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Still Walking (Hirokazu Kore-Eda, 2008)


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Comme chaque année, à l'occasion de l'anniversaire de la mort de son frère aîné  Ryota se rend avec sa femme et son fils dans sa famille pour y passer 24h.

Hirokazu Kore-Eda (Nobody Knows) nous emmène à Yokohama pour le quinzième anniversaire de la disparition de Jumpei, et nous montre avec une simplicité délicate et touchante, l'intimité de cette famille japonaise.

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L'Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford (Andrew Dominik, 2007)


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Robert Ford est un membre du gang des frères James. Vouant une admiration au redoutable et notoire à Jesse James, il n'aspire qu'à entrer dans la légende à ses côtés, ou à sa place. Voici le récit des derniers mois de Jesse James et de celui qui assassinat la légende.

Encore un western plein-genre traité avec un style atypique, comme nous les aimons à la Rédaction. D'une beauté visuelle irréprochable et inspirée, L'Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford (on va écrire AJJ, d'accord ?) est un western psychanalytique et atmosphérique au long cours de plus de 2h30, aussi captivant que fascinant.

Andrew Dominik adopte un rythme lancinant pour nous conter l'histoire de la mort de Jesse James, incarné par un impressionnant et inquiétant Brad Pitt, et entouré d'une bien belle brochette d'acteurs, à commencer par le fragile Casey Affleck (The Killer Inside Me) et l'enorme Sam Shepard (Blackthorn). AJJ déroule une approche sombre d'un Jesse James se sentant cerné et qui s'apprête à préparer sa sortie. Véritable paranoïaque à tendance schizophrène, Jesse James est un homme usé et fatigué par une vie exempte de calme et de sérénité et qui envisage d'y mettre fin, après avoir mis certaines choses en ordre (des accolytes indélicats), quelqu'en soit le moyen : mort incluse.

Au milieu de magnifiques paysages, AJJ  fait planer l'ombre crépusculaire de la fin : fin d'une époque et aussi fin d'une vie devenue trop dure. Andrew Dominik reconstitue admirablement cette sensation d'une tempête qui approche, d'une fin imminente et inéluctable, et malgré la relative rareté de ses scènes violentes, parvient à créer très vive tension, à donner une impression d'électricité dans l'air qui donnent au film une violence palpable et latente. Il construit un Jesse James craint de tous et à qui rien n'échappe, au courant de tout comme par magie, et en lui conférant ainsi des "pouvoirs" suscitera davantage encore l'admiration jalouse et la frustration du jeune Robert Ford. La relation entre ces deux personnages est par ailleurs une merveille de construction, fine et passionnante.

AJJ se déguste autant pour son étonnant mélange de calme et de violence que par sa subtilité dans la construction de ses personnages. Son rythme lent donne à sa tension dramatique tout le temps nécessaire pour grandir, jusqu'à déborder l'image pour venir envahir le spectateur. Devant une réalisation aussi précise et décidée, le spectateur aurait presque l'impression de voir se dérouler devant ses yeux la Grande Histoire, d'assister en directe à la fin d'un mythe, à la fin de la légende.

Envoûtant, superbe et puissant Andrew Dominik livre un film aussi parfait qu'exigeant. Une miniature des plus fines (pour ses personnages ciselés), qui revêt pourtant les apparence d'une grande fresque. On pourra certes lui reprocher sa longueur excessive, mais la Rédaction y a au contraire vu une illustration nécessaire des effets du Temps sur les mythes, de la même manière que l'Histoire se construit lentement et que chaque détail à son importance . Un oeuvre cinématographique ambitieuse, un film passionnant, sombre et imposant : on applaudit des deux mains devant l'intelligence, la conviction et l'intuition de son réalisateur.

Procurez-vous L'Assassinat de Jesse James par le Lâche Robert Ford ou d'autres films de Andrew Dominik ou avec Brad PittCasey AffleckSam ShepardSam Rockwell ou Jeremy Renner

Gas-Oil (Gilles Grangier, 1955)


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Jean Chape est chauffeur-routier. Entre son camion tout neuf, son gagne-pain, et l'institutrice dont il est tombé amoureux, il aborde enfin la vie qu'il souhaite. Mais tout va être remis en question lorsqu'un matin, il écrase un homme. Jean ne le sait pas, mais l'homme était en fait déjà mort ; un gangster abattu par ses complices qui pensent que Jean à récupéré l'argent qu'il leur avait dérobé...

Première de nombreuses collaborations avec Gabin (Archimède le clochardLe Cave se rebiffe ou encore Le Gentleman d'Epsom), Gas-Oil est un "film noir à la française", mais son rythme-diesel, ses valeurs et ses personnages le font aujourd'hui apparaître bien davantage comme un drame, voire une chronique provinciale, que comme un film à intrigue policière.

Si Jean Gabin est effectivement confronté à des gangsters qui le pense en possession de leur argent, cet aspect n'occupe qu'une moitié du film, l'autre n'étant constitué que de la vie quotidienne d'un simple camionneur dans la le Puy de Dome des années 50. Au delà de la sombre affaire qu'il réglera avec ses copains routiers, aujourd'hui bien molle et pas des plus palpitante, l'intérêt de Gas-Oil se concentre davantage sur son portrait d'une profession qui incarne une certaine France d'après-guerre, honnête et travailleuse. Ce qui caractérise Gas-Oil c'est bien plus l'amitié, la solidarité, le courage du travailleur et le "coup de jinjin", qu'un homme traqué par de dangereux malfrats. Gabin n'aspire qu'à vivre avec son institutrice (Jeanne Moreau) et "livrer ses endives à Berthier à 5h" !

