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The Great Ecstasy of Robert Carmichael (Thomas Clay, 2005)


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Dans une petite ville côtière d'Angleterre, Robert Carmichael est un garçon ordinaire, un peu introverti,  dont le vraie personnalité oscille entre l'éducation que lui inculque sa mère et l'attirance qu'a sur lui ses mauvaises fréquentations, notamment Joe, un petit délinquant, dealer et sans repères. La pratique du violoncelle se révélera moins attirante que la liberté que semble procurer la défonce avec Joe...

C'est du coté du Funny Games, de Michael Haneke, de l'univers de Larry Clark, ou même d'Orange Mécanique qu'il faut regarder pour accepter la proposition de The Great Ecstasy of Robert Carmichael. Regard dénué de toute morale sur la violence d'un fait divers, le film de Thomas Clay expose un quotidien anodin, presque ennuyeux, qu'il vient opposer avec quinze minutes finales d'une brutalité extrême et choquante, qui laisse le spectateur nu.

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Cashback (Sean Ellis, 2006)


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Après sa rupture, Ben est devenu insomniaque. Afin d'occuper ces précieuses heures de vie récupérées, il travaille dans un supermarché où il fait la connaissance de ses collègues, dont la principale activité consiste à tuer le temps. Etudiants en beaux-arts, Ben le tue en dessinant la beauté du monde, dont il peut figer le temps à tout moment... Parmi ses collègues, Sharon attire son attention...

Initialement sous la forme d'un court-métrage, Cashback est une ballade poétique et nonchalante dans l'esprit d'un étudiant rêveur et insomniaque. Déambulation inutile, esthétisante et ennuyeuse pour les uns, Cashback a parfaitement séduit la rédaction de Doorama presque pour ces mêmes raisons, à la différence que nous l'aurions plutôt qualifié de "déambulation esthétisante dans l'ennui" ...

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Rushmore (Wes Anderson, 1998)


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A l'université Rushmore, Max Fisher est un élève bien médiocre, alors qu'il dégage une intelligence et une maturité débordante dans ses nombreuses activités annexes. Il se lie d'amitié avec Hermann Blume, un chef d'entreprise et tombe amoureux de Rosemary Cross, une enseignante, tous deux séduits par l'étonnante personnalité du jeune homme...

Il y a ceux qui sont contre... à la rédaction nous adorons Wes Anderson pour son style, son ton et son sens du décalage et de la poésie. Son second film, réalisé après Bottle Rocket et avant La Famille Tenenbaum, réunit une fois de plus tous ces ingrédients et donne à voir au spectateur une curieuse histoire d'amour, construite autour d'un portrait drôle et attachant.

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The We And The I (Michel Gondry, 2012)


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La cloche du lycée vient de sonner la première minute des vacances d'été pour les étudiants du Bronx. Dans ce bus qui traverse la ville et les ramène chez eux, chacun expose, confronte et dévoile, parfois, leur personnalité...

L'univers parfois sur-déjanté de Michel Gondry (Eternal Sunshine of a Spotless Mind, Soyez Sympa, Rembobinez ou The Green Hornet) trouve ici une certaine modération afin de se concentrer sur le portrait de ces lycéens et, au delà des individualités, d'une certaine jeunesse.

Entièrement réalisé dans un bus, Gondry filme l'énergie et la jeunesse d'adultes en devenir. Au travers de leur parcours (en bus, mais aussi du rythme scolaire vers leurs vacances, aussi d'une année vers une autre...) la caméra de Gondry s'attache à capturer leurs interactions et, au travers de celles-ci, leur personnalité. Certains se cachent, certains s'imposent aux autres, d'autres esquivent ou jouent...

