encore le fossé qui la sépare des autres classes. Passant d'un jouet à l'autre, la bourgeoisie de Chabrol est cruelle et prédatrice, elle se nourrit des autres sans penser aux conséquences, à la manière d'un chat qui joue avec une souris jusqu'à la tuer, elle satisfait ses envies et pulsions sans empathie pour sa victime.

Drame psychologique, Les Biches rappelle Plein Soleil par la confrontation des classes qu'il décrit, son rythme "méditerranéen", et les motivations du drame (jalousie, envie...), mais opte pour drame plutôt que pour le thriller. Chabrol propose au spectateur une fable sociale, une étude psychologique, et par son approche froide et son style post nouvelle vague (ton déclaratif, observation des moeurs...) impose un univers oppressant, presque pervers et d'une grande cruauté. Même si Les Biches n'est pas aussi sulfureux qu'à son époque (un trio amoureux ? l'homosexualité ?), on sent sa force dans chacune de ses scènes, dans chacun de ses silences. Un peu suranné, son rythme lancinant laisse rapidement apparaître des craquelures dans son beau vernis, et Chabrol, tout doucement, nous force à observer leurs aggravations... jusqu'à leur destruction.

Soutenu par son formidable trio d'acteur, Les Biches distille encore d'anciennes et enivrantes essences. A la rédaction, on aime terriblement les lentes dérives dramatiques, et dans ce domaine Les Biches en propose un fort bel exemple, ciselé par l'oeil d'un très grand réalisateur au seuil de son âge d'or. Les Biches ont vieilli, n'ont plus la grâce d'avant, mais elles restent toujours aussi sauvages et belles et, quelque part, absolument fascinantes, le tout nimbé d'un élégant charme 60's. On aime !

Procurez-vous Les Biches ou d'autres films de Claude Chabrol ou  avec Stéphane Audran ou Jean-Louis Trintignant

Le Prestige (Christopher Nolan, 2006)


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Deux magiciens se livrent une rivalité sans limite pour exceller dans leur art et supplanter l'autre.

Entre Batman Begins et Dark Knight, Christopher Nolan réalisait cette histoire atypique et originale, entre thriller et fantastique. Explorant la rivalité de deux magiciens dans le Londres du début du siècle, Nolan nous invite à une confrontation hors du commun, dans laquelle illusions, escamotages et manipulations remplacent les armes.

En substituant le tour de magie ultime à l'arme parfaite, Christopher Nolan habille son récit d'un mystère épais et ludique (que l'on sait pourtant par définition artificiel) et construit un suspens efficace en transformant les "secrets" des deux personnages en enjeux fondamentaux, voire vitaux. Christian Bale et Hugh Jackman (quel cabotin ce Jackman...) campent avec conviction les ennemis mortels et donnent toute la crédibilité nécessaire à leurs ambitions obsessionnelles. Leur compétition, au début triviale, évolue vers une intéressante forme de corps à corps (à distance !) pour culminer dans une passionnante mise en image du duel. A la manière des Duellistes, Le Prestige entraîne le spectateur dans un duel au long cours entre deux hommes, une quête aveugle de la victoire pour laquelle ils sont prêt à tout sacrifier.

Thriller original et malin, Le Prestige invite le spectateur à une succession de tours de passe-passe, il brouille habillement les pistes et joue à merveille des faux semblants. Grâce à son habile construction et à sa lente et progressive incursion dans le fantastique, le film de Christopher Nolan captive le spectateur et entretient avec une grande efficacité sa soif de connaître le fin mot -le secret- de chacun des deux saltimbanques.

Doté, comme toujours avec Nolan, d'une réalisation particulièrement soignée, Le Prestige possède l'immense qualité de se densifier tout au long de son déroulement. On pourra certes reprocher au Prestige d'user d'un twist final un peu too much (mais aussi inattendu qu'efficace), tant on aurait aimé que la révélation finale du film, à l'image des tours de magie, ne soit qu'un truc qui nous aurait échappé, mais il confère au Prestige son originalité et sa personnalité atypique, à mi chemin entre réalité et illusion.

Passionnant, hautement divertissant et (faussement) novateur, Le Prestige propose une fort belle et originale confrontation, il cisèle une intrigue ludique et confirme le goût de Christopher Nolan de fuir les sentiers battus. Sans atteindre des sommets de cinéma, le thriller fantastique de Nolan propose un univers très personnel qui a l'immense mérite d'emmener le spectateur dans un paysage qui lui semblera nouveau et inconnu. Le Prestige nous fait avec bonheur son petit tour de magie : du cinéma pas couillon et bien foutu, dont le "truc" suscite une agréable curiosité, et dont le visionnage apporte un excellent moment.

Procurez-vous Le Prestige ou d'autres films de Christopher Nolan ou  avec Christian Bale, Hugh JackmanScarlett JohanssonMichael Caine ou David Bowie

Apartment 143 (Emergo, Carles Torrens, 2012)


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Confronté à des phénomènes paranormaux, un père de famille fait intervenir une équipe de parapsychologues dans son appartement pour tenter d'enrayer les forces qui l'habite.

Les faux documentaires de type "found-footage" (Le Projet Blair Witch, Paranormal Activities) pullulent depuis quelques années et, il faut bien l'avouer, se ressemblent tous, souvent victimes des limites du genre. Apartment 143 n'échappe pas à la règle du genre, mais surnage quand même au dessus d'oeuvres comme Devil Inside ou Apollo 13...

Prenant place au coeur d'une famille affligée par le décès de la mère, son scénario parvient à maintenir l’intérêt du spectateur grâce à un double mystère : les phénomènes, mais aussi leur cause mystérieuse. Toute la panoplie des trucs inhérents au genre est bien évidemment utilisée sans surprise ici, mais Carles Torrens parvient néanmoins à installer une certaine tension. Quelque part entre Paranormal Activities et Poltergeist, Apartment 143 n'étonnera pas le spectateur, mais il se suit jusqu'à son terme sans ennui ni déception majeure.

Une fois de plus, les sommets de peur promis par l'aspect vérité des images vidéo ne débouchent que sur quelques scènes déjà vues et sans surprises, mais l'expérience prendra cependant un peu de consistance grâce à son "enquête familiale" sur la cause des phénomènes. Curieusement, c'est en sortant du fantastique qu'Apartment 143 trouve un véritable intérêt ; c'est en lorgnant vers l'aspect psychologique de la famille, leur histoire, que le film échappe aux pièges du genre et tente tant bien que mal d' "innover".

Enième exercice du genre, Apartment 143, comme beaucoup de ses confrères récents, ne fonctionnera que sur les spectateurs les moins habitués à jouer à se faire peur avec du faux-vrai. Archi usé dans sa structure mème, Apartment 143 n'est pourtant ni raté ni mauvais, son ouverture en dehors du fantastique ouvre d'ailleurs quelques pistes intéressantes pour de futurs projets. A quand un found-footage dénué de fantastique et ancré dans la vraie vie ? En attendant un tel projet, Apartment 143 remplit honorablement ses 78 minutes mais ne laissera de traces que chez les inconditionnels du genre ou ceux qui le découvre.

Procurez-vous Apartment 143 ou d'autres films de Carles Torrens

Hamburger Film Sandwich (Kentucky Fried Movie, John Landis, 1977)


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Film à sketches proposant : des bandes annonces (dont, Catholic High School Girls in Trouble), des émissions détournées, des fausses pub et de courtes histoires humoristiques.

Une référence ! Seconde réalisation de par John Landis après Schlock, (et 4 ans avant son chef d'oeuvre Le Loup Garou De Londres !) Hamburger Film Sandwich est aussi la naissance cinématographique des ZAZ (Zucker- Abrahams-Zucker, auteurs des Y'a t'il un Pilote dans l'Avion, Hot Shots et autres Y'a t'il... ).

