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My Brother The Devil (Sally El Hosaini, 2012)


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Dans une cité de la banlieue londonienne, deux frères d'origine étrangère grandissent entre les gangs, la drogue et des repères familiaux fragiles, mais indispensables à leur identité. Alors que Rashid garde un oeil sur sa famille, surtout sur son jeune frère Mo, et souhaite prendre du recul avec les magouilles du quotidien, Mo souhaite quant à lui suivre l'exemple de son frère... Quel que soit le parcours de chacun, il ne se fera pas sans difficultés, ni un certain courage...

S'il y a bien une chose avec laquelle le cinéma britannique est à l'aise, c'est l'approche sociale de ses problèmes. My Brother The Devil s'attaque à la problématique des banlieues et de l'intégration de sa jeunesse originaire d'ailleurs. Abordant frontalement l'économie parallèle, la menace intégriste, l’ascenseur social et l'homosexualité, My Brother The Devil nous rappelle que la France n'est pas seule à faire face à ses difficultés en banlieue, et qu'en Angleterre comme ailleurs la jeunesse issue de l'immigration doit batailler plus que ses citoyens d'origines pour gagner sa part du gâteau. My Brother The Devil n'oublie aucun des clichés de la banlieue, mais il brouille les pistes avec une belle énergie... Alors le diable, c'est qui ? pourquoi ?

Rashid a sa place dans le business local de son quartier, mais contrairement à d'autres, ce n'est pas le statut ou l'argent son moteur principal, c'es avant tout pour lui un moyen d'assurer la sécurité de sa famille, la drogue n'est qu'un moyen temporaire, presque inévitable, pour y parvenir. Ce n'est pas la même vision que partage son jeune frère, Mo, qui lui n'y voit qu'une finalité évidente et un moyen pour acquérir la même stature que son grand frère bien aimé. Le salaire de misère de leur père ou accepter les risques du business : la drogue s'impose comme la voie la plus facile, quitte à en payer le prix fort. Lorsque Rashid voit mourir son ami, c'est le déclencheur qu'il attendait pour prendre du recul avec ce quotidien, Sayyid, qui vit à l'écart des barres et des gens de son origine, l'accompagnera dans cette prise de décision... Mais qui est vraiment Sayyid ? Un rabatteur pour le compte des extrémistes ?

La question des origines, le terrorisme, la drogue, les gangs, la famille, les combines, la critique sociale et violence : aucun des poncifs habituels sur la banlieue ne manque à My Brother The Devil. A l'exception de la langue, on se croirait dans une banlieue à la française, avec ses horizons bouchés, comme en marge des codes et règles de la société, avec ses propres codes et règles ! Aux mêmes maux les mêmes symptômes, les mêmes solutions, jusqu'à en être troublant. Dans ce paysage étrangement semblable au notre, Sally El Hosaini (une femme !) dresse cette la même liste habituelle, presque clichée, de problèmes, mais contre toute attente les assemble dans un tout autre ordre que le notre, l'ordre français, celui généralement dressé par des hommes, dans un milieu tout aussi masculin. Sally El Hosaini aborde chaque cliché de la banlieue pour rapidement s'en éloigner, approcher le cliché à côté, puis à peine esquissé aller au suivant... A force c'est un réseau qu'elle dessine, un fin tissage qui laisse apparaître en transparence une autre image, bien plus fine... Avec My Brother The Devil, Sally El Hosaini va au-delà du simple quotidien pour évoquer les désirs secrets de certains... Désirs de reconnaissance, désirs de l'autre aussi, dans une culture où l'homosexualité est pire encore que l'absence de futur...

My Brother The Devil, si l'on ne devait retenir qu'un seul thème parmi ceux qu'il aborde, est bel et bien un film sur l'homosexualité en banlieue ! La place accordée à l'homosexualité est réduite à un espace insignifiant, elle est un autre espoir de bonheur qui est retiré aux habitants des quartiers, une possibilité en moins. Tous ces symptômes que Sally El Hosaini montre en mouvement dans son film entrent alors en vibration pour dresser un état des lieux riche et touchant... My Brother The Devil pose un regard élégant sur les banlieues, plein d'une délicatesse toute féminine qui fait un bien fou dans toutes les propositions "masculines" sur nos banlieues... La réalisatrice réussit à trouver un équilibre bien séduisant entre le constat froid et difficile des quartiers sinistrés et les espoirs qui y prennent vie. My Brother The Devil n'apportera rien de bien nouveau sur la représentation des quartiers au cinéma, mais la manière dont sa réalisatrice pose son regard de femme sur ces mêmes quartiers, modifie complètement sa résonance chez le spectateur. Beau, souvent touchant et "différent" : My Brother The Devil mérite très largement d'être découvert.  

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