Dans Gas-Oil, la France provinciale est tranquille et solidaire. Elle incarne les valeurs nobles du pays, certaines traditions, et les gangsters (des Parisiens !) représenteraient presque la modernité et l'absence de valeurs : la "mauvaise France". La caméra de Gilles Grangier, avec l'aide d'un Gabin impérial, dépeint avec un certain amour des gens simples en les représentant presque comme des Héros des temps modernes... Il faut voir Gabin attaquer sa journée avec son "gros camion" neuf dans lequel il vient de tout investir : c'est quasiment Le Salaire de la Peur ! Grangier représente une France courageuse, encore en train de "résister" , et c'est grâce à ce courage qu'elle mettra en défaite l'envahisseur sans morale ni scrupules. Gas-Oil, c'est un peu la Résistance qui s'auto-organise, sans faire appel à la police, dans une solidarité sans failles.

Aujourd'hui, l'intrique policière de Gas-Oil, peu intense et au rythme bien lent, nous paraît, ici à la Rédaction, devenue bien secondaire. Revoir (ou découvrir) Gas-Oil pour son coté "film noir" risque fort de d'apporter au spectateur quelques déceptions, car Gas-Oil roule à l'ordinaire, pas au super ! En revanche la France que l'on y découvre, séduit par sa "force tranquille", et les valeurs que l'on y découvre semblent encore faire écho  à ce qui a permis à la France de se libérer de l'oppresseur.

Gas-Oil est un film d'hommes et de valeurs, il sent le labeur, un peu la sueur et, curieusement, dégage aussi un certain parfum patriotique... Porté par son regard attentif et bienveillant sur ses "gens simples", ainsi que par les très bons dialogues d'Audiard, le film propose une belle image d’Épinal de la France d'après-guerre qui s'il n'était pas "embrassé" de son coté policier, en aurait fait une très jolie chronique sociale. Vous l'aurez compris, c'est donc sous cet oeil que nous y avons trouvé tout notre plaisir. Maintenant, si vous voulez voir un film noir ou un film policier pur jus, sombre et intense, nous vous recommandons plutôt de ne pas vous aventurer sur cette route là : ici c'est davantage la départementale des clochers et villages, que la rapide autoroute de la modernité !

Procurez-vous Gas-Oil ou d'autres films de Gilles Grangier ou avec Jean Gabin , Jeanne Moreau ou Roger Hanin

The We And The I (Michel Gondry, 2012)


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La cloche du lycée vient de sonner la première minute des vacances d'été pour les étudiants du Bronx. Dans ce bus qui traverse la ville et les ramène chez eux, chacun expose, confronte et dévoile, parfois, leur personnalité...

L'univers parfois sur-déjanté de Michel Gondry (Eternal Sunshine of a Spotless Mind, Soyez Sympa, Rembobinez ou The Green Hornet) trouve ici une certaine modération afin de se concentrer sur le portrait de ces lycéens et, au delà des individualités, d'une certaine jeunesse.

Entièrement réalisé dans un bus, Gondry filme l'énergie et la jeunesse d'adultes en devenir. Au travers de leur parcours (en bus, mais aussi du rythme scolaire vers leurs vacances, aussi d'une année vers une autre...) la caméra de Gondry s'attache à capturer leurs interactions et, au travers de celles-ci, leur personnalité. Certains se cachent, certains s'imposent aux autres, d'autres esquivent ou jouent...

Pour retranscrire au mieux ce message (message d'amour et d'espoir ?) de Gondry à la jeunesse, il adopte un montage guidé par la vivacité de leurs échanges : les sujets de croisent, fusent et volent dans ce bus, le montage suivra ce turbulent rythme... A cette bouillonnante énergie viendra se greffer la spontanéité de ces acteurs non professionnels. Petit à petit le spectateur s'adapte au joyeux bordel de ce bus, puis entre en contact avec les jeunes, avec leurs postures, leur codes, et aussi leurs frustrations. Quelques effets de réalisation "Gondryesques" viendront décorer le tout. La saturation des thèmes et sujets de ces élèves et la bruyante exposition de la personnalité de chacun face au groupe, céderont lentement la place à l'intimité et laissera finalement apparaître, au fur et à mesure des arrêts qui videront le bus, leur véritable personnalité, celle qu'ils redoutent parfois de livrer au groupe.

Si l'exercice est rondement mené et fort bien exécuté, parfois même poétique et très touchant, The We And The I soulève cependant l'interrogation chez le spectateur. Le film de Gondry donne en effet la sensation d'osciller entre le documentaire scénarisé et l'anecdotique. Il capture bien le potentiel des gamins, leurs manières de s'inscrire dans la société qui les entoure, il dresse en effet un portrait juste et bienveillant de ces futurs adultes en plein développement, mais avec la même force, en abordant frontalement ce qu'ils sont,  impose aussi leur superficialité de "jeunes". L'ensemble est juste, riche, souvent pertinent, mais on se dit aussi à l'issue de sa vision "OK, oui bon, et alors ?".

Pertinent, donc, et objectivement réussi, The We And The I n'a cependant pas laissé à la Rédaction de Doorama de "dépôt cinématographique". Au delà de la fraîcheur qu'il dégage effectivement lors de sa découverte, The We And The I n'es pas parvenu à laisser de marques. Un bel instantané dont la portée libre et volatile nous a laissé un arrière goût d'éphémère... de superficiel, à l'image d'un des facette de ses jeunes. Finalement, nous n'aimons peut être pas tant que ça ces "jeunes" et l'étrange faculté qu'ils ont de pouvoir se protéger un peu des agressions de la société en se réfugiant dans leur univers... "Jeunes cons" ? Non, c'est nous les "vieux cons", envieux de leur jeunesse. Ceci posé : The We And The I n'as pas suscité le vent d'admiration que nous espérions, tout juste une agréable brise... Nous allons encore perdre des lecteurs, mais The We And The I nous paraît une oeuvre un peu surestimée, comme son réalisateur aux yeux d'une certaine presse.

Procurez-vous The We And The I ou d'autres films de Michel Gondry 

Du Silence et des Ombres (To Kill a Mockingbird, Robert Mulligan, 1962)


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 Dans les 30's, deux enfants sont élevés par leur père, un avocat, après le décès de leur mère. Au travers de leurs jeux d'enfants, et de l'affaire qu'à accepté leur père pour défendre un homme noir accusé du viol d'une blanche, les deux enfants confrontent leur vision du monde avec sa brutale réalité...