Pour retranscrire au mieux ce message (message d'amour et d'espoir ?) de Gondry à la jeunesse, il adopte un montage guidé par la vivacité de leurs échanges : les sujets de croisent, fusent et volent dans ce bus, le montage suivra ce turbulent rythme... A cette bouillonnante énergie viendra se greffer la spontanéité de ces acteurs non professionnels. Petit à petit le spectateur s'adapte au joyeux bordel de ce bus, puis entre en contact avec les jeunes, avec leurs postures, leur codes, et aussi leurs frustrations. Quelques effets de réalisation "Gondryesques" viendront décorer le tout. La saturation des thèmes et sujets de ces élèves et la bruyante exposition de la personnalité de chacun face au groupe, céderont lentement la place à l'intimité et laissera finalement apparaître, au fur et à mesure des arrêts qui videront le bus, leur véritable personnalité, celle qu'ils redoutent parfois de livrer au groupe.

Si l'exercice est rondement mené et fort bien exécuté, parfois même poétique et très touchant, The We And The I soulève cependant l'interrogation chez le spectateur. Le film de Gondry donne en effet la sensation d'osciller entre le documentaire scénarisé et l'anecdotique. Il capture bien le potentiel des gamins, leurs manières de s'inscrire dans la société qui les entoure, il dresse en effet un portrait juste et bienveillant de ces futurs adultes en plein développement, mais avec la même force, en abordant frontalement ce qu'ils sont,  impose aussi leur superficialité de "jeunes". L'ensemble est juste, riche, souvent pertinent, mais on se dit aussi à l'issue de sa vision "OK, oui bon, et alors ?".

Pertinent, donc, et objectivement réussi, The We And The I n'a cependant pas laissé à la Rédaction de Doorama de "dépôt cinématographique". Au delà de la fraîcheur qu'il dégage effectivement lors de sa découverte, The We And The I n'es pas parvenu à laisser de marques. Un bel instantané dont la portée libre et volatile nous a laissé un arrière goût d'éphémère... de superficiel, à l'image d'un des facette de ses jeunes. Finalement, nous n'aimons peut être pas tant que ça ces "jeunes" et l'étrange faculté qu'ils ont de pouvoir se protéger un peu des agressions de la société en se réfugiant dans leur univers... "Jeunes cons" ? Non, c'est nous les "vieux cons", envieux de leur jeunesse. Ceci posé : The We And The I n'as pas suscité le vent d'admiration que nous espérions, tout juste une agréable brise... Nous allons encore perdre des lecteurs, mais The We And The I nous paraît une oeuvre un peu surestimée, comme son réalisateur aux yeux d'une certaine presse.

Procurez-vous The We And The I ou d'autres films de Michel Gondry 

Mais ne Nous Delivrez Pas du Mal (Joël Séria, 1971)


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Anne et Lora n'ont que de 14 ans, mais elles savent déjà qu'elles veulent consacrer leur vie au mal. Elevées dans une pension catholique, les deux adolescentes sont inséparables, et les vacances hors de l'établissement sont l'occasion pour elle de se retrouver et de commettre leurs mauvaises actions...

Premier film de Joël Séria (Les Galettes de Pont Aven), Mais Ne Nous Délivrez Pas Du Mal a bien failli ne jamais voir le jour en raison de son sujet. Malgré le vent de liberté des années 68, ces deux enfants qui découvrent la cruauté en même temps que leur corps, et appliquent leurs journées à une recherche permanente de la mauvaise action (comme d'autre à être un bon chrétien...) ne passait pas si bien que ça auprès des producteurs, et restait un peu trop provocant pour les moeurs de l'époque et, surtout, immoral au yeux de la Religion qui tenta d'empêcher qu'il ne se fasse.

Construit à partir du fait divers qui inspira aussi Créatures Célestes de Peter Jackson, où deux adolescentes tuaient un de leur parent, Mais Ne Nous Delivrez Pas Du Mal, en dépit de son rythme un peu indigeste aujourd'hui, dégage encore sa douce pestilence et son parfum de souffre... Les deux enfants y sont en effet aussi innocentes en apparence, qu'effrayantes à l'intérieur. Elles malmènent l'idiot du village avec leur sexualité naissante, flirtent avec la messe noire, aiment mettre le feux et se délectent à tuer, jour après jour, les oiseaux du jardinier. A l'écran, Joël Séria présente Anne et Lora comme deux charmantes écolières à qui on donnerait le bon dieu sans confession, mais leurs actes inquiètent, et ce mal qui avance sous les traits de l'innocence de l'enfance, construit petit chez le spectateur une véritable sensation de malaise.