Accumulation effrénée d'humour délirant, débridé, débile, parodique, incontrôlé (proposant le meilleur comme le pire, le très drôle comme le pitoyable...), Hamburger Film Sandwich établit un style comique qui a influencé toute une génération de comiques et marqué les 80s. Les Nuls lui rendaient régulièrement hommage (notamment en diffusant la série des ZA,Z Nacked Gun, dans leur Nuit La Plus Nulle ou en reprenant la Carioca, qui ouvre Hamburger, dans le film dans La Cité De La Peur), les Inconnus venaient y voler certains de leurs meilleurs gags (le chercheur de danger à Barbès qui crie "rentrez chez vous les noirs et les bougnouls"...).

Si aujourd'hui l'humour de Hamburger Film Sandwich semble souvent bien fatiqué, toute la rédaction de Doorama se prosterne devant cet état d'esprit, d'une liberté folle, qui ne se refusait absolument rien (et nous disons bien rien : gros seins et godemichets offerts !). A la recherche permanente du délire le plus total, l'humour des ZAZ et de Landis est à la fois potache, référentiel, visionnaire, imprévisible, vulgaire, fin, visuel (au premier plan, et souvent en arrière plan, aussi, par ses "détails" tueurs), et explore toutes les dimensions comiques du premier jusqu'au septième degré... Là réside la force de cet humour : ses auteurs ne reculent devant rien, ils donnent ainsi à Hamburger Film Sandwich la capacité de faire rire (immanquablement, ne serait-ce qu'une seule fois dans le film) absolument chaque spectateur.

Souvent loin de toute finesse, ce délire foutraque (et certes fatiguant) recèle des trésors d'humour et d'inventivité. En véritables explorateurs des domaines du possible pour donner vie à un gag (si "con" et absurde soit-il), les ZAZ ont créé un courant comique surpuissant et irrévérencieux qui vécut son age d'or sur une courte décennie. Daté et usé, Hamburger Film Sandwich (qui donna une suite -le chant du cygne- Amazon Women On The Moon en 1988, rebaptisé Cheeseburger Film Sandwich en France) possède néanmoins l'immense qualité de pouvoir être vu et revu jusqu'à l'usure, tant il recèle de gags que ses degrés et couches d'humour superposées masquent lors d'une vision unique.

Hamburger Film Sandwich a tout du film "bas de gamme" et jetable, cependant nous pensons et assumons, ici à la rédaction de Doorama, qu'il est à considérer comme un jalon de l'évolution de l'humour au cinéma. Même si la qualité cinématographique n'est pas au rendez-vous et qu'il annonce une certaine forme d'humour télévisuelle (voire industrielle), il demeure un film culte, de ces films qui ne ressemblent à aucun autre (tout au moins lors de leur sortie en salle) et créent la nouveauté, la surprise et instaurent de nouveaux standards. Nous en sommes persuadés : il y avait du génie là dedans !

Une inoubliable curiosité à découvrir (ne serait-ce que pour remettre certaines pendules à l'heure...), aujourd'hui simple témoin de son temps, à laquelle toute la rédaction décerne un généreux 8, tel un Oscar d'honneur...

Procurez-vous Hamburger Film Sandwich ou d'autres films de John Landis ou des ZAZ

Kaïro (Kiyoshi Kurosawa, 2001)


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A Tokyo, une vague de désespoir pousse des jeunes à lâcher prise dans leur vie et les mène au suicide. Il semble qu'un site internet relie ces disparitions ; l'entourage des disparus se penche sur cette piste pour comprendre l'origine du phénomène...

La première partie du film de Kiyoshi Kurosawa ne suffit pas à identifier à quelle type d'histoire le spectateur est confronté. Une Histoire de fantômes ? Un film sur un virus ? Une critique de la société nippone ? Kaïro se situe admirablement au milieu de ces thèmes, occultant les explications et les causes pour se concentrer sur la construction de son impressionnant climat de terreur diffus.

Poétique, trouble, mélancolique et désespéré, Kaïro nous montre une société japonaise effroyablement vide, dépeuplée de ses habitants, de sa frénésie et de sa vie. L'isolement précède la disparition de ses membres, il transforme les vivants en fantômes,   en êtres vides, seuls et retranchés. Le renfermement dépeint par Kaïro est un virus qui ronge la société, l'internet qui semble le véhiculer est un facteur d'éloignement et d'isolement qui dilue les êtres, liquéfie les âmes jusqu'à laisser derrière elles une simple tâche sombre, telle une flaque d'huile sous une voiture à l'arrêt.

Au travers d'une forme sublime, servie par des plans d'une grande beauté esthétiques, Kaïro dépeuple ses images, fait disparaître toute trace de vie pour la fondre dans ses parties obscures. La force de Kaïro ne se cache pas dans son scénario, dont le fin mot reste difficile à identifier précisément (épidémie, fantômes, virus, suicides, fin du monde, critique de la société nippone ?), mais dans sa peinture d'un monde déshumanisé et insoutenablement vide, puissamment illustrée par des plans inquiétants et une bande son oppressante. S'il commence comme Ring en décrivant les effets d'un phénomène qui se propage, Kaïro s'attache rapidement à trouver des moyens de lui résister, jusqu'à aborder et identifier le Mal qui sévit par ce qu'il ôte plutôt que par ce qu'il est : une peur par soustraction, une peur dont le paroxysme est le néant. Kaïro impose son étouffant climat et sa noirceur (son désespoir ?) par la lente désincarnation de ses personnages et la disparition progressive de toute vie.

Film fantastique atypique et fascinant (dans sa forme comme dans son déroulement), Kaïro véhicule aussi une critique de la société et de sa course effrénée vers une communication omniprésente qui passe par un éloignement physique des individus. Au travers de son fantastique Kaïro aborde bel et bien un travers de notre société, c'est peut être pour cela que sa peur fonctionne aussi bien. En revanche, si la mort lente de Kaïro fait admirablement son travail de sape sur le spectateur, sa dernière partie "apocalyptique" desserre un peu la tension installée pour s'ouvrir vers une interprétation plus large, moins proche, et de ce fait moins effrayante. Qu'importe ce changement de mode final, le film de Kiyoshi Kurosawa est une superbe réussite qui laisse chez le spectateur un malaise et une réflexion que peu de films fantastiques laissent.

Abandonnez-vous à son rythme, effacez vous derrière sa stimulante proposition et profitez de cette belle leçon de peur et de cinéma. Et si une tache sombre subsiste après son visionnage sur votre canapé, alors inquiétez-vous et sortez vite retrouver des "vrais gens" que vous pouvez toucher !

Procurez-vous Kaïro ou d'autres films de Kiyoshi Kurosawa 

La Cabane Dans les Bois (Drew Goddard, 2012)


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5 jeunes organisent un week-end dans une cabane perdue dans les bois. Ils vont réveiller des forces malveillantes, mais l'horreur qui les attend n'est elle vraiment que le fruit de leur curiosité ? Ou bien sont-ils l'objet d'une force plus grande encore ?

Produit pas Joss Whedon (The Avengers, il faudra donc dorénavant s'intéresser au sens du cinéma de ce monsieur...), La Cabane Dans Les Bois se propose de réinventer le slasher et le moins que nous puissions dire est que la tentative tient toutes ses promesses. Le film de Drew Goddard (scénariste de séries comme Lost et de Cloverfield) est un plaisir de cinéphile, aussi malin que jouissif, qui joue avec délice avec les codes du cinéma d'horreur.

Une cabane, des jeunes un peu cons, une cave, des esprits qui se réveillent... La base de cette pépite est un hommage évident à Evil Dead, mais La Cabane Dans Les Bois y greffe une dimension d'horreur orchestrée par une autre main, de manipulation de la "réalité", particulièrement réjouissante. Ainsi doté d'un outils d'analyse distanciée du Genre, il propose une amusante grille de lecture des films d'horreur (et du coup de l'industrie qui les fait naître !), ce qui lui permet d'atteindre un second degré assez plaisant qui le rapproche d'un "manuel du bon film d'horreur". Très vite on est accroché par l'organisation qui se cache derrière le massacre annoncé des 5 jeunes, très vite le slasher banal et ordinaire se double d'un mystère extraordinaire et d'une véritable raison d'être. La Cabane Dans Les Bois s'amuse à innover là où ne l'attend pas (Lovecraft ?), il détourne les codes usuels en conservant l'esprit potache du Genre et le hisse jusqu'à une véritable impression de jamais vu (d'accord, nous exagérons un peu, mais le résultat est tellement atypique...).