2h15 de pur bonheur. C'est à un véritable jeu de rôle que Robert Mulligan (Un été 42) invite le spectateur en faisant surgir en lui la vision d'un monde vu par des enfants (on peut d'ailleurs le rapprocher de Sa Majesté des Mouches). Naïf, mais jamais mièvre, Du Silence et des Ombres, 2 ans après une publication récompensée par un large succès populaire, est devenu un grande oeuvre cinématographique américaine.

Sous la forme du récit de ses souvenirs, la jeune Scout aborde ces années avec son frère, où sa vision de la vie a sans doute été modifiée à jamais. Les enfants qui jouent avec cet inquiétant voisin invisible, ces adultes qui ne semblent pas voir le monde comme eux, Gregory Peck (figure du père idéal) en guide rassurant dans un monde encore en découverte... Voilà la première heure, légère et insouciante, vue par les enfants. Un monde violent et brutal (la crise, la ségrégation...) où la vérité et les bonnes intentions ne triomphent pas toujours, l'étrange haine que les adultes peuvent parfois exprimer... Voilà ce que l'on découvre dans la seconde heure, lorsque l'on se risque dans le monde des adultes en sortant la nuit (aussi dangereux que celui de La Nuit Du Chasseur...), ou bien en assistant au procès que leur père leur avait interdit (froid et dépouillé, aussi intense que Témoin à Charge)

Au travers de leur compréhension du monde, souvent avec les explications d'un père représentant le meilleur des valeurs de la société américaine, Robert Mulligan dessine un monde très loin de ce que les parents enseignent aux enfants. C'est ce contraste qui frappe le spectateur, ce décalage entre la belle image que l'on se forme lorsque l'on est enfant, et le monde tel qu'il est réellement. Constellé de détails aussi doux que justes, Du Silence et des Ombres parvient sans trucs, ni artifices, à embrasser une infinité de thèmes de réflexion. Touche après touche, il décrit le monde qui entoure les enfants, définit sa complexité, lui donne une saveur, une sensation, et sans jamais y apporter de définition précise, parvient a dresser un vaste panorama de ses beautés, lumineuses, mais aussi de ses ombres...

Du Silence et des Ombres est simple, directe, émouvant et fort comme du Capra... Une certaine pureté se dégage du film de Robert Mulligan, il parle des choses sans les nommer, et parvient à les faire ressentir directement par le spectateur. La force évocatrice du Silence et des Ombres est puissante, précise et efficace. Elle amène le spectateur à redécouvrir ce qui l'entoure avec un nouveau regard (celui, oublié, de son enfance), et petit à petit dessine ce vers quoi il tend (en théorie), et ce qu'il à perdu : l'humanisme !

La rédaction a été "sabrée" par l'efficacité, la beauté et la simplicité du Silence et des Ombres. Nous y avons trouvé tout ce que nous attendons d'un film. De l'intelligence à l'émotion, de sa forme (pourtant simple) à son fond, de ses thèmes sociaux à sa poésie, de ses idéaux à ses critiques : Du Silence et des Ombres a été un formidable moment d'abandon, superbement récompensé. Bien sûr qu'on s'exalte un peu... 8 aurait été plus "raisonnable", mais nous aimerions tant vous le faire découvrir... !


Procurez-vous Du Silence et des Ombres ou d'autres films de Robert Mulligan ou avec Gregory Peck ou Robert Duvall

L'Hôtel de la Plage (Michel Lang, 1978)


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Bretagne, Finistère, Locquirec, Hôtel de la Plage... Comme chaque été dans ce joli coin de la Bretagne, les habitués viennent passer leurs vacances, en quête de détente, de rencontres, d' "aventure"s pour les plus vieux, ou d'un premier amour pour les plus jeunes...

Submergé sous Un Eté de Porcelaine de Mort Shuman, L'Hôtel de la Plage divise la rédaction de Doorama... Après avoir, bien entendu, remis le film dans son contexte (et Wikipedia nous informe qu'il se place 10ème au box office cette année là !), on découvre un film aussi agaçant qu'agréable à regarder.

Film choral sur la petite vie dans un hôtel d'une charmante station balnéaire, L'Hôtel de la Plage ne brille pas par ses qualités cinématographiques ou sa force narrative. Simple succession de petites scénettes où adultes, adolescents et enfants se confrontent à l'Amour, on suit cette galerie de personnages un peu passivement, sans but, un peu comme un Plus Belle La Vie qui peut indifféremment durer 5 minutes ou 2 heures. Autant dire que dans le genre "on a rien à vous raconter, juste à vous montrer", il n'est pas difficile de trouver plus réussi. Infidélités, premiers amours, premiers émois, français moyens, vacances en familles, plages, parties de pêche, concours local de chansons, coquillages et crustacés... L'Hôtel de la Plage accumule les cartes postales, sans grand talent, ni but, sinon que de simplement évoquer.

Mais à force de "rien" où d'anodin, sa vision, aujourd'hui, dégage un très agréable petit parfum de madeleine ! En moyenne, la rédaction de Doorama avait 8 ans à la sortie du film, et comme les personnages du film, passait elle aussi leurs vacances en famille et en Bretagne. Et c'est bien là que l'Hôtel de la Plage trouve un supplément de vie : dans son regard simple, quasi documentaire, sur le quotidien des vacanciers 70's. Détail après détail, Michel Lang parvient à nous rappeler, tel des instantanés, des sensation de ces années là, très claires, attachantes et fortes. Mais si le charme fonctionne bel et bien aujourd'hui, plus de 30 ans plus tard, et que l'Hôtel de la Plage parvient à séduire grandement par la nostalgie qu'il dégage, on se demande quand même quel intérêt il pouvait bien avoir lors de sa sortie. Insignifiant hier, selon nous, il apparaît tout à fait attachant aujourd'hui, pourvu qu'on l'aborde comme un témoignage tendre de ces années là.