Film méconnu, Mais ne Nous Delivrez Pas du Mal, fait partie de ses perles, noires et cachées, du cinéma fantastique. Si son immoralité et son coté blasphématoire ne font plus autant effet aujourd'hui, le film de Séria conserve cependant une certaine poésie et constitue à sa manière, en négatif, une belle approche de l'univers de l'adolescence, avec un traitement de la sexualité particulièrement habile. Joël Séria n'est peut être pas un immense réalisateur, mais son approche de l'enfance, de la sexualité, de la famille et de la religion sont ici traitées en profondeur et Mais ne Nous Delivrez Pas du Mal produit encore son petit effet. Audacieux et provocateur pour l'époque, le film conserve aujourd'hui une aura particulière et, remis dans son contexte, revêt un intérêt cinématographique certain. Son final tragique et théâtrale est encore (sur le plan des idées) une belle claque ! Mais ne Nous Delivrez Pas du Mal à beaucoup vieilli, mais on peut toujours en apprécier son traitement soigné, son audace et son coté vénéneux ! Une curiosité à découvrir, une rareté, ne serait-ce parce qu'il est aujourd'hui inconcevable qu'un film pareil puisse de nouveau se faire ou voir le jour.

Procurez-vous Mais ne Nous Délivrez Pas du Mal ou d'autres films de Joël Séria ou avec Jeanne Goupil

Confessions (Kokuhaku - Tetsuya Nakashima, 2010)


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Lors de son dernier cours, une professeur s'adresse à sa classe pour dénoncer les deux jeunes assassins (A et B) de sa fille qui s'y trouvent... La vengeance d'une mère est en marche, la haine qui la ronge, tel un virus, est aussi présente chez les deux assassins de 13 ans.

On pourra s'irriter de la forme de Confessions, constellée de ralentis et de plans froids bleus-gris esthétisants, sur fond de musique dépressive (Radiohead, Boris et autres post-rock ethérés). Son abus stylistique à la limite du langage publicitaire ne pourra cependant pas diminuer son esthétique glaciale (discutable, mais absolument somptueuse), idéale pour appuyer son exposition froide et clinique de la vengeance. Les récompenses qu'a reçu Confessions dans de nombreux festivals en témoignent.

Une précision s'impose : bien que Confession prenne place parmi des lycéens, nous sommes ici très loin d'un Battle Royale, et s'il relate effectivement une vengeance son but est tout autre que le diabolique J'ai Rencontré le Diable (quoique chacun aborde à sa manière une certaine vision du Mal...). Tout au long de Confessions, Tetsuya Nakashima se sert d'une trame de vengeance (on pensera à Old Boy...) pour reconstituer les parcours de souffrance de ses personnages. Mais plus qu'une simple "payback-story", Confessions  dresse une carte des passages du Mal et confronte ceux qui ont été en contact avec lui : la mort de la petite fille est certes le point de départ du film, mais il n'est que l'un des dominos qui tomberont, résultat d'une précédente "mauvaise action" et source d'une prochaine.

Cette volonté (réussie) de varier le thème de la vengeance en l'enrichissant par les parcours de chacun de ses personnages, permet à Confession de distiller une cruauté de chaque instant, d'augmenter sa tension et son malaise au fur et à mesure des profils qu'il dévoile. La violence des adolescents qu'il met en scène, contraste avec l'innocence qu'on leur prête habituellement, renforçant cette impression de malaise en multipliant les situations dramatiques, là où on ne les attendait pas. Derrière son scénario "thriller", Confessions dérange et trouble le spectateur en semant la tristesse et le désespoir, il prend alors les sombres allures d'un "bilan des victimes", difficile et pesant, qui frappe cruellement et aveuglément à tous les niveaux de la société, enfants comme adultes.

