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La Corde (The Rope - Alfred Hitchcock, 1948)


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Brandon et Philip assassinent David pour le simple fait d’exécuter un crime parfait. Ils organisent une soirée en présence des parents de David, de sa fiancée et de leur Pprofesseur Ruppert Cadell, alors que le corps est encore dans l'appartement, dans le coffre sur lequel est servi le repas. Les deux étudiants sont fiers de leur "prouesse", mais Ruppert devine ce que cache cette terrible soirée...

Enorme hui-clos, gigantesque plan-séquence 83 minutes sans autres coupes que celles pour recharger la pellicule de la caméra, La Corde est autant une pièce de théâtre, pas sa conception même, qu'une impressionnante prouesse technique que seul un immense cinéaste pouvait concevoir avec autant de précision. Immoral et provocateur, La Corde cache le corps dans un coffre, expose ce coffre aux yeux de tous, et exhibe, l'homosexualité de ses personnages... Du grand art, quoi !

Le suspens, le jeu de chat et de la souris, le mensonge, la position sociale, l'art de la mise en scène et le crime bien sûr... On retrouve bien évidemment tout le talent d'Alfred Hitchcock dans La Corde, mais cette fois-ci le Maître ajoute à ses réussites une approche directe de l'homosexualité (à une époque à Hollywood où l'on préférait ne pas aborder le sujet, voire même l'éviter franchement) et un fort aspect théâtral imprimé par son aspect technique unique. La Corde n'a aucun montage, sinon celui nécessaire pour assurer la transition entre chacune des bobines. Obligeant la caméra, à l'approche de la fin de la pellicule, à passer derrière un costume sombre pour pouvoir "enchaîner" la bobine suivante au "montage", ou bien en profitant de la fin de bobine pour "cutter en pleine gueule" le spectateur, La Corde se présente donc comme une pièce de théâtre où ses acteurs jouent en continu, et où chacun de leurs déplacements étaient incroyablement préparé (pour bouger les décors, les câbles électriques, la lumière, etc...). Bref, juste impressionnant d'intelligence, on a l'impression d'un seul et unique long plan où seule la seconde où James Stewart comprend ce qu'il se passe donne l'impression une rupture visuelle... Et ce "cut" là est certainement le plus génial de toute l'histoire du cinéma !

La Corde est donc en son genre, à la fois un petit prodige et un bijou... S'y mélangent suspense, humour macabre, peinture d'une certaine bourgeoisie américaine, suspense bien sûr, et immoralité ! Même si cette dernière caractéristique ne paie pas, nos deux tourtereaux tuent pour le simple plaisir intellectuel, par ce que les "êtres supérieurs" peuvent se livrer au crime sur des "êtres inférieurs", et invitent le père de leur victime à cette soirée particulière... Appelez-cela cruauté si vous n'êtes pas d'accord avec le terme immoralité, mais on retrouve le goût d'Hitchcock pour une manière bien à lui de choquer les bonnes moeurs de l'époque, comme il l'avait fait précédemment avec L'Ombre d'Un Doute... Immoral, cruel ou vicieux, le Maître, avec la Corde, une fois de plus, telle une araignée, entraîne et capture le spectateur dans un piège savamment tissé. Cependant, même si cette pièce de théâtre à suspense possède toutes les qualités du monde, il faut aussi bien reconnaître que La Corde a pris quelques rides... Sa contrainte formelle et l'exercice technique (un seul plan, le théâtre...) laissent aujourd'hui apparaître derrière son intelligence et sa formidable maîtrise, quelques défaillances de rythme. L'intensité très linéaire de La Corde est finalement, et paradoxalement, le seul point sur lequel on pourrait trouver à redire... Le jeu est raffiné, cruel à souhait, gorgé de suspense, mais La Corde implique moins le spectateur que bien d'autres films du Maître, simple effet mécanique de sa forme technique unique, qui bien naturellement suggère aussi une nouvelle réaction du spectateur. Quelque soit son génie, ça n'a pas été refait... :-)

Pour nous résumer, La Corde à bien évidemment mis toute la rédaction en état de transe collective ! D'abord par ce que nous sommes décidément des inconditionnels d'Hitchcock, ensuite parce que sa proposition ne peut décidément laisser aucun cinéphile froid, tant elle est traversée d'intelligence et de maîtrise... Nous étions donc tous en extase avancée, ponctuant notre redécouverte de "Oh putain, c'est beau ça !" ou autres "fabuleux...", mais passé sa vision, l'admiration redescend. La Corde est un film immense, une brillante réussite technique et un film passionnant, mais contrairement à bien d'autres films d'Alfred Hitchcock, il a quelque peu perdu (enfin, "très légèrement" serait plus juste...) de son panache. Quelque soit le plaisir qu'il procure encore, c'est en objet d'analyse cinématographique qu'il à marqué chez nous le score le plus élevé ! La Corde est une incontournable curiosité cinématographique et une grande leçon de cinéma et d'intelligence, mais il est cela avant d'être un excellent film (ce qu'il est aussi, bien sûr). Le plaisir reste total, mais pas dans l'ordre idéal, c'est le seul bémol qui échappe à l'étreinte de cette Corde. On chipote ? Oui, surement, mais avec des oeuvres de cette importance, on est en droit d'exiger la perfection et contrairement à bien d'autres films du Maître, La Corde laisse apparaître de légères traces d'usure.

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