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La Corde (The Rope - Alfred Hitchcock, 1948)


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Brandon et Philip assassinent David pour le simple fait d’exécuter un crime parfait. Ils organisent une soirée en présence des parents de David, de sa fiancée et de leur Pprofesseur Ruppert Cadell, alors que le corps est encore dans l'appartement, dans le coffre sur lequel est servi le repas. Les deux étudiants sont fiers de leur "prouesse", mais Ruppert devine ce que cache cette terrible soirée...

Enorme hui-clos, gigantesque plan-séquence 83 minutes sans autres coupes que celles pour recharger la pellicule de la caméra, La Corde est autant une pièce de théâtre, pas sa conception même, qu'une impressionnante prouesse technique que seul un immense cinéaste pouvait concevoir avec autant de précision. Immoral et provocateur, La Corde cache le corps dans un coffre, expose ce coffre aux yeux de tous, et exhibe, l'homosexualité de ses personnages... Du grand art, quoi !

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Thérèse Raquin (Marcel Carné, 1953)


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Fille adoptée, en épousant le fils de sa famille d'accueil, Thérèse marquait alors sa reconnaissance, mais son mariage ne lui offre qu'une vie triste et monotone.. Lorsque Camille invite Laurent, un camionneur italien, un amour naît immédiatement . Ils décident de s'enfuir ensemble, mais les choses tournent mal et Laurent tue Camille... La police mènera son enquête et un témoin du crime viendra les faire chanter et mettre leur amour en danger.

Drame sombre et passionnel, adapté du roman de Zola Thérèse Raquin rappelle un peu Les Diaboliques, tourné un an plus tard, avec Simone Signoret encore au centre d'une relation amoureuse meurtrière. Si Thérèse Raquin impose habilement son suspense, il reste cependant loin du fantastique et s'articule autour d'un couple au destin contrarié. Thérèse Raquin, c'est pas Les Enfants du Paradis, mais la tristesse qu'il exprime et l'empathie qu'il fait naître fonctionnent parfaitement.

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La Griffe du Passé (Jacques Tourneur, 1947)


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Jeff Bailey tient un garage. Avec la visite de Joe, l'homme de main de Whit Sterling, son passé va resurgir... Avant Jeff était détective privé. Whit n'a certainement pas oublié que Jeff s'était enfui avec celle qu'il recherchait : Kathie Moffat lui avait alors dérobé une importante somme d'argent... Avec Joe, ce sont les problèmes qui reviennent aussi dans sa vie tranquille.

Le nom de Jacques Tourneur évoque immédiatement  à la rédaction La Féline, dans lequel l'amour qui s'avançait était une malédiction. Dans la Griffe du Passé, la malédiction surgit du pasé de Jeff Bailey, personnifiée par un amour passé avec Kathie Moffat, belle, manipulatrice, mais aussi annonciatrice des pires augures...

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Arsenic et Vieilles Dentelles (Frank Capra, 1944)


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Mortimer Brewster vient juste de marier. Mais lorsqu'il vient annoncer la bonne nouvelle à ses deux tantes, d'adorables vieilles dames adorées de tout le quartier pour leur grandeur d'âme, il découvre qu'une de leurs bonnes actions consiste à tuer de vieux messieurs...

Arsenic Et Vieilles Dentelles est une expérience que l'on peut qualifier d'épuisante ! Frank Capra, en adaptant une pièce de Broadway, signe un monument de la comédie américaine, et enchaîne deux heures durant, les situations les plus folles et les rebondissements les plus rocambolesques, le tout  noyé dans un humour noir, souvent teinté de burlesque. Réalisé à la manière d'un quasi hui-clos (puisque l'action se déroule presque intégralement dans le salon des deux adorables tantes) Arsenic et Vieilles Dentelles est un modèle du genre.

En plus de son scénario en or, le plus gros atout de Arsenic et Vieilles Dentelles est, bien entendu, un Cary Grant plus drôle que jamais, qui saute, virevolte, grimace et en fait des tonnes ! Au milieu des péripéties qu'il traverse, son personnage dérive lentement de la légère fébrilité (le mariage...) vers une frénésie nerveuse, proche de la folie qui semble habiter toute la famille Brewster... Cadavres cachés, invités surprises, vin empoisonné, frère meurtrier-psychopathe, cave transformée en cimetière, jeune épouse à combler et un Président Roosevelt qui joue du clairon et sonne la charge dans l'escalier, ne sont que quelques unes des irrésistibles, et souvent hilarantes, situations qu'il doit affronter.