Dissection dans son premier acte du slasher lambda, exposition de la manipulation dans son second acte (avec une intéressante lecture du rôle du ciné d'horreur...) et gigantesque pétage de plombs scénaristique (tout fan en avait rêvé...) dans son exutoire final, La Cabane Dans Les Bois marque des points sur tout les tableaux grâce à un méticuleux décorticage du Genre, et joue avec les capacités des ressorts qu'il contient. Flirtant souvent avec les limites (comme lors de son final, dantesque et loufoque...), Drew Goddard parvient néanmoins à garder le cap et rester fidèle à l'esprit qu'il s'est donné. Derrière son idée initiale se cache une déclaration d'amour au Genre, Fantastique et Horreur, et son réalisateur, à aucun moment, ne tentera d'imposer au spectateur sa vision personnelle du Genre. La Cabane Dans Les Bois évite avec soin de sombrer dans le prétentieux, elle respecte sagement et modestement les limites de son territoire de divertissement, ce qui lui permet d'acquérir ainsi l'adhésion totale du spectateur à son amusante proposition.

La Cabane Dans Les Bois n'atteindra peut-être jamais le statut de chef d'oeuvre du genre ou de film culte, mais son ingéniosité, son humour discret (logé dans son scénario plutôt que dans l'image) et surtout sa volonté inspirée de proposer de neuf en font une grande réussite du genre. A la manière de Chronicle qui explorait avec énergie un matériau connu, La Cabane Dans Les Bois déploie une créativité sincère pour  changer la donne, il propose un scénario biscornu et un peu fou, plein de surprises et de clins-d'oeil, qui lui permet de donner forme à un vrai objet de cinéma.

Réservé avant tout aux amateurs de ciné de genre, La Cabane Dans Les Bois est un éfouloir ciselé et pensé, qui regorge de surprises et de plaisirs simples. Malicieux, ludique, créatif, construit avec amour (si, si !), il constitue un excellent moment de cinéma de genre et de divertissement, dont chaque détail est exécuté avec un indéniable savoir-faire et une formidable énergie. La rédaction de Doorama ne peut qu'applaudir devant un tel état d'esprit (même si nous ne sommes pas dupes de son coté roublard...). Même si son charme risque de se dissiper presque totalement lors d'une seconde vision, l'effet est bien là : une bonne claque qui réveille, avec comme récompense l'odeur des croissants et du café chaud ! Une excellente surprise : foncez !    


Procurez-vous La Cabane Dans les Bois ou d'autres films de Drew Goddard ou avec Chris Hemsworth

The Avengers (Joss Whedon, 2012)


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Loki projette d'asservir la planète Terre en s'emparant du Tesseract. Face à la menace , le Shield réunit Iron Man, Captain America, Thor, Hulk, Hawkeye et Black Widow pour l'arrêter. Mais avant de combattre l'ennemi, ils doivent d'abord apprendre à travailler ensemble.

Pas plus fan que cela des adaptations des super-héros de la Marvel, et échaudée par un Thor plus ridicule que convaincant, la rédaction de Doorama s'est penchée, curieuse mais méfiante, sur ce cocktail aux allures de blockbuster crétin pour ados... Et encore aujourd'hui, toute la rédaction de Doorama courre dans toutes les direction en mimant les postures de ces héros !

Mission accomplie pour ces Avengers ! S'il n'est pas complètement exempt de quelques courts passages un peu crétins, ridicules et/ou puérils, The Avengers propose un divertissement particulièrement efficace, réussi et parfois même intelligent dans sa conception. Sans temps mort, et débarrassé de l'exposition laborieuse de ses super-héros (ce qu'avaient réalisé les précédentes adaptations individuelles de Hulk, Iron Man et Thor), The Avengers s'attarde sur la mise en route difficile de son équipe, avant de trouver enfin l'unité gagnante. Le film de Joss Whedon s'amuse donc avec bonheur a multiplier dans sa première partie les confrontations entre "gentils"... Et mine de rien, ça adoucit le coté hyper manichéen inhérent aux super-héros et gomme de cette histoire ses aspects trop enfantins.

Rythmé et jouissif, plutôt bien fouttu dans son ensemble, The Avengers parvient à s'imposer sans peine comme l'un des meilleurs Marvel à ce jour. Pour peu que l'on accepte les règles de ce type d'histoire, Joss Whedon nous remet en tête nos souvenirs d'enfance et parvient à nous faire délicieusement régresser vers un  état où la forme prime davantage que le fond. Direct, décomplexé et 100% ludique The Avengers mise tout sur un programme compilatoire et tient brillamment sa promesse de nous faire passer 2h22 de cinéma pop-corn sans nous amputer de quelques neurones.

Blockbuster sans surprise, certes, The Avengers est cependant habité par une fidélité sans faille à ses héros de papiers, et réponds efficacement (et sans prétention !) aux exigences de l'entertainment des studios. Techniquement réussi et parfaitement exécuté, The Avengers forcent l'adhésion en proposant du pur fun sans jamais (ou presque) quitter des yeux ses exigences de qualité ni sa volonté de maintenir à fond son sens du divertissement (ce qui est finalement plutôt rare dans les productions de ce type). The Avengers ne souffre en fait que d'une seule chose : le personnage de Nick Fury, que la calamiteuse et caricaturale interprétation de Samuel L. Jackson fait ressembler à un affreux furoncle au milieu d'un beau visage.
Mis à part ce détail, on s'éclate, c'est pour rire, c'est bien fait et on en redemande !        

Procurez-vous The Avengers ou d'autres films de Joss Whedon ou avec Jeremy RennerRobert Downey Jr ou avec Scarlett Johansson

La Disparition d'Alice Creed (J. Blakeson, 2009)


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Deux individus préparent avec minutie un appartement, pour accueillir la personne qu'ils s'apprêtent à kidnapper. C'est Alice Creed qui se retrouve prisonnière des deux hommes, aussi décidés que préparés. Mais quelle est leur véritable but ? Quel lien existe t'il entre la prisonnière et l'un de ses gardiens ? 

La Disparition d'Alice Creed démarre formidablement, proposant au spectateur les préparatifs d'un kidnapping dans un silence aussi redoutable que ce qui semble attendre sa cible. Une fois séquestrée et attachée dans sa pièce, J. Blakeson distille enfin les éléments d'information et dévoile progressivement l'histoire et les profils des 3 personnages.

Abordé comme un hui-clos psychologique, La Disparition d'Alice Creed est un exercice plutôt bien mené qui s'amuse avec le spectateur, en éclairant progressivement un scénario qui ne révélera sa vérité que dans sa toute dernière partie. Multipliant les fausses pistes et les rebondissements, son réalisateur ne cesse de nous faire cogiter sur le "pourquoi" et les issues possibles à la situation de départ.

Parfois très tendu et fort bien maîtrisé (particulièrement dans sa première moitié), La Disparition d'Alice Creed s'essouffle cependant sur sa courte longueur. Son final soigneusement dissimulé, tout le film durant, n'étonnera finalement pas (décevra ?), car le spectateur l'aura préalablement pressentie : après tout, une histoire à 3 personnages ne laisse pas tant de fins possibles que cela :-)

C'est sans doute là la faiblesse du film de J. Blakeson : bien que réussi dans son ensemble, son aspect hui-clos laisse vite apparaître sa mécanique, et à la manière des films lost footage se heurte finalement aux limites qu'il s'est imposé. La Disparition d'Alice Creed explore trop mécaniquement les possibilités qu'offre son matériel (1 lieu, ou presque / 3 personnages) et malgré son rythme et sa forme maîtrisé laisse au final une impression de fausse bonne surprise. Alice Creed fera sans doute parfaitement le bonheur du spectateur occasionnel, mais risque de laisser aux cinéphiles plus gourmands une impression plus mitigée. S'il est un exercice de style parfaitement exécuté, il se heurte cependant aux limites naturelles de l'exploration d'un" territoire de poche".

