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The Great Ecstasy of Robert Carmichael (Thomas Clay, 2005)


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Dans une petite ville côtière d'Angleterre, Robert Carmichael est un garçon ordinaire, un peu introverti,  dont le vraie personnalité oscille entre l'éducation que lui inculque sa mère et l'attirance qu'a sur lui ses mauvaises fréquentations, notamment Joe, un petit délinquant, dealer et sans repères. La pratique du violoncelle se révélera moins attirante que la liberté que semble procurer la défonce avec Joe...

C'est du coté du Funny Games, de Michael Haneke, de l'univers de Larry Clark, ou même d'Orange Mécanique qu'il faut regarder pour accepter la proposition de The Great Ecstasy of Robert Carmichael. Regard dénué de toute morale sur la violence d'un fait divers, le film de Thomas Clay expose un quotidien anodin, presque ennuyeux, qu'il vient opposer avec quinze minutes finales d'une brutalité extrême et choquante, qui laisse le spectateur nu.
Le mécanisme de The Great Ecstasy of Robert Carmichael est bien connu, et souvent d'une efficacité prouvée, il consiste à opposer le calme à la tempête, à accumuler, tel un élastique que l'on tend, une énergie que son auteur relâche d'un coup, d'un seul. C'est sur ce modèle que The Great Ecstasy of Robert Carmichael nous emmène près d'1h15 dans le quotidien de Robert, presque inintéressant, entre ennui, désoeuvrement et recherche d'échappatoires artificiels pour exister dans ce grand vide... Robert, au premier regard inoffensif, se réalisera pourtant dans une sauvagerie aussi inattendue que fondatrice de sa personnalité. Comme si du vide tout peut émerger, même le pire... 

C'est parce qu'il est sans aucun jugement sur ce qu'il montre, sans aucune piste, juste témoin de l'horreur, que The Great Ecstasy of Robert Carmichael atteint son but. Parce que la violence dans la véritable vie n'est nullement comparable à celle des fictions cinématographiques argumentées, parce que l'absence d'explication d'une violence qui frappe aveuglement l'innocent est plus effrayante que n'importe quelle autre chose de notre vie, The Great Ecstasy of Robert Carmichael se refuse à adopter une quelconque morale pour justifier son propos. Comme une mince compensation, tout au plus rappellera-t'il au spectateur, comme une bien dérisoire maxime, que "l'oisiveté est mère de tous les vices"... Sujet récurrent du cinéma britannique, la violence de ses adolescents réclame d'abord que l'on accepte de regarder la réalité en face, juste relever les faits, afin de ne pas mélanger les causes avec les effets, les symptômes avec les raisons, Thomas Clay se prête à cet exercice avec une inébranlable détermination, il expose ces faits avec une distance que certains taxeront de "gratuité" totale.

Déjà vu, déjà fait, l'exercice cinématographique de Thomas Clay revêt une esthétique particulièrement soignée. Sa mise en image, utilisant abondamment le long plan fixe (comme LE plan de Funny Games...) ainsi qu'une le vide pour "habiter" ses images, agit comme un hypnotisant pour le spectateur. The Great Ecstasy of Robert Carmichael est beau, glacé, et révèle, par ce qu'il ne met pas dans l'image, le danger qui peut se cacher dans l'absence de chose. Magnifiée par l'utilisation d'une très judicieuse bande son-classique , tendance contemporaine, l'histoire de Robert Carmichael  trouve une résonance fascinante et inquiétante. On pourra tout à fait légitimement rejeter The Great Ecstasy of Robert Carmichael, mais bien que déjà exploré maintes fois au cinéma, sa proposition revêt une personnalité et une forme des plus réussies. Thomas Clay n'apporte que peu de choses au débat sur la violence, mais la manière dont il nous peint cette ville anglaise et ses habitants, adultes comme adolescents, nous interroge sur toute notre société. Et si The Great Ecstasy of Robert Carmichael était vraiment inutile, pourquoi alors ferait-il naître autant de réactions en nous, indépendamment de son insoutenable final ? Ce qui dérange, c'est la terrifiante vérité qu'il véhicule : il n'y pas d'antidote à la violence, elle surgit sans prévenir, c'est en nous, son révélateur est notre société... De sombres lendemains, non ?

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