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Citadel (Ciaran Foy, 2013)


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En Irlande, Tommy vit avec sa femme prête à accoucher, dans une ville sinistrée, presque désertée, en attente de rénovation. La brutale attaque dans laquelle Tommy pers sa compagne, le laisse seul avec son bébé,, et sujet à une puissante agoraphobie. Les agresseurs de sa femme, des individus capuchés et violents de la tour voisine s'attaquent à son domicile, Tommy comprend qu'ils veulent sa fille. Qui sont ces habitants de la tour, que la peur de Tommy  semble attirer comme un aimant ? Un gang ? Ou bien des démons, comme le prétend ce prêtre qui projette de brûler la tour ?

Des jeunes à capuches, une ville frappée par la violence économique et un père seul, accablé par un drame personnel qui le laisse traumatisé et désemparé... On pourrait croire que Citadel propose un regard social et urbain sur les effets de la désertification économique sur les banlieues, et la violence qu'elle génère, mais c'est pourtant bien au genre fantastique qu'il s'attaque. Si le projet peut sembler léger avec ses gangs/démons et sa tour maléfique, Citadel à quand même quelques bons, voire excellents, moments à proposer au spectateur...

Parmi les choses qui fonctionnent dans Citadel, il y a le personnage de Tommy. Un jeune père de famille, autour de 25 ans, accablé par un fait divers gratuit, dépassé par la charge de son enfant, fragilisé par des crises de panique à l'idée de sortir de son domicile pour traverser une ville sans vie... Bien que le fantastique regorge de pères ou de mères qui arrachent leur progéniture aux forces du mal, il est pour le moins rare de le voir représenté comme ici. Grâce au choix judicieux de déplacer les curseurs, même si bébé (allez, 2 ou 4 mois...) ne se rend pas bien compte du péril qu'il court, le personnage de Tommy, lui, récupère tout le poids de la menace, se matérialisant par une peur décuplée (qui "attire" les habitants de la tour voisine !), mais aussi par une grande fragilité. C'est un personnage qui doit échapper à ses assaillants, embrassé d'une poussette ! Cela aurait pu être ridicule, il n'en est rien, Cioran Foy s'en sort à merveille en mettant à l'image un schéma nouveau et tuant dans l'oeuf toute velléité d'actes héroïques. Citadel parvient à partager avec le spectateur ce qu'on pourrait qualifier "d'instinct paternel de protection" sans utiliser les ficelles habituelles...

Ensuite, il y a la puissante ambiance que dégage Citadel... Ville vide, grise, anxiogène, livrée à la violence d'un petit groupe hyper violent (genre violence d'ados à la Eden Lake, Ils...) et banlieue déshumanisée forment un cocktail explosif avec l'agoraphobie de Tommy. La première partie de Citadel propose une ambiance lourde et oppressante, ses agresseurs sans visage effraient par ce qu'ils tirent des faits divers du réel. Citadel pose un superbe décorum, proche d'une ambiance fin du monde, dans laquelle le spectateur plonge avec bonheur, découvrant peu à peu, l'ampleur de la menace à laquelle est exposé le fragile Tommy. Mais en dépit de son excellente première partie, mélangeant très habilement réel et fantastique, Citadel dérape progressivement, d'abord avec le personnage du vieux prêtre "qui sait", ensuite en acceptant d'identifier et expliquer ses "individus". Sa peur délicieusement alimentée par des images du réel, va alors se nourrir dans les codes habituels du fantastique, et ce n'est certainement pas là ce que Citadel est le plus à l'aise !

On aurait aimé que Citadel s'arrête avant son final dans les tours, on aurait aimé que Citadel soit moins généreux dans ses explications (faiblardes et communes), on aurait que ce prêtre n'ait pas été, on aurait aimé... on aurait aimé... mais nous n'avons pas eu ! Difficile donc de chérir Citadel, mais difficile de ne pas reconnaître les qualités dont il fait preuve dans sa première partie (allez, deux tiers...), puisque Ciaran Foy livre une bien belle mise en image et surtout une formidable ambiance, avec quelques moments de tensions très bien maîtrisés. A l'instar de Heartless (de Philip Ridley) Citadel est beau, distille un climat prenant, mais ne livre pas toutes ses promesses. Il fait cohabiter adroitement réel et fantastique, mais abandonne ce délicat équilibre pour retomber dans un ordinaire facile et, hélas, peu excitant. On ne gardera donc de Citadel que son Tommy en papa flippé et dépassé, et sa superbe ambiance, pour le reste rien de neuf sous la grisaille ! Une note généreuse, donc, pour un film qui commence fort et finit faible : première partie 8, final 4, ça donne 6 pour un résultat bien trop hétérogène, mais qui se laisse regarder sans peine par les amateurs... Maintenant, faites le tri, on vous a tout dit, ou jugez par vous même  :-)

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