S'il contenait un but, une direction, ou une réelle intention de son auteur (ce dont nous doutons), s'il démontrait une finesse psychologique plus apte à représenter son époque, nous le rapprocherions volontiers des Galettes de Pont-Aven, ou même du Chaud Lapin de Pascal Thomas, pour le ranger dans la catégorie des chroniques attachantes, douces et tendres. Mais au lieu de cela l'Hôtel de la Plage trouble le spectateur en le confrontant à une dimension affective et nostalgique palpable et, dans un même temps, en lui donnant l'impression de consommer passivement du AB production... Un petit mystère donc qui réveille bien des souvenirs, et même un certain plaisir, alors que son ambition initiale et sa simplicité semblait le condamner à l'anecdotique et à l'oubli, tant il ne devait vivre que le temps d'un été...

L'Hôtel de la Plage se regarde comme une photo à peine réussie, mais que l'on ne veut pas jeter. Un film aussi peu indispensable qu'il peut se révéler (très) attachant, mais qui l'air de rien, en dit cependant long sur les moeurs et la France en K-way de l'époque ! A voir avec l'oeil de l'anthropologue plutôt que celui du cinéphile...

Procurez-vous L'Hôtel de la Plage ou d'autres films de Michel Lang ou avec Guy MarchandDaniel Ceccaldi, ou Anne Parillaud

Festen (Thomas Vinterberg, 1998)


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A l'occasion du soixantième anniversaire du chef de famille, toute la fratrie est réunie pour fêter cet évènement. Mais lors du repas, Christian, l'un des enfants, encore affligé par le décès de sa soeur, va faire un discours qui va mettre à jour un terribles secret de famille.

Festen est un enfant du Dogme 95 (une sorte de charte de réalisation des films, élaborée par Lars Von Triers et Thomas Vinterberg, destinée à fuir l'artificiel et se rapprocher d'une certaine essence cinématographique : voir wiki), et figure comme l'une de ses plus belles réussites.

Cette fête de famille est bien loin de la douce quiétude des Gens De Dublin, sa chaleur initiale cède bien vite le pas aux effusions et à la violence émotionnelle. La divulgation d'un lourd secret familial, va faire exploser la famille unie, va exposer la nature de chacun et révéler des souffrances des années retenues : la fête de Festen n'est pas un anniversaire, mais plutôt un accouchement... et dans la douleur ! Comme le Dogme qui l'encadre, Festen est une destruction des apparences et du factice, une attaque en règle du déni de réalité. Ses premières images laissent immédiatement apparaître les imperfections du verni familial, le spectateur est vite sceptique quand à la belle unité familiale et c'est presque sans surprise qu'il assistera à ce qu'il pressentait : "il y a quelque chose de pourri dans le Royaume du Danemark".

L'image saturée et les cadrages tremblants du Dogme, ses scènes "inutiles" au premier abord, peuvent irriter le spectateur, mais sa fonction première de revenir à l'essentiel, au vrai, donne une force et une puissante rare  à Festen. Puisque tout doit être "vrai" aux yeux du Dogme, le spectateur qui acceptera sa forme technique et narrative, se retrouve immergé au plus proche des personnages, comme faisant lui même partie de cette fratrie. La douloureuse accusation de Christian contre son père résonne alors pour le spectateur comme un choc d'une violence rare. Festen frappe fort ! La famille dans laquelle Vinterberg vous intègre vous blessera aussi profondément qu'elle vous choquera. Racisme (terrible scène de la chanson), bêtise, auto-satisfaction, mensonges, vérités refoulées, complicité passive, inceste : Festen par la force de son histoire vous fait toucher ce que chacun exècre dans la "vraie vie", et par son procédé cinématographique rend l'expérience encore plus dérangeante, voire insupportable, en augmentant au maximum la proximité avec ces "réjouissances".

Festen est un blessure infectée qui laisse échapper son pus. Sa violence psychologique et l'hystérie dans laquelle elle s'exprime ébranle le spectateur, l'obligeant à assister en direct à un drame qu'il préférerait sans doute, comme les membres de la famille, ne pas voir en face. C'est même véritablement à un combat, entre un fils et son père, que Vinterberg nous invite. Festen révèle des souffrances immenses, irréparables, les partage avec vous d'une manière particulièrement percutante, puis vous affuble du rôle de chirurgien pour effectuer une amputation douloureuse mais inévitable. Brut et intense, parcouru parfois de quelques traits d'humour grotesques, Festen est une expérience de cinéma forte, pure et très stimulante (proche de l’extrême et de l'expérimental pour certains).

Le Dogme a fait son temps (et c'est tant mieux), il laisse derrière lui quelques perles, dont Festen fait partie, ou bien encore Les Idiots de Von Trier. Que l'on aime ou non ce cinéma "épidermique" (à l'image des réactions qu'il inspire), le Dogme 95 aura au moins permis de soulever une intéressante réflexion sur "l'objet film" et favorisé un langage cinématographique dont nous sommes, ici à la rédaction, particulièrement fans.
Festen vous emportera (loin !), vous ennuiera ou vous irritera, mais il ne vous laissera certainement pas indifférent.


Procurez-vous Festen ou d'autres films de Thomas Vinterberg

To Rome With Love (Woody Allen, 2012)


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A Rome, la vie de plusieurs individus va subitement s'animer, comme influencée par l'énergie de la ville éternelle : des couples se font et se défont, d'anodines rencontres deviennent magiques...

Après Vicky Cristina Barcelona puis Minuit à Paris, c'est au tour de Rome d’accueillir les problèmes, désirs, rêves et et espérances des personnages de Woody Allen. Une rencontre inter-parentale qui vire à l'opéra d'avant garde, une actrice bourreau des coeurs, une gloire soudaine et un couple au départ contrarié forment les quatre histoires principales (et savoureuses) qui animent l'effervescente ville.