La Disparition d'Alice Creed est à première vue "bien" (très bien même), mais à mieux y regarder on se dit quand même que l'audace et la nouveauté manquent cruellement à ce sympathique petit thriller. La rédaction de Doorama le recommande (car la qualité et la bonne volonté sont cependant au rendez-vous) mais avec un "mais..." (sauf pour la jolie plastique de Gemma Arterton)...


Procurez-vous La Disparition d'Alice Creed ou d'autres films avec Gemma Arterton

Festen (Thomas Vinterberg, 1998)


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A l'occasion du soixantième anniversaire du chef de famille, toute la fratrie est réunie pour fêter cet évènement. Mais lors du repas, Christian, l'un des enfants, encore affligé par le décès de sa soeur, va faire un discours qui va mettre à jour un terribles secret de famille.

Festen est un enfant du Dogme 95 (une sorte de charte de réalisation des films, élaborée par Lars Von Triers et Thomas Vinterberg, destinée à fuir l'artificiel et se rapprocher d'une certaine essence cinématographique : voir wiki), et figure comme l'une de ses plus belles réussites.

Cette fête de famille est bien loin de la douce quiétude des Gens De Dublin, sa chaleur initiale cède bien vite le pas aux effusions et à la violence émotionnelle. La divulgation d'un lourd secret familial, va faire exploser la famille unie, va exposer la nature de chacun et révéler des souffrances des années retenues : la fête de Festen n'est pas un anniversaire, mais plutôt un accouchement... et dans la douleur ! Comme le Dogme qui l'encadre, Festen est une destruction des apparences et du factice, une attaque en règle du déni de réalité. Ses premières images laissent immédiatement apparaître les imperfections du verni familial, le spectateur est vite sceptique quand à la belle unité familiale et c'est presque sans surprise qu'il assistera à ce qu'il pressentait : "il y a quelque chose de pourri dans le Royaume du Danemark".

L'image saturée et les cadrages tremblants du Dogme, ses scènes "inutiles" au premier abord, peuvent irriter le spectateur, mais sa fonction première de revenir à l'essentiel, au vrai, donne une force et une puissante rare  à Festen. Puisque tout doit être "vrai" aux yeux du Dogme, le spectateur qui acceptera sa forme technique et narrative, se retrouve immergé au plus proche des personnages, comme faisant lui même partie de cette fratrie. La douloureuse accusation de Christian contre son père résonne alors pour le spectateur comme un choc d'une violence rare. Festen frappe fort ! La famille dans laquelle Vinterberg vous intègre vous blessera aussi profondément qu'elle vous choquera. Racisme (terrible scène de la chanson), bêtise, auto-satisfaction, mensonges, vérités refoulées, complicité passive, inceste : Festen par la force de son histoire vous fait toucher ce que chacun exècre dans la "vraie vie", et par son procédé cinématographique rend l'expérience encore plus dérangeante, voire insupportable, en augmentant au maximum la proximité avec ces "réjouissances".

Festen est un blessure infectée qui laisse échapper son pus. Sa violence psychologique et l'hystérie dans laquelle elle s'exprime ébranle le spectateur, l'obligeant à assister en direct à un drame qu'il préférerait sans doute, comme les membres de la famille, ne pas voir en face. C'est même véritablement à un combat, entre un fils et son père, que Vinterberg nous invite. Festen révèle des souffrances immenses, irréparables, les partage avec vous d'une manière particulièrement percutante, puis vous affuble du rôle de chirurgien pour effectuer une amputation douloureuse mais inévitable. Brut et intense, parcouru parfois de quelques traits d'humour grotesques, Festen est une expérience de cinéma forte, pure et très stimulante (proche de l’extrême et de l'expérimental pour certains).

Le Dogme a fait son temps (et c'est tant mieux), il laisse derrière lui quelques perles, dont Festen fait partie, ou bien encore Les Idiots de Von Trier. Que l'on aime ou non ce cinéma "épidermique" (à l'image des réactions qu'il inspire), le Dogme 95 aura au moins permis de soulever une intéressante réflexion sur "l'objet film" et favorisé un langage cinématographique dont nous sommes, ici à la rédaction, particulièrement fans.
Festen vous emportera (loin !), vous ennuiera ou vous irritera, mais il ne vous laissera certainement pas indifférent.


Procurez-vous Festen ou d'autres films de Thomas Vinterberg

Faux Semblants (Dead Ringers, David Cronenberg, 1988)


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Beverly et Elliot Mantle sont de vrais jumeaux. Brillants gynécologues à la carrière exemplaire, ils partagent absolument tout, la gloire comme les femmes. Lorsque Claire Neveau apparait dans leur vie, et que Beverly en tombe amoureux, la relation fusionnelle entre les deux frères va s'altérer. Mais peut on séparer ce qui est inséparable ?

A notre sens le Cronenberg le plus abouti, à l'image comme pour ses thèmes, Faux Semblants laisse à chacune de ses visions la rédaction de doorama complètement KO. Bien que Crash et History Of Violence soient aussi de ses plus grande réussites, Faux Semblants les surpasse, peut être grâce à la gigantesque performance de Jeremy Irons.

Faux Semblants est un film avec Jeremy irons et Jeremy Irons ! Aucune autre description de peut mieux décrire son incroyable performance à incarner les deux frères et leur donner cette identité distincte, sans aucun artifice. A sa seule présence sur l'écran, le spectateur sait instantanément s'il s'agit de Bev ou de Ely ! L'ébouriffante et parfaite mise en scène de Cronenberg achève le tour de force en mettant deux Jeremy Irons dans un même plan, en travelling, et se donnant la réplique... Aujourd'hui encore les effets spéciaux de Faux Semblants restent invisibles : une performance hallucinante qui renforce incroyablement la force de cette histoire de séparation impossible, quasi shakespearienne ! Il faut se rappeler que nous sommes en 1988, le numérique "balbutie" encore, le résultat de Faux Semblant est alors révolutionnnaire.

L'autre performance de Faux Semblants, c'est son approche psychologique de la relation des deux frères qui vivent comme dans un seul corps. En mélangeant la relation des jumeaux et la symbolique des frères siamois, Cronenberg signe là son avancée la plus profonde dans "l'intérieur" de ses personnages. Il parvient à traiter dans un même temps un seul esprit pour deux corps, mais aussi deux esprit dans un seul corps tant les deux sont indissociables ! Il mélange les approches du corps et de l'esprit (et de fait étend aussi son sujet à la schizophrénie...) puis lui greffe un élément extérieur (un virus ?) qui viendra détruire la l'unité des deux êtres, des deux cellules, des deux esprits. Histoire d'amour à plusieurs dimensions (Bev et Claire, interprétée par une Geneviève Bujold, mais aussi entre les deux frères) et puissant drame psychologique et horrifique (on pensear même au cannibalisme !), Faux Semblants absorbe le spectateur et le fascine autant techniquement, qu'artistiquement et émotionnellement. L'effroi généré sera d'autant plus fort que le contexte médical dans lequel il prend forme est glacial, dépouillé, et que le temps du film la médecine prend des allures bien inquiétantes.

Film d'horreur psychologique ultime, histoire d'amour contrariée tragique ou drame familial aussi puissant que troublant et dérangeant, Faux Semblant est tout cela. Aussi sobre dans son traitement que vertigineux dans sa force, il est à nos yeux un film parfait : effrayant et très (très) émouvant. Un peu à l'image de ses personnages, Faux Semblants est un film qu'il est difficile de décortiquer, tant ses composants sont intimement entremêles, jusqu'à paraître, à nos yeux en tout cas, comme une entité monocellulaire... indissociable... parfaite... Un lent dérèglement dépeint avec méthode et finesse, jusqu'à son abyssal final.
Du grand art, un immense Cronenberg qui se bonifierait presque avec les années...

Procurez-vous Faux Semblants ou d'autres films de David Cronenberg ou avec Jeremy Irons

Black Rain (Ridley Scott, 1989)


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Nick Conklin et son collègue sont chargés d'escorter Sato, un meurtrier, pour le remettre aux autorités japonaises. A l'aéroport d'Osaka leur prisonnier leur échappe. Dans ce pays où ils ne connaissent rien, ils vont tenter de récupérer Sato.