Sa mise en scène esthétisante et glacée hypnotise... son rythme lancinant berce et engourdit... et pourtant lorsque l'on termine Confessions on est frappé de la brutalité de son impact et de son efficacité, son ambiance sombre et désespérée déstabilise le spectateur bien au delà des enjeux de son histoire de vengeance machiavélique. Son scénario poussif (par son coté "j'avais tout prévu" notamment...) et son esthétique visuelle, sonore, mais aussi intellectuelle, sur-travaillée, ne parviennent pas à nuire à sa force.

Confessions est attaquable sur bien des points, mais l'impression qu'il laisse, entre spleen et impuissance, est issue d'une bien belle et intelligente expérience cinématographique. Il déborde de son cadre initial et, par les excès stylistiques de sa mise en image, trouve une résonance aussi inattendue que puissante. Accident ou maîtrise ? qu'importe ! Le résultat se regarde avec un immense intérêt, tous vos sens en éveil.

Procurez-vous Confessions

Beneath The Darkness (Nuits Noires - Martin Guigui, 2012)


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Des adolescents tentent de prouver que le croque-mort de la ville n'est pas cet individu normal qu'il prétend être... En pénétrant chez lui, ils découvrent qu'il y garde le corps d'une femme, mais surpris par l'homme, l'un d'eux est tué de sang froid...

Il y a Thriller et thriller ! Beneath the Darkness ne rentre ni dans la première catégorie des Thrillers qui font peur, glacent le sang et vous mettent en apnée jusqu'au générique de fin, il ne rentre pas non plus dans celle de ces thrillers qui font au moins passer un bon moment et divertissent efficacement.Non, Beneath The Darkness ne semble exister que pour occuper un trou dans une grille de programmation d'une chaîne télé lambda !

On s'étonne du minimum mis en oeuvre par Martin Guigui (non, ne nous moquons pas, c'est mal !), on ne comprend pas pourquoi un tel scénario (des jeunes sans aucun relief se "battent" pour prouver qu'ils ont raison de suspecter un homme d'être un dangereux psychopathe) soit porté à l'écran sans même tenter d'y ajouter un nouvel élément, on comprend encore moins comment son réalisateur puisse imaginer que le spectateur marche, ne serait-ce qu'un instant, dans une intrigue aussi dénuée de suspense que de surprise.

Beneath The Darkness échoue à susciter tout intérêt du spectateur, il accumule les poncifs, exploite mal les codes du genre et ne parvient qu'à créer un profond ennui que le jeu cabotin d'un Denis Quaid au minimum syndical ne parvient pas à rehausser un instant.

Grand "rien" exempt de tout enjeux, vidé de toute substance artistique comme technique, on ressort de Beneath the Darkness avec une folle envie de se revoir un bon Steven Seagal, histoire d'avoir l'impression de voir un "vrai film"... C'est dire !


We Need To Talk About Kevin (Lynne Ramsay, 2010)


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Eva est une mère brisée. Elle passe en revue ses relations catastrophiques avec son fils Kevin, s'interroge sur l'amour qu'ils partagent, et sur sa responsabilité dans un drame qui la marquera à jamais.

Si la forme éclatée du film de Lynne Ramay peut au début déconcerter le spectateur, elle lui permet aussi d'accepter plus "naturellement" cette terrible description des rapport entre une mère et son fils, rapport de haine (?) et de défiance, qu'il aurait peut être refusé autrement.

We Need To Talk About Kevin aborde avec tact, intelligence, mais aussi avec une grande cruauté psychologique, cette histoire d'anti-amour maternel. Sa réalisation en flash-backs donne force et justesse à cette dissection de la souffrance maternelle. En digne pendant parental de Eléphant, We Need To Talk About Kevin s'attaque à la psychologie du fait-divers qui choque, et non à la violence de son résultat, et lui adjoint un judicieux traitement à la limite du fantastique. Il dresse un portrait diabolique (maléfique !) et dérangeant d'un Kevin ordinaire, et parvient à transformer le quotidien de cette mère en antichambre de l'horreur (horreur qui sera révélée, mais judicieusement non expliquée au spectateur, lors du puissant dénouement du film).