Timide à l'allumage, To Rome With Love installe finalement ses nombreux personnages pour un marathon touristique de près de deux heures. A grand coup de "magie" (Allen nous avait déjà fait le coup maintes fois, et en mieux pour Paris) et de scénettes souvent drôles (l'opéra aquatique est un grand moment !), la galerie de personnage prend vie et l'écriture et le style de Woody Allen dégage son charme et son élégante légèreté... mais pas toujours !

To Rome With Love est un Woody Allen "pur jus" : léger et drôle (et donc très loin du très noir, et génial Match Point !). Certes traversé de personnages truculents, touchants, maladroits et névrosés, le film est hélas entravé d'automatismes irritants et paresseux. "Allen fait du Allen", et le roi du cocktail fait sa recette star : "1 doigt de ville européenne, 1 doigt de film choral, 1 doigt d'humour, 1 doigt d'observation bien senti, 1 filet de magie et son indispensable zeste de légèreté". Le maestro ne rate certes jamais sa recette (quoi que...), mais il faut reconnaitre qu'il y a des jours avec... et des jours "moins avec" ! To Rome With Love est de ces derniers. La recette est connue, mais la surprise n'est plus là, le rythme artificiel et l'ensemble ne séduit plus autant.

Indéniablement, To Rome With Love possède ses moments de grâce, de justesse et de drôlerie, on retrouve avec plaisir les obsessions du réalisateurs et le casting est tout à fait plaisant. Mais To Rome With Love est aussi un Woody Allen en mode pilotage automatique, une redite qui peine un peu à nous emporter, qui tarde à trouver son rythme de croisière, et qui tarderait presque aussi à s'arrêter. Loin d'être mécontents de sa vision, nous sommes cependant déçus de ne pas avoir eu droit au niveau habituel, nous avons connu Woody Allen mieux inspiré, plus appliqué et finalement avec bien plus de choses à nous raconter.
Rome ne l'aura pas autant inspiré que Paris, ou bien est-ce la chaleur... qui sait ?


Procurez-vous d'autres films de Woody Allen ou avec Alec Baldwin, Penelope Cruz, Roberto Benigni ou Ellen Page

Les Gens de Dublin (The Dead, John Huston, 1987)


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Un réveillon à Dublin, en 1904, est l'occasion pour les convives de partager récits, chansons et poésies, mais aussi d'évoquer les choses du quotidien, de demain mais aussi du passé.

Nos fidèles lecteurs auront remarqué notre attrait naturel vers des films qui allient ce que nous aimons à appeler le Cinéma (grand C) avec une dose de divertissement, plutôt que vers ceux estampillés d'Auteur ou dits "exigeants". Mais à coté de notre appétit pour la série B, le Bis, le blockbuster de qualité ou même le cinéma Pop-Corn, ils auront aussi remarqué notre soif, jamais étanchée, de jouir de nos classiques et de voire du Beau, du Vrai, du Grand Cinéma. C'est cette soif qui nous à guidé vers Les Gens de Dublin... Amateurs de thrillers, de violence âpre, de blagues potaches et de bastons musclées : passez votre chemin !

Pour son dernier film, John Huston (Le Faucon Maltais, Quand La Ville Dort, Les Misfits ou L'Honneur des Prizzis) porte à l'image une nouvelle de James Joyce (immense poète irlandais me dit Wiki...) : The Dead. 1h23 en compagnie de la belle société irlandaise du début du siècle, par une froide et neigeuse soirée d'hiver, à partager musique, chants, poésie, avis sur l'opéra et anecdotes sur les gens qu'ils connaissent. Les Gens de Dublin nous convie à cette soirée aimable et chaleureuse, ponctuée de moments d'émotion et de souvenirs, et nous invite dans ce cercle intime.

Sous des apparences que certains trouveront bavardes et ennuyeuses, se construit pourtant une puissante évocation de la Vie elle-même. John Huston, dans une mise en scène d'une incroyable fluidité et sobriété, dessine derrière une soirée anodine toute la complexité de notre rapport à la vie. Au travers de la nostalgie véhiculée dans une chanson, d'un poème sur l'amour perdu, d'un chanteur d'opéra presque inconnu mais jamais oublié ou encore du souvenir d'un disparu, John Huston fait émerger une réflexion qui submerge et emporte le spectateur vers une nostalgie à la fois douce et amère, vers une prise de conscience de combien les petites choses sont importantes et pourtant fugaces et éphémères, destinées à disparaître, comme nous tous.

Avec la patience et l'application d'un grand maître sur sa toile, Huston fait apparaître progressivement une foule de détails qui finissent par occulter, par leur sens, le sujet principal. A la manière d'un scientifique, il explique l'infiniment grand par l'infiniment petit. En immense cinéaste qu'il fût, John Huston livre en guise d'oeuvre posthume un chef d'oeuvre dont la portée poétique et émotionnelle est vertigineuse. La mise en scène de Huston laisse admiratif, la capacité des Gens de Dublin à attraper le temps qui passe, et à rattraper ce qu'il a emporté, est un tour de force qui touche à la magie !

Au risque de perdre nos lecteurs les plus fins devant la déception que peut engendrer ce qui va suivre, nous l'avouons sans honte : le Rédaction de Doorama s'est presque "ennuyée à mourir" lors de la projection des Gens de Dublin. Mais telle une bombe à retardement, le tic-tac des Gens de Dublin (1h23 de tic-tac, ça nous a paru long...) à laissé place, ensuite, à une détonation assourdissante, nous laissant finalement abasourdis devant tant de maîtrise et de finesse si humblement exposées...
"Le plus important, c'est pas la chute..."  vous connaissez la suite !


Procurez-vous Les Gens de Dublin, de John Huston ou avec Angelica Huston

Carnets de Voyage (Walter Salles, 2003)


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En 1952, Ernesto Guevara, que l'histoire retiendra sous le nom du "Che", et Alberto Granado partent pour un long voyage à travers toute l'Amérique Latine sur leur vieille moto. Ils en seront changés à jamais.