Entre Traquée et Thelma & Louise, Ridley Scott retrouve les décors saturés de néons et les rues bondées qui l'avaient inspiré pour son  Blade Runner, dans ce thriller japonisant et esthétique. Cette confrontation de style entre les méthodes d'un policier new-yorkais fonceur et tête-brûlée et la discipline japonaise débouchera, bien sûr, sur une meilleure compréhension de l'autre culture.

Scott s'appuie donc sur la différence de culture pour donner un peu de relief à un scénario bien connu, et habille son film de tout son savoir-faire visuel pour lui donner une apparence élégante, voire tendance. Black Rain arrive après Top Gun et l'Arme Fatale, et ça se sent ! Comme une réponse visuelle au Flic de Beverly Hills 2 de son frérot Tony Scott, Black Rain est tape à loeil, comme le Mel Gibson de l'Arme Fatale il met en scène un flic obstiné, très moto-ray-ban-brushing, parfait prototype du héros 80's ! Si Black Rain était très "beau" lors de sa sortie, il est aujourd'hui marqué du fer rouge des années 80's, et c'est une impression de superficiel qui se dégage de sa vision.

Au delà de son look esthétisant (soigné et réussi, mais énervant), c'est la transposition de son enquête ordinaire au japon, avec toutes ses différences culturelles, qui donne à Black Rain sa personnalité. Hélas, nous sommes bien loin de la finesse et de l'intensité du génial Yakuza de Sidney Lumet (avec Robert Mitchum, 1975) et Black Rain ne fait qu'effleurer cet aspect culturel, l'utilisant davantage comme un simple élément de décor que comme un réel moteur de son scénario. Ken Takakura, qui assiste nos flics dans le film de Scott était d'ailleurs celui qui donnait la réplique à Robert Mitchum dans Yakuza ; il tenait ce rôle  de "traducteur culturel", fonction bien discrète dans Black Rain... Nos deux flics sont certes perdus dans la société japonaise (avec leurs armes confisquées), mais malgré leur assistant local, ils apprendront finalement bien peu de leur séjour à Osaka...

Reflet de son époque, superficielle et très "m'as tu vu", Black Rain est certes un peu au dessus des productions du moment, mais son manque d'action, la prévisibilité de son scénar et la sous utilisation de l'environnement japonais ne lui permettent pas d'exprimer son plein potentiel. Film mineur dans la belle filmo de Ridley Scott, Black Rain n'est plus aussi jeune et séduisant qu'en 1989, et sa réalisation pourtant au top alors apparaît aujourd'hui bien plate (preuves de la pauvreté et de l'éphémère de ces années ?).
Sa vision aujourd'hui n'est pas désagréable, mais elle laisse apparaître un thriller un peu mou, mené par un Michael Douglas à la limite de l'exaspérant, et au thème plutôt mal exploité.
Certains films donnent envie d'en revoir d'autres : contents d'avoir revu Black Rain, mais grandement insatisfaits, nous brûlons d'envie de redécouvrir le Yakuza de Lumet... Voilà bien là le meilleur atout de Black Rain !

Procurez-vous Black Rain ou d'autres films de Ridley Scott ou avec Michael Douglas ou Andy Garcia

Sur la Piste Du Marsupilami (Alain Chabat, 2012)


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A l'occasion d'un reportage en Palombie, Dan Geraldo va se retrouver embarqué dans une formidable aventure. Avec son guide Pablito, ils vont découvrir l'existence du Marsupilami et vont devoir le protéger du terrible général Hermoso qui veut mettre la main sur les précieux oeufs de l'animal jaune...

Adapter le Marsupilami au ciné était le rêve de Chabat. C'est donc maintenant chose faîte et c'est en compagnie de Djamel Debbouze, Lambert Wilson, Patrick Timsit et Fred Testot que la peluche jaune bondit partout.

Peu familier de la bande-dessinée de Franquin, il nous est difficile de juger de la fidélité du film à l'esprit de son créateur, en revanche le film de Chabat affiche clairement son objectif de signer une "comédie familiale", et nous ne partageons visiblement pas tout à fait sa  définition de "familiale". Les enfants seront sans doute hautement fascinés par l'aspect coloré et le rythme bondissant du film, et leur rires  rempliront certainement votre salon, mais nous doutons que leurs parents expriment autant d'enthousiasme. L'humour de Chabat fait bien sûr ponctuellement mouche dans son film (le chihuahua avec Djamel et le "ca pique" de Chabat , mais ce qui ressort avant tout c'est le "nivellement par l'enfant" de son film...

S'il est un formidable film pour les enfants, Sur La Piste du Marsupilami semble abandonner toute possibilité de lecture pour le public adultes. On s'étonne que Chabat n'ait pas souhaité faire un film plus "familial" et moins "pour enfants". Contrairement au premier Shreck qui contentait autant les enfants que les adultes en gérant habillement plusieurs degrés d'humour, Sur La Piste du Marsupilami semble avoir fait le choix quasi exclusif du jeune public, ne laissant que quelques rares miettes aux adultes... De quoi diviser la famille plutôt que l'unifier !

Sur La Piste du Marsupilami est très sympa, gai et fantaisiste mais il souffre cruellement d'un manque de dimension adulte. Pire encore, si Chabat pensait contenter pleinement toute la famille, alors son entreprise est un échec ! Gags souvent lourds et mécaniques, réalisation pataude (bien moins réussie que Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre), rythme artificiel et jeux d'acteurs hyper appuyé raviront sans réserve vos têtes blondes, mais il rendent aussi ce Marsupilami bien indigeste pour les spectateurs adultes un poil plus exigeant qu'un enfant de 12 ans.

Pour la rédaction, Babe trône fièrement à coté d'un Massacre à la Tronçonneuse, Les Aventures de Wallace & Gromit à coté de La Taupe, ou bien encore Le Fantastique Mr. Fox à coté de Shame. Qu'il soit destiné en priorité aux enfants n'est certainement pas le problème de Sur La Piste du Marsupilami, ce qui pêche dans le dernier Chabat c'est simplement que son réalisateur n'a pas livré tout ce dont il était capable, qu'il se soit arrêté en cours de route. On pourra reprocher à Doorama de donner son avis sur le film qu'il aurait "aimé voir", plutôt que sur celui "livré" : peut être... Mais même si nous ne nous sommes pas ennuyés, nous n'avons pas retrouvé le comique de Chabat, nous n'avons vu qu'un gros projet marketing sécurisé par un casting sans risque et une créativité en berne. Simplement décevant.


Procurez-vous Sur la Piste Du Marsupilami ou d'autres films de Alain Chabat ou avec Djamel Debbouze Alain Chabat, Fred Testot, Patrick Timsit ou Lambert Wilson

Le Mystère Andromède (The Andromeda Strain, Robert Wise, 1971)


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Un satellite américain porteur d'un mystérieux décime les habitants du village dans lequel il est tombé. Face cette menace encore inconnue, un petit groupe de scientifique étudie le virus afin de comprendre son fonctionnement et d'empêcher sa propagation.

Film de science fiction au rythme lent et documentaire basé sur une histoire de Michael Crichton (Jurassic Park), Le Mystère Andromède s'attaque à la démarche scientifique de l'observation et de la compréhension d'une forme virale jusqu'alors inconnue.

Loin de l'action et exempt de toute forme de spectaculaire, Robert Wise (le généralissime La Maison du Diable) choisit un angle quasi documentaire et nous immerge dans un minutieuse mécanique de suspense, basée sur une enquête scientifique effectuée pas à pas. C'est le réalisme et la crédibilité qui guide Le Mystère Andromède. Tout est fait pour rester au plus proche de d'une situation réelle, que ce soit sur le plan technologique, mais aussi sur le plan humain puisque le scénario suivra le rythme des déductions intellectuelle des scientifiques.

