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Une Nuit En Enfer (From Dusk Till Dawn, Robert Rodriguez, 1996)


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Après un vol à main armées et la mort de plusieurs personnes, deux truands prennent en otage un ancien pasteur et ses deux enfants pour fuir les Etats-Unis et passer au mexique. Ils ont rendez-vous avec un caid local dans un bar de routier, le Titty Twister.

Comme pour remplir à lui seul les deux films de "doubles programmes" d'avant, Une Nuit En Enfer se divise radicalement en deux parties : le road-movie gangster et le fantastique pur jus, tendance gore. Adeptes du cinéma de genre et de sa liberté, Robert Rodriguez réalise donc le scénario de Quentin Tarantino, mais on sent bien que les rôles de ces deux là se sont régulièrement mixés..

Pur objet de fun du début à sa fin, Une Nuit En Enfer se nourrit de nombreuses de références du cinéma de genre et se parsème d'allusions au cinéma de série B (comme la présence de Tom Savini [maitre des effets spéciaux], de Fred Williamson [Star black 70's de sous-films d'action] ou un personnage avec un T-shirt "Precinct 13" [Assaut, dont Une Nuit En Enfer reprend l'idée même de l'union face à l'invasion d'un ennemi]). Georges Clooney et Quentin Tarantino incarnent avec génie (si, si !) et conviction les deux parfaits salopards que sont les frères Gecko, respectivement sociopathe et psychopathe (et n'oublions pas de citer Harvey Keitel, sympathique mais un peu cabot). Entre stéréotypes des personnages et no-limit des situations, Une Nuit En Enfer revisite et survitamine les codes du genre (gangsters, famille, bad guys, créatures...) pour en livrer une version extrème et excessive en forme d'hommage.

 Aujourd'hui, Une Nuit En Enfer appartient bien plus à l'univers hyper référentiel de Tarantino qu'à son réalisateur attitré. Il demeure un exercice cinématographique entièrement dédié au pur divertissement et profondément guidé par l'idée même du cinéma. Si sa réalisation trouve ses limites dans sa partie fantastique (les créatures du Titty Twister et le rythme de ses confrontations subissent déjà un bon coup de vieux), son écriture et sa perpétuelle quête du petit plaisir cinématographique originel lui préservent une jeunesse et une énergie intacte. Et son revirement total de style restera sans doute comme le plus radical et inattendu de toute l'histoire du cinéma !

A des années lumières du chef d'oeuvre (nous sommes d'accord), Une Nuit En Enfer défend portant, et représente à la perfection une vision du cinéma : celle d'un plaisir "simple", instantané, d'une conversation à bâton rompu entre le film et son spectateur, quasi instinctive. A la manière d'une tournée des bars, Une Nuit En Enfer est excitant et enivrant, il est comme un shot d'alcool fort, à effet immédiat, mais lui au moins peut être consommé sans modération et ne donne pas mal à la tête.
Une série B boostée à l'hommage et délicieusement débridée.

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Duellistes (Ridley Scott, 1977)


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Pendant  les guerres napoléoniennes un incident entraine deux officiers, Gabriel Féraud et Armand d'Hubert, à s'affronter en duel. L'honneur bafoué du perdant et sa volonté de revanche déclenchera une rivalité, toute leur vie durant, prétexte à rechercher chaque occasion de combattre l'autre.

Comme une réponse à Barry Lyndon, Ridley Scott, réalise son film en costume, évoquant lui aussi un destin (ou plutôt deux) raconté sur plusieurs années, dans plusieurs lieux dans l'Europe. Comme Barry Lyndon, Les Duellistes est lui aussi visuellement particulièrement soigné et esthétique, mais cependant moins pictural que son aîné. Mais la comparaison s'arrête là.

Adapté d'une nouvelle de Joseph Conrad (Apocalypse Now), Les Duellistes suit le parcours de deux officiers (Harvey Keitel et Keith Carradine) qui se vouent une rivalité obsessionnelle, et concentre ses articulations scénaristiques sur les choix de ses personnages. Alors que Redmond Barry n'était qu'un bois charrié par le courant, nos deux duellistes, par leurs actions et leurs réactions, sont les moteurs, les deux seuls décideurs de leur destin : ils s'évitent, s'éloignent (en prenant du galon) ou se chargent (à l'épée, au sabre, à cheval et au pistolet dans de magnifiques séquences) !

Le film de Scott fait presque abstraction de son contexte, pour se concentrer exclusivement sur l'antagonisme des hommes et son incidence sur leur vie. La mort qui plane sur chacune de leurs rencontres est davantage synonyme de finalité, elle est l'expression de libération pour l'un et d'accomplissement pour l'autre.La lutte de ces ennemis intimes devient une quête au long cours pour le spectateur, sa conclusion logique sera pire que celle attendue. 

Une fois de plus, Ridley Scott démontrait sa formidable capacité à s'emparer d'un genre cinématographique et à en livrer une vision brillante. S'il n'est pas un Auteur, Scott est un faiseur de génie, appliqué et inspiré. Son Duellistes, sous ses allures "modestes", est un immense film, puissant et passionnant, qui trouve tout naturellement sa place parmi les plus grands face à face mythiques du cinéma. Un incontournable souvent oublié à (re)découvrir absolument.