Walter Salles (La Cité de Dieu) porte à l'écran le journal de voyage de Che Guevara, avant que celui-ci ne devienne le leader révolutionnaire que l'on connait. Ce n'est donc pas "la légende" mais bien "la légende : les origines" qui est ici qui magnifiquement évoqué par le biais de ce voyage initiatique.

Le Voyage (le vrai), voilà le véritable thème de Carnets de Voyages. Que ce soit d'un point géographique à un autre, avec toute l'expérience humaines et l'enrichissement qui en découle, ou bien par l'évocation de ce qui décidera un jeune médecin à prendre par la suite les armes, Walter Salles jalonne ce parcours d'autant de rencontres et de prises de conscience qui construisent un homme et peuvent à jamais en changer la destinée.

Se cachent dans le film de Walter Salles de puissants moments d'humanité, ainsi que de formidables leçons que la vie distribue à ceux qui veulent bien les voir. Avec une mise en scène épurée, limpide et solide, Walter Salles concentre et réussit à partager une émotion folle. Il parvient à évoquer, en 2h superbement gérées, la force du Voyage et la construction d'un homme (et par le moindre), au travers de personnages simples et de situations sociales toujours abordés avec finesse.

Visuellement splendide (les paysages sont le troisième acteur magique du film !), parfaitement dépaysant et incroyablement riche par les thèmes qu'il aborde, Carnets de Voyage est un voyage initiatique (pour le Che comme pour le spectateur) qui enthousiasme et mène à la réflexion. Et qu'il s'agisse d'un morceau de vie du "Che" ou non, ne change rien à la force du film, celui-ci tire sa beauté de la simplicité des choses de la vie, et de la manière qu'elle a de nous interpeler. Simple, subtil et imparable.

Procurez-vous Carnets de Voyages ou d'autres films de Walter Salles

Les Galettes de Pont-Aven (Joël Séria, 1975)


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Un représentant de commerce en parapluie, et peintre amateur à ses heures, écume l'ouest de la France, et ne renie pas quelques incarnates amoureuses à son mariage étouffant. Lorsqu'il se lie d'amitié avec émile, il fait la connaissance de d'Angéla, il va pour elle tout plaquer et se consacrer à la peinture.

"Ah ce cul !". Si Les Galettes de Pont-Aven n'ont pas marqué le cinéma Français (à juste titre), son ton léger et libertaire lui confère pourtant aujourd'hui une saveur toute particulière. Chronique attachante et grivoise d'un VRP dans la France profonde des 70's (proche de celle de Pays de Cocagne), Les galettes de Pont-Aven dégage autant d'authenticité et de simplicité qu'il  pourrait sembler "inutile" au premier abord.

En effet, caché derrière ses apparences modestes de petite comédie cochonne, se tient en fait une véritable ode à la vie, un film qui traite du bonheur simple ("Ah ce cul !"), et dissimule derrière des dialogues crus et efficaces une grande poésie.

Tout cela repose sur un Jean-Pierre Marielle absolument inoubliable et tellement parfait en monsieur tout le monde, dans la bouche duquel nombre de lignes de dialogues prennent puissamment vie et font irrémédiablement mouche ("Henri Serin, comme un serin" ou "Si tu la voyais cette conne, elle sait même pas ce que c'est qu'une bite !" en parlant de sa femme...). On pense alors au cinéma de Blier et on se surprend à regretter un certain cinéma, parfois maladroit, mais bien "vivant" et spontané.

Petit rien dans le 7ème art, devenu culte pour beaucoup, Les Galettes de Pont-Aven est une madeleine de Proust qui se range avec Les Valseuses, Le Chaud Lapin (de Pascal Thomas) ou Pauline à La Plage. Il croque le quotidien de son époque et refuse à tout prix le spectacle et l'artificiel, en héritier de la libération sexuelle et de La Société de Consommation, il s'attache à l'individu et à ses aspirations, simples, légitimes et profondes. Il y a de ces choses insignifiantes auxquelles on pense encore des années plus tard, Les Galettes de Pont-Aven en sont une bel exemple en conservant jalousement une recette aujourd'hui perdue, en dégageant une saveur exquise que seul Jean-pierre Marielle pourrait résumer : "Tu sens la pisse toi, pas la bigotte !".   

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La Famille Tenenbaum (The Royal Tenenbaum, Wes Anderson, 2001)


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Royal et Etheline Tenenbaum sont les parents de 3 enfants destinés à réussir,  mais leur couple ne l'est pas : ils se séparent. 20 ans plus tard Royal Tenenbaum décide de reformer les liens avec la famille maintenant élargie...

Poseur, intellectuel et bobo peuvent caractériser le cinéma de Wes Anderson, et ces reprochent sont fondés. Mais qu'il serait dommage de s'arrêter là ! Pourquoi ne pas plutôt assimiler ces critiques à une forme d'autisme pour Wes Anderson ? (et avouez que ca ne serait pas bien joli de critiquer un autiste...!).

Wes Anderson (le sublime Fantastic Mister Fox et A Bord du Darjeeling Limited) est un obsessionnel maladif du petit détail et un grand compulsif de ce qu'on pourrait appeler l'hyper-cadrage. Avec son langage à lui, il transforme cette chronique familiale (judicieusement ancrée dans les 70's) en portrait décalé et incroyablement délicat. Il surcharge de détails (scénaristiques comme visuels) son évocation de cette famille "décomposée", et au travers d'un enchaînement de petites scènettes au ton maniéré, élabore une impressionnante galerie de miniatures tantôt amères, touchantes, drôles, justes, absurde, mais toujours décalées et sensibles.

La Famille Tenenbaum est un film aussi drôle qu'attachant. Anderson semble prendre plaisir à transformer la réalité du monde des adultes en petits décors de théâtre enfantins à l'allure presque statique. Il travestit la réalité en fantaisie subtile, gorgée et saturée de détails que seul un enfant pourrait imaginer. Un casting royal, une bande son douce et nostalgique (Nico, Nick drake) et cet art de donner au réel une (fausse) allure artificielle, transforme cette chronique familiale en un véritable album photo, dont chacune d'elle raconte toute une histoire.

