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La Fiancée du Pirate (Nelly Kaplan, 1969)


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Marie à toujours été utilisée, humiliée et méprisée par les notables de Tellier, le village qui l'a accueilli toute jeune avec sa mère. Lorsque sa mère décède, Marie ne se laisse plus faire, elle monnaye dorénavant ses faveurs et se venge des notables en vonfrontant à leur hypocrisie et en les asservissant à leur tour.

France, 1969, La Fiancée du Pirate porte haut le souffle libertaire, le féminisme et la critique du système qui fleurissent alors. Nelly Kaplan choisit Bernadette Laffont pour incarner celle qui reprend sa vie en main, refuse le système et s'émancipe de la condition misérable dans laquelle on l'avait maintenue.

La Fiancée Du Pirate est une virulente charge contre un monde bien-pensant et l'hypocrisie qui y règne. Il prend la forme d'une fable qui suit l'évolution (la révolution ?) de Marie, soumise et exploitée en silence, du statut d'une Cosette qui subit à celui de Sorcière qui punit, manipulatrice et dominatrice. La critique sociale qui habite La Fiancée du Pirate embrasse les individus, bien sûr, mais aussi le système consumériste avec ses classes, ses riches et ses pauvres : Marie s'enrichit sur les riches notables en exploitant leurs faiblesses morales, mais capitalisera son argent dans des objets qui ne lui apporteront rien (comme un téléphone sans ligne ouverte au préalable)... elle accumule des biens qui lui sont inutiles et qui pourtant attisent une certaine convoitise. La place, le rôle et le but de chacun dans la société, voilà la queue du mickey dans cette fantaisie hargneuse de Nelly Kaplan.

Mais pour profiter du sympathique vent de révolte qui habite La Fiancée du Pirate, il faudra en accepter sa forme datée et marquée. La Fiancée du Pirate se fout de sa forme, c'est un parti pris évident, il se concentre sur ses messages et se contente juste de mettre ses acteurs dans le cadre, avec leur texte en bouche ! Du coup sa vision oscille entre un joyeux happening (bien en vogue à l'époque) à la direction d'acteur minimale, et son niveau artistique est équivalent à celui d'un porno soft avec Brigitte Lahaie ! Il faudra donc un petit temps d'acclimatation, voire quelques efforts, avant d'entrer dans son univers acide et sarcastique, et certains spectateurs risquent fort de baisser les bras devant sa forme (certes très libre et spontanée), dont le coté terriblement daté de sa mise en scène lui confère aujourd'hui une allure presque approximative...


Malgré sa forme, La Fiancée du Pirate un authentique morceau d'idéologie soixante-huitarde, porté par une Bernadette Laffont géniale en sorcière moderne. Outre son  bouc noir, elle envoûte littéralement ses victimes, le film est d'ailleurs parsemé d'allusions à la sorcellerie et Nelly Kaplan le résumait comme étant l'histoire "d'une sorcière des temps modernes qui n’est pas brûlée par les inquisiteurs car c’est elle qui les brûle" !. 


Cette fable enlevée, revancharde et libertaire rappellera sans doute à beaucoup le film Coup De Tête (de Jean-Jaques Annaud réalisé 10 ans plus tard, avec notre dieu Dewaere) pour son coté tir au pigeons sur des notables locaux, mais il s'en détache par son coté bien plus engagé, voire anar, fruit de l'époque qui l'a vu naître. La Fiancée du Pirate est un film libre, critique, immoral (quoi que !), irrévérencieux et militant. Emporté par la chanson "Moi Je m'en Balance" (de Barbara), et malgré son âge marqué, on tombe quand même amoureux de cette Marie qui nous venge tous, de ce David avec son corps comme fronde, qui botte le cul d'un Goliath exploiteur ! La Fiancée à bien vieilli, mais elle est encore fort belle, pleine de charmes, savoureuse !

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