Malgré les technologies futuristes montrées dans le film (et pas mal ont vu effectivement le jour entre 1971 et maintenant...) Le Mystère Andromède se rapproche finalement davantage du film scientifique que du film de science-fiction. Si son rythme vieillissant et daté (de nombreuses scènes s'attachent au respect des protocoles scientifiques, et ce n'est pas toujours des plus excitant !) rendent sa vision, aujourd'hui bien peu excitante, le film demeure cependant captivant. Au delà de l'observation de la technologie mise en oeuvre face à un ennemi invisible, Le Mystère Andromède s'attache à décortiquer les étapes intellectuelles humaines pour appréhender l'inconnu ; et même en roulant au pas, cet aspect du Mystère Andromède fascine en montrant le meilleur du potentiel de l'homme, mais aussi ses faiblesses (les erreurs ou "oublis" dans la conception des protocoles à de quoi faire frémir...). Enfin, on notera aussi un intéressant traitement  paranoïaque de son sujet (puisqu'il aborde en toile de fond les questions d'armes bactériologiques et de mensonge d'état !) qui participe à créer une ambiance tendue, voire oppressante.

Visuellement très marqué 70's (malgré le travail de Douglas Trumble sur les décors et le matériel scientifique de pointe) et souffrant d'un rythme qui condamnerait tout film actuel l'adoptant à l'oubli immédiat, Le Mystère Andromède reste un excellent film de science-fiction, certes "à l'ancienne", mais intriguant et inquiétant. Par certains aspects il donne l'impression de vouloir informer, éduquer et rassurer le public d'alors sur la capacité du gouvernement américain à pouvoir gérer une telle crise, et sa réalisation joue d'ailleurs à fond cette carte du réalisme documentaire. Sa réalisation et son traitement science-fiction sont d'une sobriété qui, à notre avis, manque cruellement au cinéma de science fiction d'aujourd'hui. A condition que l'on accepte sa forme, Le Mystère Andromède se révèle être un film de science-fiction aussi passionnant qu'effrayant. Un film qui a beaucoup vieillit, peut être, mais aussi une très belle réalisation (notamment une très habile utilisation des splits screens !) et surtout une vraie démarche intellectuelle et cinématographique habitent Le Mystère Andromède. On trouve ça excellent, passionnant et bien flippant !


Procurez-vous Le Mystère Andromède ou d'autres films de Robert Wise 

The Murderer (Hong-jin Na, 2011)


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Afin d'éponger sa dette, occasionnée par le coût du visa de sa femme partie en Corée, Gu-Nam accepte d'aller tuer un homme en Corée pour le compte d'un parrain local. Sur place, il compte accomplir sa mission, mais aussi tenter de retrouver son épouse... Mais rien ne se passera comme prévu. De chasseur il deviendra proie, traqué de toute part.

Nous perdons toute objectivités devant certaines bombes coréennes, et ce second film du réalisateur de The Chaser fait partie de ces films qui nous impressionne. The Murderer étale 2h20 de grand cinéma, 2h20 de précision, de tension et de maîtrise.

Le meurtre que doit exécuter Gu-Nam ne sera pas le point final de son aventure, mais bien le coup de départ de son irrémédiable chute. A la manière de J'ai Rencontré le Diable, passé la minutieuse mise en place de son film, Hong-jin Na sonne les hostilités à la 45ème minute, et entame alors une intense course, mortelle, jusqu'à son final sombre, absurde et mélancolique. The Murderer est un thriller tout ce qu'il y a de plus efficace, mais c'est aussi, et avant toute autre chose, un Film Noir dans le plus pure tradition. Notre héros (mais y'en a t'il vraiment dans ce film ?) est un quidam sans avenir et peu locace, condamné dès la première image à toujours perdre. The Murderer n'épargnera rien à son personnage, sa détermination et son instinct de survie feront difficilement le poids face aux dangers vers lesquels il est naïvement allé.

Coincé entre la mafia et la police coréenne, et bientôt rattrapé par son commanditaire (Yun-seok Kim de The Chaser, en increvable et étonnant Pitbull !), Gu-Nam est un sursitaire, un homme traqué qui sera précipité dans un tourbillon de violence (et les coréens, ils savent faire !). Fabuleusement écrit, superbement réalisé (quoi qu'une caméra moins "épaule" n'aurait pas été mal accueillie...) The Murderer est encore une démonstration magistrale de ce que le cinéma coréen "a sous le capot". Passionnant de bout en bout, son rythme est sans faille, ses personnages puissants et finement écrits étayent avec justesse un scénario précis et fort.

Pour la rédaction de Doorama, The Murderer ne propose rien d'autre que le cocktail idéal, un thriller bluffant sur le fond comme dans sa forme. En proposant un dosage savamment équilibré de ses multiples ingrédients (violence, émotion, suspense, sens de l'absurde, humour, tension, rythme, rebondissement, respect des codes, renouvellement du genre... etc...) le film de Hong-jin Na s'impose au spectateur comme LE film qu'il espérait voir. Désespéré, palpitant et parfaitement maîtrisé The Murderer est une expérience de cinéma d'exception, un uppercut dévastateur que le spectateur reçoit en plein coeur de sa cinéphilie. On adore, un point c'est tout.

Procurez-vous The Murderer ou d'autres films de Hong-jin Na ou avec Yun-seok Kim

La Montagne Sacrée (The Holy Mountain, Alejandro Jodorowsky, 1973)


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Un homme ressemblant au Christ s'introduit dans le repère d'un alchimiste. Avec sept puissants de ce monde, chacun représenté par une planète, ils seront guidés par l'alchimiste pour dérober le secret de l'immortalité aux sages de la Montagne Sacrée.

Difficile tâche que de porter un regard critique sur La Montagne Sacrée, tant le film est un objet cinématographique à part, une création à rapprocher d'une véritable oeuvre d'art, mais aussi un manifeste ésotérique face auquel le non initié se sentira quelque peu désemparé, voire complètement perdu.

La Montagne Sacrée est un film en forme de trip hallucinatoire, constitué s'une succession de scènes saturées d'images et d'idées hautement symboliques. Délire visuel impressionnant et provocant, il peut tout autant se découvrir comme une oeuvre expérimentale d'un artiste multidisciplinaire, ou bien comme une oeuvre philosophico-ésotérique : dans les deux cas, à l'issue de sa vision, seul son créateur, Jodorowsky, sera en possession de toute ses clés et de la complète compréhension de l'oeuvre.

Il faut s'abandonner au film de Jodorowsky pour en profiter pleinement. Comme ses personnages tentent de se séparer de leur corps, le spectateur devra quant à lui se séparer de son esprit cartésien pour que le film livre son impressionnant cocktail de mysticisme et d'hyper-symbolisme, et agisse comme une drogue sur le spectateur. Alors seulement le film exhalera ses vapeurs hypnotiques et immergera le spectateur dans un univers proche d'un rêve, barré à souhait. La Montagne Sacrée ressemble à l'un de ses trips décrits par Carlos Castaneda...

Nudité, sexe, vie et mort ; société, pouvoir et place de l'homme ; religion, alchimie et rites d'initiation : La Montagne Sacrée brasse tous ces thèmes dans une imagerie cinématographique surpuissante. Dans la rue, un homme presque nu aux allures de Christ, transporte, telle sa croix, un mannequin à son image ; il est suivi par une dizaines de femmes habillées en Barbarellas et accompagnées d'un chimpanzé...  Des oiseaux qui s'échappent du coeur d'un cadavre... Un nain sans bras avec un casque qui donne de violents coups de pied sur un mannequin brisé que le sol... Une machine à orgasme actionnée par une rousse dénudée... De la merde transformée en or... L'univers de Jodorowsky s'impose au spectateur avec une force et une énergie qui frise le happening, mais il est impossible de rester impassible devant de telles fulgurances visuelles...