Si Wes Anderson ne cesse effectivement depuis le début de sa carrière de revisiter son style et son univers si particulier, il ne cesse cependant pas, faute d'en changer les codes et l'apparence, d'en enrichir la profondeur (contrairement à l'affreux Tim Burton, sclérosé dans son univers). La Famille Tenenbaum, 10 ans après sa sortie, demeure un ovni cinématographique et reste un joyaux de richesse, de douceur et de délicatesse.

Pourquoi doorama se gorge t'il autant sur le "branchouille" Wes Anderson ? Il suffit de sisionner la scène des retrouvailles entre Gwyneth Paltrow et son frère ancien tennisman, ou bien de voir comment ses 10 premières minutes (enchainement de souvenir d'enfance) sont ensuite réinjectées et réutilisées tout au long de ce qui suivra. Lors de sa sortie, la rédaction était restée tiède devant les Tenenbaum, aujourd'hui nous crions à la perfection !

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L'hôpital (The Hospital, Arthur Hiller 1971)


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Le docteur Herbert Bock, au bord de la dépression, gère au mieux son hôpital dans lequel se succède une inquiétante série d'erreurs, dont certaines s'avèreront mortelles. Il s'éprend de la fille d'un patient dont le père dans le coma n'est peut être pas étranger aux derniers incidents.

Le film le plus connu de Arthur Hiller est sans doute Love Story, mais faute d'identifier clairement le style de ce réalisateur dans the Hospital, on se contentera de suivre ici une curieuse intrigue amoureuse sur fond d'erreurs médicales.

Nous sommes bien loin d'Urgences, mais on retrouve dans L'Hôpital ce quotidien des médecins, ici traité d'une manière très particulière. The Hospital semble hésiter en permanence entre plusieurs genres, passant de la comédie acide, au film de moeurs intimiste puis au film d'enquête. Ainsi fractionné en plusieurs facettes, chacune intéressantes, le film ne trouve pas sa cohérence, et on est alors un peu passif, voire captif de ses choix narratifs.

Reste que le ton de The Hospital parvient souvent à séduire profondément. Grâce à un sublime George C. Scott (Patton, le superbe Jour du Dauphin) et à sa passionnante interprétation, The Hospital dégage un certain spleen, une vague sensation de désespoir et/ou d'impuissance qui permet pourtant d'aborder avec une belle sensibilité la difficulté d'un métier aussi dur que beau. On n'oubliera pas bien sûr la belle Diana Rigg dans un superbe personnage particulièrement énigmatique, sorte de créature angélique, dans ce gigantesque bâtiment où l'humain, pourtant au centre de tout, semble bien rare.

Petit film oublié, à juste titre diront certains, nous avons pourtant été séduit malgré sa forme maladroite. Si notre plaisir n'était pas complet, le matériau humain abordé dans son scénario nous a en revanche apporté toute satisfaction. Quand à George C. Scott, nous sommes tombé en admiration devant tant de talent : la rencontre avec Diana Rigg dans son bureau est un superbe moment de cinéma, fort et intime, Vrai !

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Detachment (Tony Kaye, 2011)


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Henry Barthes est professeur-remplaçant dans les lycées. Il est confronté aux difficultés de son métier d'enseignant, à un système éducatif usé ainsi qu'aux souffrances de certains de ses élèves.

Detachment frappe fort ! Entre spleen et désespoir, Tony Kaye (American History X) dresse un portrait noir et sombre du métier d'enseignant. Il en parcours toutes les faiblesses, toutes les difficultés, tous les combats pour en dresser le portrait d'une profession qui serait le dernier enjeux de notre société, son dernier rempart contre ses propres maux.

Si au premier abord Detachment fait mouche par le ton de sa narration, son rythme et sa très belle réalisation (sans compter les nombreux et pertinents sujets qu'il aborde !), il ne parvient pourtant pas remporter l'adhésion du spectateur. 

A grand coups de scénettes clipesques et tendances (caméra épaule, profondeur de champs hyper réduite, passages en animation, flash backs esthétisants...), Tony Kaye surligne les difficultés et le désespoir de ses personnages. Chaque minute met à nu un nouveau problème, qu'il soit social ou humain, chaque nouvelle scène appelle un sombre constat, surchargeant chaque fois davantage le noir tableau. Comme fasciné par les situations qu'il met à nu, Tony Kaye surcharge son propos, et à force de désespoir tombe dans la complaisance.

A la manière d'un Biutiful (lui aussi beau et fort), Detachment pousse trop loin le curseur. Rien n'est omis : océan d'incompréhension, incapacité à communiquer, isolement, suicide, décès, prostitution, échec scolaire, perte de lien, perte des repères, etc... la liste est longue ! Detachment se contente d'accumuler les signaux alarmants, de lister les agressions de la vie quotidienne sans jamais laisser aucun répit.

Alors oui, Detachment est émouvant, remue à l'intérieur... Oui, Detachment est beau et esthétique... Mais son exhibition stylisée et systématique de tous les malheurs du monde, finit par habituer puis insensibiliser le spectateur. Si belles et justes soit les idées véhiculées par Detachment, la réalisation de Tony Kaye peine à trouver son équilibre, manque de contrastes, et par manque de lumière peine à mettre en valeur ses ombres. Quand à son interprète, Adrien Brody (impérial en professeur qui tente de trouver la bonne distance aux choses), il ne fera que renforcer le désespoir excessif de Detachment.

Detachment est un plat raffiné, sa présentation est magnifique, il est absolument délicieux et réussi... mais il est hélas difficile à digérer ! Maintenant que vous êtes prévenu, on vous le recommande.



La Dame De fer (The Iron Lady, Phyllida Lloyd, 2011)


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Evocation du parcours de Margaret Thatcher, première femme à avoir accédé aux fonctions de Premier Ministre dans un pays occidental.