Tilda Swinton, en mère honteuse de ne pas aimer son propre fils, parachève la justesse et la pertinence du point de vue féminin du film de Lynne Ramsay. Avec la force et la froideur du cinéma de Haneke, We Need To Talk About Kevin emmène le spectateur dans une réflexion sur l'amour filiale, ou plus précisément sur le tabou de son absence.

Puissant, inquiétant, dérangeant et superbement construit, We Need To Talk About Kevin trouble le spectateur en lui proposant le cauchemar de toute mère. C'est un film d'horreur sans portes qui claquent, sans suspense (la découverte du drame final n'est pas son enjeux) ni aucune goutte de sang (du sang, Ramsay ne retiendra que le pouvoir d'évocation de sa couleur). We Need to Talk About Kevin fait froid dans le dos, son sujet glace, sa forme séduit, cette immersion dans ce double drame (un pour la mère, l'autre pour le fils) fascine autant qu'il passionne.

Un tel sujet aurait pu (aurait normalement dû ?) donner un simple films fantastique ou un pur thriller, Lynne Ramsay l'a transformé, en ses mains orfèvres, en un redoutable face à face, silencieux, implacable, à l'efficacité quasi imparable. Une approche troublante, impressionnante et inspirée.  


Verbo (Lost Destination - Eduardo Chapero-Jackson, 2011)


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Dans une ville d'Espagne un peu déshumanisée, une jeune fille renfermée sur elle même a du mal a trouver sa place dans sa famille et la société. Fascinée par les tags de Lyriko, leur interprétation tourne presque à l'obsession. Lorsque elle décide de mettre fin à ses jours, Lyrico vient à elle dans univers imaginaire.

L'exploration de l'univers de l'enfance ou de l'adolescence, de leurs souffrances, leur sensibilité, peut donner les meilleures choses (Le Labyrinthe de Pan pour la vision enfantine du monde adulte, Colorful pour son approche du suicide...), mais aussi les pires, comme le démontre brillamment ce Verbo, nouvelle approche ibérique de ce thème.


Le réalisateur avait pourtant visé haut en choisissant d'aborder le suicide et le mal-être par le biais d'un monde imaginaire (où se déroule le combat de l'héroïne pour surmonter la dureté de la société) et en lui appliquant un traitement non dénué de volonté poétique. Mais peine perdue ! Pourtant ambitieux, Verbo s'enlise dans un rythme calamiteux et une utilisation des codes ados proche du caricatural (look skateurs ténébreux, entre le cyber punk de Matrix et le gothic-samouraï tendance Emo...).

Caché derrière un symbolisme faussement travaillé, Verbo échoue à communiquer le mal-être de son héroïne (la jeune Alba Garcia aura pourtant livré une interprétation juste et fragile de son personnage) et se heurte régulièrement au ridicule, en proposant un monde imaginaire factice, superficiel et fort peu inspiré (les jeunes aiment le rap, Matrix et les jeux vidéos...). Verbo aurait pu se limiter à un film inabouti, victime de quelques maladresses, mais tant de fausses idées, infligées avec tant de prétention (l'alibi culturel Don Quichotte, le message de la beauté...) au spectateur, ne parviennent au final qu'à le faire trébucher de plus haut.

A la manière d'un Sucker Punch (raté, selon nous), Verbo tente vainement de mettre en image les fragilités de nos teens, son utilisation de codes puéril ne parvient pas à rendre crédible une problématique pourtant riche et passionnante (Le Labyrinthe de Pan, lui, y parvenait). Verbo dégage, malgré une ambition initiale certaine, le parfum du "bon coup" calculé, il semble transpirer d'une envie de devenir le film emblématique d'une génération incomprise. Hélas, devant tant de sincérité feinte, tant de maquillages artificiels (les parties animées) et de représentations creuses et usées, Verbo irrite profondément et ennuie rapidement (à moins que ça ne soit l'inverse...).

