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Mais ne Nous Delivrez Pas du Mal (Joël Séria, 1971)


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Anne et Lora n'ont que de 14 ans, mais elles savent déjà qu'elles veulent consacrer leur vie au mal. Elevées dans une pension catholique, les deux adolescentes sont inséparables, et les vacances hors de l'établissement sont l'occasion pour elle de se retrouver et de commettre leurs mauvaises actions...

Premier film de Joël Séria (Les Galettes de Pont Aven), Mais Ne Nous Délivrez Pas Du Mal a bien failli ne jamais voir le jour en raison de son sujet. Malgré le vent de liberté des années 68, ces deux enfants qui découvrent la cruauté en même temps que leur corps, et appliquent leurs journées à une recherche permanente de la mauvaise action (comme d'autre à être un bon chrétien...) ne passait pas si bien que ça auprès des producteurs, et restait un peu trop provocant pour les moeurs de l'époque et, surtout, immoral au yeux de la Religion qui tenta d'empêcher qu'il ne se fasse.

Construit à partir du fait divers qui inspira aussi Créatures Célestes de Peter Jackson, où deux adolescentes tuaient un de leur parent, Mais Ne Nous Delivrez Pas Du Mal, en dépit de son rythme un peu indigeste aujourd'hui, dégage encore sa douce pestilence et son parfum de souffre... Les deux enfants y sont en effet aussi innocentes en apparence, qu'effrayantes à l'intérieur. Elles malmènent l'idiot du village avec leur sexualité naissante, flirtent avec la messe noire, aiment mettre le feux et se délectent à tuer, jour après jour, les oiseaux du jardinier. A l'écran, Joël Séria présente Anne et Lora comme deux charmantes écolières à qui on donnerait le bon dieu sans confession, mais leurs actes inquiètent, et ce mal qui avance sous les traits de l'innocence de l'enfance, construit petit chez le spectateur une véritable sensation de malaise.

Film méconnu, Mais ne Nous Delivrez Pas du Mal, fait partie de ses perles, noires et cachées, du cinéma fantastique. Si son immoralité et son coté blasphématoire ne font plus autant effet aujourd'hui, le film de Séria conserve cependant une certaine poésie et constitue à sa manière, en négatif, une belle approche de l'univers de l'adolescence, avec un traitement de la sexualité particulièrement habile. Joël Séria n'est peut être pas un immense réalisateur, mais son approche de l'enfance, de la sexualité, de la famille et de la religion sont ici traitées en profondeur et Mais ne Nous Delivrez Pas du Mal produit encore son petit effet. Audacieux et provocateur pour l'époque, le film conserve aujourd'hui une aura particulière et, remis dans son contexte, revêt un intérêt cinématographique certain. Son final tragique et théâtrale est encore (sur le plan des idées) une belle claque ! Mais ne Nous Delivrez Pas du Mal à beaucoup vieilli, mais on peut toujours en apprécier son traitement soigné, son audace et son coté vénéneux ! Une curiosité à découvrir, une rareté, ne serait-ce parce qu'il est aujourd'hui inconcevable qu'un film pareil puisse de nouveau se faire ou voir le jour.

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