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Le Voyeur (Peeping Tom, Michael Powell, 1960)


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Un opérateur cameraman commet des crimes qu'il filme à l'aide de sa petite caméra. Ce qui pousse Mark à coucher ses crimes sur la pellicule tient bien plus de l'obsession et du voyeurisme que de la pulsion sadique. Mark à besoin d'observer, de voir et sentir la peur de ses victimes...

On pense bien sûr à Alfred Hitchcock, à Psychose ou Fenêtre sur Cour, à cause des thème de Peeping Tom ou de sa construction basée sur le point de vue du tueur. Mais contrairement aux films du maître, Peeping Tom ne recherche pas le suspense, et c'est bien à une réflexion sur le cinéma, et sur le pouvoir de fascination de ses images, que Michael Powell nous convie.

Filmer la mort de ses victimes n'est pas suffisant pour Mark, il doit la leur montrer et capter dans son objectif la peur que celle-ci leur inspire, seule manière pour lui de satisfaire ses désirs. Je te filme en train de te voir filmé, et le spectateur regarde un homme qui filme une actrice devenue spectatrice de sa propre mort ! Michael Powell décortique le rapport entre le spectateur et l'image, entre ce qui est filmé et celui qui voit, et le met en perspective avec les obsessions de son propre personnage. Il interroge le spectateur sur son rôle, ses désirs et sur le sens des images. Puissante mise en abîme du film dans le film, passionnante approche sur la réalité des images, sur leur pouvoir, et sur l'appropriation/l'interprétation que le spectateur en fait. Peeping Tom est un bouillonement thématique d'une densité rare sur notre regard et sur le cinéma lui même : sur ce qu'il montre et ce qu'il ne ne montre pas... sur ce que l'on voit et l'interprètation que l'on s'en fait.

Formidablement, immanquablement, Michael Powell invite la sexualité à cette fusion des points de vue (devant/derrière l'objectif, point de vue du spectateur/réalisateur, caché/visible...). La caméra de Mark est sexuelle et phallique, le plaisir se revit seul dans sa chambre, se partage difficilement,, son désir s'exprime en levant sa caméra, son excitation n'est pas dans l'acte lui-même mais dans la représentation qu'il s'en fait, dans son fantasme de la réalité. Erection, masturbation, fantasmes, désirs et plaisirs constellent le film, à l'image de ce pied de caméra mortel qui monte doucement vers la gorge des victimes... Ce rapport sensuel, et sexuel, à la perception de l'image confère à The Peeping Tom sa puissance thématique, soulevant derrière les images que nous fabriquons ou consommons, la question de nos perversions cachées ou non... (et ne parlons pas du rôle qu'a pris l'image dans notre société, omniprésente et intime...)

L'horreur dont il est question dans The Peeping Tom s'exprime à l'image dans une mise en image magnifique, colorée, éclairée de couleurs primaires, traversée des rouges-verts-bleus de la lumière. Ces images presque artificielles, tel un décor de cinéma par leur élégante esthétique, renforcent notre réflexion sur ce que nous  nous regardons. A l'aide de sa mise en scène colorée et de ses images inventées, Michael Powell nous interroge sur notre vision des choses et nous renvoie à notre responsabilité et à nos pulsions : le spectateur prend plaisir à regarder un homme qui tue par plaisir ! Quel est le plus pervers ?  

Superbe, intelligent, inquiétant, voire dérangeant, Le Voyeur est un film fort sur ce rapport secret que nous entretenons entre les images, nos désirs et notre plaisir. Il oblige le spectateur à se pencher sur son coté sombre (génialement incarné dans le film par Carl Boehm) en l'invitant à une terrifiante histoire où la limite, floue, ténue, qui sépare le plaisir du tueur de la perversion du spectateur fascine autant qu'elle effraie. L'oeil, le sexe et l'imaginaire : un cocktail aux variations infinies que Peeping Tom agite, caresse, déshabille et orne d'attributs symboliques forts. Du grand cinéma, c'est sûr !

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