La Montagne Sacrée est tout (nous disons bien "tout") sauf un film facile, il laissera sans doute bien des spectateurs sur le bord du chemin, mais sa forme artistique est impressionnante et le pouvoir de ses images indiscutable. Complètement inclassable, certainement indispensable, difficilement appréhendable et logiquement culte, La Montagne Sacrée est une expérience cinématographique hautement hallucinogène et expérimentale que tout cinéphile se doit de découvrir un jour. C'est un film ultra personnel qui se fout bien  savoir qu'on le consacre ou le critique, c'est un film qui "est", un film qui s'offre à vos yeux et vos sens : une expérience on vous dit ! Nous avons mis 6, nous aurions tout autant pu mettre 10... mais sur un tel film, est ce que ça a vraiment du sens ?

Procurez-vous La Montagne Sacrée ou d'autres films de Alejandro Jodorowsky 

Iron Sky (Timo Vuorensola, 2012)


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En 2018, les nazis qui s'étaient réfugiés sur la Lune après la deuxième Guerre Mondiale, projettent de nouveau d'imposer leur idéologie. Ils finalisent un plan pour envahir la planète Terre, en pleine campagne de réélection de la présidente américaine...

Cet OVNI cinématographique, mettant en scène une invasion de nazis venue de la lune, nous vient de Finlande, et il a été entièrement auto-financé, hors gros studios, par des fans. Et autant le dire tout de suite, à l'image le résultat rivalise plus qu'honorablement avec n'importe quel blockbuster US de science fiction, puisque il égale, sinon dépasse, la qualité visuelle d'un spin off de la récente série Galactica.

Projet loufoque au scénar de série B ou Z, Iron Sky, malgré son sujet scabreux tout droit sorti d'une production Troma, évite habillement toute critique idéologique avec une bonne dose d'humour et de dérision. Histoire d'assurer le coup, Iron Sky tire dans toutes les directions en proposant des nazis très méchants (bien sûr) et s'offre le luxe de tacler (bien sûr) toute idéologie totalitaire, mais aussi (ha bon ?) l'impérialisme US en balançant une critique aussi provocante qu'audacieuse. Grand n'importe quoi foutraque, Iron Sky navigue entre la parodie, le pamphlet et le délire décomplexé en proposant rien de moins qu'un noir "blanchi" par les nazis comme héros principal pour contrer les plans d'un Hitler "démoustachisé", interprété par Udo Kier (Chair pour Frankeinstein ou la série The Kingdom de Lars Von Triers), avec l'aide d'une nazie repentie (Julia Dietze, sosie lointaine de Naomi Watts...).

A la fois film d'invasion hommage à la science fiction 50's, parodie et space opéra, il est difficile de ne pas reconnaître à Iron Sky une certaine réussite, que ce soit pour pour son idée délirante ou pour son résultat final qui encore une fois étonne par rapport à la taille de son budget.

Après, une fois qu'on a dit ça, il reste un film de science fiction en forme de clin d'oeil, où l'on regrette quand même la timidité de son humour (même si le diable se cache dans les détails, et Iron Sky sur ce point en a sous le capot) et la banalité toute relative de son scénario : remplacez les nazis par n'importe quel extra terrestre belliqueux et l'entreprise retrouvera le parfait anonymat d'une science fiction bas de gamme archi-usée et sans aucune saveur... Iron Sky est donc une véritable curiosité, dont la réussite tient sur une idée aussi énorme que tenue ! Il est réservé à un public averti, aux fans hardcore tendance geek de série B déjantée. Même si, à la rédaction, nous ne sommes pas fans de l'ensemble et que nous trouvons Iron Sky un peu long et trop balisé, son pitch demeure "ultime" et il est, dans son genre, une belle réussite, anecdotique certes mais ambitieuse et bien exécutée. Iron Sky, en quelque sorte, échoue à l'examen, mais avec les félicitations du jury !

Procurez-vous Iron Sky ou d'autres films de Timo Vuorensola ou avec Udo Kier

Série Noire Pour Une Nuit Blanche (Into The Night, John Landis, 1985)


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Les insomnies de Ed le mènent un soir à l'aéroport, là, il sauve une inconnue, de quatre tueurs iraniens particulièrement déterminés. Diana s'est mise dans une situation délicate. Il décide de l'aider, ils entament alors alors un long et dangereux périple dans Los Angeles pour tenter de résoudre ses problèmes.

John Landis (Hamburger Film SandwichLes Blues Brothers et l'un de nos films culte Le Loup Garou De Londres -ben oui !-) est à nos yeux un réalisateur "sympa". A redécouvrir cette petite comédie policière oubliée (à juste titre), et malgré ses défauts, nous n'aurons pas changé d'avis. Bien ancré dans les 80's, Série Noire Pour Une Nuit Blanche, encombré de son rythme un peu mou et son genre hésitant, fonctionne difficilement aujourd'hui, mais il n'est cependant ni dénué de charmes ni de quelques qualités. 

Même si Série Noire Pour Une Nuit Blanche se veut une dérive nocturne insomniaque, il peine largement à trouver son rythme. Cette "folle nuit mouvementée" apparaît aujourd'hui bien timide, sa comédie est trop discrète, ses péripéties peu intenses, et on passe un temps impressionnant à suivre les personnages arriver en voiture sur les lieux d'une scène, puis la quitter. Peu trépidante, l'aventure de Landis ne décolle que rarement et, sans pour autant nous ennuyer, a bien du mal à nous emmener dans le cauchemar que les personnages sont sensés vivre. Comme son personnage en manque de sommeil, Série Noire Pour Une Nuit Blanche est dans l'ensemble plutôt fatigué lui aussi.

Mais quelques moments nous récompenserons cependant de sa vision. D'abord retrouver un produit 80's, typique mais sans ses excès (le divertissement n'est pas sclérosé par la superficialité souvent de rigueur à l'époque), puis son amusante galerie de personnages. Parmi lesquels la sympathique silhouette de Jeff Goldblum (le très attachant Les Copains D'abord de Lawrence Kasdan ou La Mouche), la divine Michelle Pfeiffer (Ladyhawke ou Susie et les Baker Boys,dont toute la Rédaction est instantanément retombé amoureux), mais aussi la très brève et très amusante prestation d'un David Bowie moustachu ou encore son croustillant quatuor de tueurs iraniens, aussi excités du bulbe que de la gachette ! Et quand c'est John Landis incarne l'un d'eux : nous on adore !.

Outre ses personnages, on pourra aussi relever quelques jolis moments de mise en scène (sans doute mis en valeur par la tiédeur générale du film) comme la découverte de l'adultère de la femme de Goldblum empreinte d'un tact élégant bien que lourdement amenée, ou le meurtre sur la plage et la fusillade finale qui dégagent une étonnante nervosité, voire une certaine efficacité. On apprécie aussi la petite baston avec Bowie sur fond d'images de films d'Abbot et Costello au prise avec un Loup garou (ça vous rappelle quelque chose ?) et Frankeinstein... John Landis aime les références cinématographiques, sa série Dream On se basait d'ailleurs dessus.

Série Noire Pour Une Nuit Blanche n'a plus grand chose de très sexy mis à part, à notre connaissance, la seule apparition de Michelle Pfeiffer nue au cinéma, mais son rythme maladroit lui donne cependant une curieuse personnalité, et l'humour déjanté (bien trop timide et ponctuel ici, mais bien présent en filigrane) et la réalisation de John Landis parviennent à éviter l'ennui. Série Noire Pour Une Nuit Blanche est une bouffée de  nostalgie molle du genou, sympathique et attachante, mais on est quand même bien loin du génial After Hours de Scorcese, avec lequel il est souvent rapproché... "See You Next Wednesday" pour en discuter ?

Procurez-vous Série Noire Pour Une Nuit Blanche ou d'autres films de John Landis ou avec Michelle Pfeiffer ou Jeff Goldblum

Suicide Club (Sion Sono, 2001)


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A Tokyo, sur le quai d'une gare, 54 étudiantes se suicident ensemble  en se jetant sous un train. C'est le début d'une vague de suicide dont les causes ne sont peut être pas si naturelles et spontanées que cela. La Police débute son enquête...

Premier film de Sion Sono, Suicide Club déconcertera plus d'un spectateur, entre la personnalité imposante du cinéaste (Guilty Of Romance, Jelly Fish)et ses choix artistiques. Si Suicide Club est ponctuellement rythmé de dérapages gores, Sion Sono nous convie pourtant à un film hors norme en forme de charge contre la société, en forme de cri !