A la rédaction, nous avons vécu ce Verbo comme une tentative d'escroquerie intellectuelle, mais malgré nos recherches, il ne semble pas possible de porter plainte contre ce genre de faits !


Projet X (Nima Nourizadeh 2012)


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Thomas, Costa, JB et Dax, quatre ados "anonymes" dans leur lycée, veulent eux aussi accéder à la reconnaissances et aux "bombes" qui vont avec. Profitant de l'absence des parent de Thomas, Costa prend en main l'organisation de l'anniversaire de Thomas : la fête va rencontrer un tel succès qu'elle va vite devenir incontrôlable...

Comment Doorama peut-il décerner un généreux 7 à ce Projet X ? Car il est vrai que Projet X repose non seulement sur un maigre prétexte, mais il ajoute à celui-ci une forme abusivement tendance et propose des personnages aussi riches qu'un statut Facebook ! Oui, Projet X n'est pas un bon film, mais c'est avant tout le teen-movie le plus con et sympathique de l'année :-) (waow ! "djeuns" le smiley !)

Projet X nous parait donc plutôt réussi, sinon au moins parfaitement jouissif dans le cas d'un visionnage unique et jetable ! Il rappelle un Risky Business (la fête interdite) ou un Super Grave (le portrait de ces ados), tout en s'adaptant à l'air du temps. Tout est effectivement superficiel et instantané dans ce Projet X, mais du coup le film colle et décrit parfaitement les fantasmes et aspirations de nos jeunes : Gloire instantanée & Jouir de tout est un droit sans passer par la case mérite. Son portrait (volontairement grossi et caricatural) des jeunes fonctionne finalement très bien, et s'accompagne par ailleurs de quelques personnages de second plan particulièrement savoureux (le nain casse-couille, le service de sécurité pré pubère...)

Ensuite Projet X propose effectivement LA fête ultime, le pire cauchemar de nos géniteurs, il condense en une seule fête nos pires souvenirs de jeunesse (et croyez-nous, on en a à Doorama) et pousse encore le curseur... Les filles, les mecs bourrés, les conneries, les accidents, les parents absents, les excès, les expérimentations douteuses (le chien qui vole) : Projet X réussit à créer son patchwork, entre fantasmes et souvenirs, de manière ludique et rythmée. Bien que son coté found-footage n'apporte strictement rien au scénario, ses plans épaule (pour beaucoup tournés par les 'vrais' figurants qui festoyaient sur le tournage) parviennent à crédibiliser efficacement son coté camera embarquée dans la fête...  

Vous l'aurez compris, si mineur soit-il, Projet X parvient exactement là où son réalisateur le souhaitait. Ses choix techniques comme artistiques (?) fonctionnent particulièrement bien et fabriquent au final ce portrait complètement gratuit, immoral, jouissif et excessif d'une "birthday party d'un teen ricain ordinaire". Si Projet X est effectivement calibré pour séduire la "génération facebook", ses ficelles restent discrètes, et sa légèreté débilitante joue à fond en sa faveur.
Curieusement, Projet X est un film solide et cohérent construit sur un grand "rien", un pur teen-movies assumé bien au dessus des standards habituels qui, dans son genre, atteint tout ses objectifs. Un péché-mignon aussi savoureux qu'éphémère, un ride aussi fun et excessif que la légèreté de son sujet... On aime régresser à Doorama !

The Prodigies (Antoine Charreyron, 2010)


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Depuis toujours Jimbo peut contrôler les choses et les gens par la seule force de sa pensée. Il travaille maintenant pour la fondation Killian et trouve 5 ados dotés des mêmes pouvoirs que lui. Il va tenter de les rassembler pour les aider à canaliser leurs pouvoirs, les protéger d'eux mêmes, mais aussi ceux qui seraient confrontés à leurs pouvoirs...