Ce qui frappe avant tout, c'est la bluffante interprétation de Meryl Steep ! Il est sur ce point bien difficile de faire la fine bouche, elle seule porte le film. Ce qui frappe ensuite, c'est la froideur écrasante du film. La Dame de Fer pèse lourdement sur le spectateur !

Bien que le parcours de 'Maggie' soit abordé par flashbacks, par le portrait (presque) touchant de cette femme et de ses relations avec un mari fantôme, La Dame De Fer est long, froid et ennuyeux. Le film déroule sans intensité les étapes qui jalonnent la vie de Thatcher, refusant obstinément d'y porter tout jugement, et ne délivre en fin de course qu'une longue adaptation cinématographique d'un article de Wikipédia ! 
Ce long biopic politique à la réalisation convenue et molle est absolument sans âme, la volonté de sa réalisatrice d'insister sur le femme plus que le personnage n'est pas plus convaincante....

La rédaction de Doorama est par nature peu enclin aux biopics... La Dame De Fer n'est certainement pas le film qui nous réconciliera pas avec ce genre, puisqu'il en possède tout les défauts (intérêt, longueur, absence ou excès de dramatisation, etc...). A sa vision, on repensera avec émotion, par exemple, au récent Discours d'Un Roi, et l'on mesurera le gouffre qui sépare ces deux projets : gouffre narratif, émotionnel et esthétique !
Encore aujourd'hui, Thatcher continue visiblement, à travers ce film, de nous mener la vie dure...

L'exercice de l'état (Pierre Schoeller, 2011)


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Entre rivalités politiques, ambitions personnelles et exigences de la fonction, Bernard Saint-Jean, Ministre des Transports, est un homme au service de l'Etat...

L'Exercice de l'Etat est une incursion chirurgicale dans le monde politique français. Il décrit avec précision et acuité une séquence de la carrière politique d'un ministre et la confronte perpétuellement avec son impact sur l'homme qui la vit.

Fabuleusement incarnés par Olivier Gourmet et Michel Blanc respectivement Ministre et Conseiller, les hommes de L'Exercice de l'Etat se remettent inlassablement en question afin de faire face en combattants aux événements qu'ils subissent.

C'est ce questionnement souvent intérieur et cette violence personnelle et professionnelle permanente que Pierre Schoeller décortique ici. Avec une narration limpide et un sens de l'image et de la mise en scène parfaitement maîtrisé, Pierre Schoeller réussi à dissocier le fond de la forme. Il surexpose (sature presque !) la fonction officielle des hommes, et construit ainsi, en filigrane, par élimination, une seconde lecture plus officieuse de l'impact de la fonction sur l'humain.

L'Exercice de l'Etat, est précis, fin, exigeant... Il dresse une lecture cynique et violente de l'univers politique. Il semble coller davantage à la réalité et à la vérité de ce monde là que ne pouvait le faire Le Président (documentaire peut être 'détourné' par son sujet même...).

L'Exercice de l'Etat dissimule derrière son austérité affichée une importante richesse humaine et cinématographique.

Poulet Aux Prunes (Marjane Satrapi, Vincent Paronnaud) 2011


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Un musicien décide d'attendre la mort dans son lit, ayant perdu le goût de jouer avec la destruction de son instrument. Durant cette attente, il projette ses réflexions sur sa vie et son entourage familial et amoureux.

Après Persepolis, Poulet aux Prunes est une nouvelle adaptation, cette fois-ci en prise de vue réelle, de l'univers dessiné de Marjane Satrapi.

Tel une fable, poétique et facétieuse, Poulet aux Prunes est porté par un Mathieu Amalric incarnant à la perfection son personnage amer et désillusionné.

Une certaine fantaisie se dégage de ce film que l'on regarde avec plaisir, mais cet univers "coloré" se teinte dans son traitement d'une touche à la Amélie Poulain qui vient trahir la patte Satrapi et l'empêche de parachever pleinement sa personnalité propre.

Poulet aux Prunes est souvent touchant, mais n'emporte pas complètement le spectateur avec lui. Il se contente d'aligner les souvenirs et anecdotes de notre pauvre musicien, mais n'injecte le liant que dans lors de son dénouement final. Dommage, car ce révélateur final aurait peut être donné à Poulet aux Prunes une saveur plus authentique s'il avait été mis plus tôt dans la recette, il aurait décuplé ses qualités et évité l'arrière goût cabotin de sa forme.

Mais ne refaisons pas le film et les choix de ses auteurs, Poulet Aux Prunes est imparfait, certes, mais il demeure un film touchant, rafraîchissant, qui se regarde avec un grand plaisir et nous raconte une bien belle histoire.

Rhum Express (2011)


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Un journaliste prends fonction à Porto Rico dans un journal sur le point de fermer. Entre rhum, collègues improbables, un agent immobilier corrompu et sa superbe femme, il devra choisir son positionnement journalistique.

Seconde adaptation de Hunter S. Thompson (journaliste écrivain) avec Johnny Depp, Rhum Express n'est pas sans rappeler Las Vegas Parano, mais le coté drogue et destroy en moins... moins délirant aussi... moins rythmé aussi... moins riche... bref moins réussi et passionnant, avouons-le, que son prédécesseur.

Néanmoins, si l'on oublie la comparaison, Rhum Express trouve son style et ses qualités propre. Une réalisation plutôt soignée, un Johnny Depp en pleine forme (pas la meilleure non plus), quelques scènes "rock'n roll", et une intrigue peuplée de personnages bien typés qui vont parfaitement avec la nonchalance tropicale de Porto Rico.

Rhum Express, s'avère au final plutôt attachant. Il oscille entre folie douce et excitation molle, sans pour autant commettre de fautes de goût majeures. On y prend donc un certain plaisir, et même si les péripéties de ce beautiful loser ne graveront pas à jamais votre mémoire, la ballade n'est pas désagréable.