Suicide Club se base sur le taux impressionnant de suicide chez les jeunes japonais pour présenter ce fait social comme une mode, en objet de manipulation, ou en véritable crime.... et en fait qu'importe cette forme pour son réalisateur, puisqu'il brouillera les pistes à plusieurs reprises et refusera de livrer au spectateur les causes réelles  de ces suicides. Pour Sion Sono, il est plus important de "jouer" avec ces suicides, d'en rire presque, et surtout de pointer du doigt notre société et son rythme fou (rythme des chansons chantées par des gamines de 12 ans, mais aussi rythme des modes...).

Passé une première partie orientée autour de l'enquête policière (notamment autour d'un rouleau de peaux humaines retrouvé après chaque suicide de groupe...), Suicide Club abandonne alors sa régularité policière et narrative pour multiplier les pistes et les symptômes. Débarquent alors dans le film une bande de rockeurs Glam qui se réclament à la base de la vague de suicide, la piste d'un code caché dans un morceau de musique crétin de consommation de masse, le poids de la société nippone sur les jeunes, des ados désoeuvrés, la responsabilité des adultes dans cette vague, etc... Sion Sono se lâche alors, abandonnant presque son film, pour exprimer une série critiques désordonnées, fébriles et erratiques, d'une société nippone qui préfère réhabiliter ses pratiques ancestrales plutôt que de faire face à son nouveau visage abêtissant. Sion Sono provoque, se révolte, exprime sa colère devant la société nippone : Suicide Club est son cri.

Suicide Club est souvent qualifié d'OVNI cinématographique, et c'en est un ! Son véritable intérêt n'est pas dans sa mise en image (plutôt médiocre), mais dans l'énergie qu'il dégage. Tantôt dérangeant, tantôt barré et décousu, le film de Sion Sono est un film malade sur une société malade qui dégage cependant un réel pouvoir de fascination. A l'exception des 54 étudiantes qui ouvrent le film, Suicide Club ne laisse pas de souvenirs impérissables, pourtant il se découvre avec beaucoup d'intérêt et de curiosité et, surtout, il cache en son sein un réalisateur incontrôlable au style et à la personnalité fascinant. A la rédaction on aime bien quand c'est aussi peu lisse !


Procurez-vous Suicide Club ou d'autres films de Sion Sono 

The Dictator (Larry Charles, 2012)


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L'amiral Aladeen dirige depuis l'enfance la Wadiya, maintenant le pays dans la dictature la plus stricte. Afin d'empêcher une intervention de l'ONU, il accepte d'y faire un discours, mais est victime d'un coup d'état de son bras droit qui lui substitue un sosie... Aladeen, seul aux USA va se battre pour récupérer sa place !

Encore un film basé sur la construction d'un personnage fictif haut en couleurs, campé par Sacha Baron Cohen, aka Bruno, aka Borat, aka Ali G... Troisième collaboration avec Larry Charles, l'acteur portraitiste incarne un dictateur africain au comportement situé quelque part entre un vrai Kadhafi et le dictateur cubain de Bananas de Woody Allen ("dorénavant la population devra changer de slip toute les 3 minutes !").

La trame est identique à Borat, en sortant la personnage de son environnement habituel et en le confrontant sa culture à la culture américaine, source de gags aussi provocateurs que débridés. Sacha Baron Cohen effectue alors la livraison habituelle d'humour raciste (façon OSS 117 "qui passe" plutôt que L'Antisémite "qui passe pas"...) et pipi-caca, qui forcément, sous le nombre des gags et les formes d'humour (jeux de mots, comique de situation, décalage, parodie, comique visuel...), parvient à nous arracher un sourire ou un bon fou rire. Caricature à l'humour provocateur, The Dictator explore toutes les possibilités offertes par ce personnage de dictateur africain, et ne se prive nullement d'aller jusqu'au bout de sa démarche, d'autant plus que cette fois l'objet de la caricature fera l'unanimité puisqu'il s'agit d'un "méchant officiel" plutôt qu'une minorité à la limite du politiquement correcte (le paysan pauvre du pays de l'est, un homosexuel...).

Pour les fans de Sacha Baron Cohen, The Dictator fera parfaitement, voire haut la main, son office. Pour les autres (dont la rédaction de Doorama élevée aux Monty Python's Flying Circus et autres Y'a t'il un pilote dans l'avion fait partie) est une parodie pas très fine aux ressorts faciles et grossiers. S'il est impossible de ne pas ramener quelques bons moments (certains excellents même !) de sa vision, The Dictator est un agrégat de gags tous azimut, et de qualité inégale, autour d'une mince trame. Alors oui, on s'amuse, mais cette petite heure et demie ressemble quand même davantage à une course effrénée à l'audimat (oui, un terme de la télévision !) qu'à du cinéma. Autrement dit, ce n'est pas parce que Sacha Baron Cohen nous fait son show (qui commence à se répéter, quand même) et qu'il nous fait rire que que c'est un bon film. Un divertissement qui fonctionne le temps de sa vision et absolument sans aucune comparaison possible avec un autre Le Dictateur ! La différence ? Celle qu'il y a entre le génie et la simple compétence, entre le durable et l'éphémère.  

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Le Baiser du Tueur (Killer's Kiss, Stanley Kubrick, 1954)


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Davy est un boxeur sans avenir. Un soir, il aide sa voisine, Gloria, et entame une histoire avec elle. Mais pour que sa vie s'améliore enfin, il doit la tirer des griffes de son patron, un petit caïd, qui semble décidé à ne pas la laisser partir.

Premier film noir de Stanley Kubrick, avant l'Ultime Razzia, Killer's Kiss laisse déjà apparaitre toute la singularité de Kubrick et la force de son langage cinématographique. Si l'histoire de Killer's Kiss n'a rien d'exceptionnelle, c'est son traitement visuel et sa réalisation qui retiennent l'attention.

Nous sommes bien dans un film noir, les toutes premières images de Killer's Kiss ne laisse aucune ambiguïté : un homme s'est attiré des ennuis. C'est sous la forme d'un long flashback que le spectateur découvrira que Gloria en est à la base, puisque c'est à cause d'elle que Davy devra affronter Rapallo, tel un ultime combat. Au travers d'une narration alternant voix off et longues séquences très peu dialoguées, Kubrick impose déjà un sens impressionnant de l'image et des symboles qu'elle contient (la première scène dans la chambre annonce ce qui attend le personnage par ses seuls arrières plan : un long couteau au mur et une femme de l'autre coté de la cour... Mort et amour !).

Mais c'est véritablement dans sa mise en scène que Killer's Kiss surprend, en renforçant de multiples manières l'aspect Noir de son histoire, en commençant par le choix de noirs profonds et tranchés, simplement magnifiques. Que ce soit lors du combat de boxe, du meurtre dans une ruelle, du passage à tabac ou dans son affrontement final (contre un adversaire à la hache !), Kubrick innove, expérimente même, en choisissant une mise en scène inspirée et originale, qui surprend régulièrement le spectateur par sa violence suggérée (le héros poursuivi, chassé serait plus juste, sur les toits en plan large) ou montrée (le combat de boxe qui n'a rien à envier à ceux de Raging Bull).

Ce Baiser du Tueurs possède un rythme et une forme bien différents des films noirs de cette époque. S'il en reprend effectivement les codes (le loser, la blonde, la pègre, les emmerdes...), il s'accorde une grande liberté de traitement (jusque dans sa fin, proche du happy end, aux antipodes de Quand La Ville Dort...) et  tente en permanence de proposer une nouvelle lecture de ceux-ci. Killer's Kiss n'est pas un "grand Film Noir" par son histoire ou ses thèmes, mais il l'est en revanche par sa réalisation, qui expose magistralement la nature de ses personnages et la violence des situations auxquelles ils sont confrontés. Nous n'avons pas là l'un des classiques du film noir, mais plutôt l'acte de naissance d'un cinéaste unique et immense. Une réalisation majeure sur un film "mineur" (et là, Doorama vient de perdre 50 lecteurs !).

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