Contrairement à ce que son affiche et son titre pouvait laisser présager, The Prodigies est une production d'animation en grande partie française, réalisée par un français (cocorico ! mais en animation, les français sont plutôt prisés...) et avec la belle voix de Mathieu Kassovitz. Et effectivement, nous sommes assez loin de l'esprit "super-héros" américain.

Cette adaptation de "La Nuit des Enfants Rois" propose une fort belle mise en image, quelquefois impressionnante, même si on pourra lui reprocher une très grande hétérogénéité visuelle (hyper réaliste par moments, très stylisée à d'autre). Mais le véritable intérêt de The Prodigies est son traitement très "mature", attaquant de front des problématiques délicates (les violences subies par ses protagonistes notamment, familiales ou sociales) , sans en édulcorer le fond, ni exagérer la forme.

On peut rapprocher The Prodigies de Chronicle, d’abord pour son sujet autour de super-pouvoirs dans des mains encore inexpérimentées, ensuite pour sa volonté de fuir les codes conventionnels des films de "super-héros", ou pour être plus précis encore, des films traitant des supers-pouvoirs (et là, on pense au traitement de Incassable...), enfin pour son approches des difficultés (souffrances ?) des adolescents.

Plutôt fin et riche, The Prodigies est passionnant à découvrir. Il rentre dans la courte liste de ces films à priori destinés aux ados (même si ce n'est pas la cas ici) mais dont le traitement "adulte" emporte finalement le morceau. Plutôt que de jouer la carte de l'action pure, The Prodigies surprend par son rythme et son traitement tout en nuances. Une belle occasion donc de découvrir un excellent film d'animation, aussi ludique que réfléchi, qui fait regretter que les américains ne s'arrêtent qu'à l' "entertainement" et ne creuse pas davantage le potentiel de certains de ses super-héros.

Battle Royale (Kinji Fukasaku, 2000)


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Afin de "dresser" un peu ces ados qui ne respectent plus les adultes, le Gouvernement a voté la loi Battle Royale. Chaque année une classe est envoyée sur une ile, sous la supervision des militaires, des armes leur sont distribuées, ils ont alors 3 jours pour s'entretuer : 1 seul seulement doit rester debout à la fin.

Kinji Fukasaku est surtout connu pour ses films de yakusas dans les 70's (Combat sans Code D'Honneur, Guerre des Gangs à Okinawa...). Avec Battle Royale il adapte un celèbre roman japonais d'anticipation.

Parfaitement facho sur les bords (mais "pour rire"), le pitch de BR est aussi provocateur que sa violence est graphique. Durant près de deux heures s'enchaînent tueries (variées et énergiques) et ironie sous l'oeil d'un Takeshi Kitano toujours aussi inquiétant et savoureux.

Battle Royale est un grand défouloir sur fond de critique sociale masquée (l'utilisation du classique y résonne comme un lointain écho de la réflexion de Orange Mécanique), mais il se concentre rapidement sur le pur survival extrême et déjanté (quand les japonais se lâchent, le no-limit n'est pas loin !). Série B nerveuse et réjouissante, Battle Royale s'essouffle cependant assez clairement sur sa fin, la faute à le répétition de ces situations mortelles.

Battle Royale n'en demeure pas moins un jeu de massacre réalisé avec conviction (pas très beau à l'image, mais habilement rythmé, notamment par ses inserts des survivants) qui ravira les amateurs de série B de qualité. Kinji Fukasaku y aborde la perte de la valeur honneur à la japonaise, de manière bien plus ludique que les films de yakusas qui ont fait sa réputation. On peut qualifier BR de film coup de poing, par son sujet audacieux et provocateur (il s'agit d'un retour aux arènes, mais en remplaçant les gladiateurs par nos propres enfants...), mais si fun soit-il, on préfère le désespoir noir et sérieux de ses films 70's à ce défouloir finalement assez manga sur les bords (même si c'est pour notre plus grande joie que nous assisterons à ces geysers de sang sortant de notre progéniture). 

Terri (Azazel Jacobs, 2011)


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Terri est un adolescent en surpoids qui vit avec son oncle malade. Solitaire et mal dans sa peau, sa vision du monde va changer avec les "entretiens" qu'il a avec le proviseur de son lycée. Une amitié s'installe entre le proviseur et l'adolescent.

Dans le plus pur style du cinéma indépendant américain, Terri accompagne un temps la vie d'un ado, au moment ou celui-ci va prendre conscience de certaines choses qui vont l'amener à s'accepter et retrouver un peu le goût du quotidien.

Terri se contente de peindre le portrait d'un ado, librement, simplement, sans orienter le jugement du spectateur. Touche après touche, il nous emmène dans un univers sensible, sans pathos ni poncif. Même si l'on met du temps à entrer dans le quotidien du personnage, celui-ci impose sa fragilité et sa douceur au fur et à mesure des rencontres au ton décalé avec son proviseur (John C. Reilly, éminemment sympathique !).

On pense au Cercle des Poètes Disparus, pour la relation du prof à l'élève, mais Terri, lui, ne joue d'aucune carte pour susciter l'émotion, d'aucun violon. Il ne cherche nullement à délivrer une quelconque leçon de vie ou de philosophie, le film de Azazel Jacobs ne fait qu'orienter notre regard vers un enfant "différent" qui cherche sa place, il se contente de montrer avec grande légèreté un parcours de souffrances ordinaire.

Terri est un film doux et délicat qui laisse le spectateur libre de son interprétation. Entre hymne à la différence et ode au partage, Terri déroule son histoire sans autre intention que de nous faire comprendre cet adolescent. On peut certes se dire, après sa vision, que tout ça n'apporte pas grand chose, mais on reste cependant séduit par la justesse de certaine scènes (la soirée à trois, les explications du proviseur...) et l'évolution de son personnage. Terri est un film dénué de fougue ou de génie, mais son ton doux-amer et son joli langage cinématographique, simple et pertinent, le rend tout à fait attachant.
 

Colorful (Karafuru, Keiichi Hara, 2011)


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Arrivée dans l'au-delà, une âme se voit accordé une chance de réparer et comprendre ses erreurs. Elle est pour cela renvoyée sur terre dans le corps de Makoto, un adolescent mal dans sa peau qui vient de tenter de se suicider. La découverte du difficile quotidien de Makoto sera elle une chance de "rédemption" ?

Très belle et très sensible histoire sur un adolescent en détresse, Colorful possède l'immense qualité de traiter d'une bien jolie manière le thèmes difficile du mal-être chez les ados. A travers cette âme expérimentant la vie abimée de son hôte, Keiichi Hara,  aborde la question du besoin et du rejet des autres, et parvient à distiller de très beaux moments d'émotion avec une grande délicatesse .

Le spectateur reconstruit, en même temps que cette âme, le parcours de fragilités et de souffrances de Makoto, il expérimente lui aussi, touche après touche, le sentiment d'incompréhension et d'isolement ressenti par Makoto. C'est cette compréhension de l'autre et de ses souffrances que Colorful parvient admirablement bien à retranscrire et partager avec nous.

Visuellement très beau et sobre, Colorful est une belle immersion dans une famille japonaise contemporaine. En dépit de son sujet difficile, le film de Hara parvient à exhaler, à l'image de son affiche, un agréable parfum de bonheur et de bien être pour le spectateur. Et c'est finalement bien de bonheur dont il est question dans Colorful !

Un bémol cependant. Si Colorful évite habilement la naïveté et la compassion excessive, s'il évite aussi le sentimentalisme stérile, à Doorama on est moins séduit par cette impression de morale, de "leçon de vie" qu'il laisse au final. Mais devant le message qui nous est ici livré, on se dit aussi : "et si c'en était une ?".