En dépit de son aspect très théâtrale, Frank Capra insuffle une vitalité sans faille à sa mise en scène (la séquence dans le salon du transport de Mr. Hopkins, dans une quasi obscurité, est tout simplement "lumineuse"...). Perpétuellement balayée par un vent de folie, Arsenic Et Vieille Dentelles parvient à maintenir un rythme constant en empilant les situations comiques et en les faisant s'entrechoquer dans un humour aussi noir que débridé ! Du bonheur, rien que du bonheur...

Véritable concentré d'humour, Arsenic Et Vieille Dentelles est, pour la rédaction de Doorama, l'une des comédies américaines les plus drôles jamais réalisées. En compilant nos souvenirs, nous avons bien du mal à trouver un autre titre qui propose aussi intensément et efficacement son génie comique, et ce sans jamais faiblir, durant près de deux heure : on vous le dit, c'en est presque épuisant ! Du haut de ses (presque) 70 printemps,  Arsenic Et Vieille Dentelles tient plus qu'aisément la "dragée haute" devant nombre de ses compétitrices. Un modèle, un incontournable jalon de la comédie américaine : un chef d'oeuvre, ni plus, ni moins.

Procurez-vous Arsenic et Vieilles Dentelles ou d'autres films de Frank Capra ou avec Cary GrantPeter Lorre 

Le Voyeur (Peeping Tom, Michael Powell, 1960)


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Un opérateur cameraman commet des crimes qu'il filme à l'aide de sa petite caméra. Ce qui pousse Mark à coucher ses crimes sur la pellicule tient bien plus de l'obsession et du voyeurisme que de la pulsion sadique. Mark à besoin d'observer, de voir et sentir la peur de ses victimes...

On pense bien sûr à Alfred Hitchcock, à Psychose ou Fenêtre sur Cour, à cause des thème de Peeping Tom ou de sa construction basée sur le point de vue du tueur. Mais contrairement aux films du maître, Peeping Tom ne recherche pas le suspense, et c'est bien à une réflexion sur le cinéma, et sur le pouvoir de fascination de ses images, que Michael Powell nous convie.

Filmer la mort de ses victimes n'est pas suffisant pour Mark, il doit la leur montrer et capter dans son objectif la peur que celle-ci leur inspire, seule manière pour lui de satisfaire ses désirs. Je te filme en train de te voir filmé, et le spectateur regarde un homme qui filme une actrice devenue spectatrice de sa propre mort ! Michael Powell décortique le rapport entre le spectateur et l'image, entre ce qui est filmé et celui qui voit, et le met en perspective avec les obsessions de son propre personnage. Il interroge le spectateur sur son rôle, ses désirs et sur le sens des images. Puissante mise en abîme du film dans le film, passionnante approche sur la réalité des images, sur leur pouvoir, et sur l'appropriation/l'interprétation que le spectateur en fait. Peeping Tom est un bouillonement thématique d'une densité rare sur notre regard et sur le cinéma lui même : sur ce qu'il montre et ce qu'il ne ne montre pas... sur ce que l'on voit et l'interprètation que l'on s'en fait.

Formidablement, immanquablement, Michael Powell invite la sexualité à cette fusion des points de vue (devant/derrière l'objectif, point de vue du spectateur/réalisateur, caché/visible...). La caméra de Mark est sexuelle et phallique, le plaisir se revit seul dans sa chambre, se partage difficilement,, son désir s'exprime en levant sa caméra, son excitation n'est pas dans l'acte lui-même mais dans la représentation qu'il s'en fait, dans son fantasme de la réalité. Erection, masturbation, fantasmes, désirs et plaisirs constellent le film, à l'image de ce pied de caméra mortel qui monte doucement vers la gorge des victimes... Ce rapport sensuel, et sexuel, à la perception de l'image confère à The Peeping Tom sa puissance thématique, soulevant derrière les images que nous fabriquons ou consommons, la question de nos perversions cachées ou non... (et ne parlons pas du rôle qu'a pris l'image dans notre société, omniprésente et intime...)

L'horreur dont il est question dans The Peeping Tom s'exprime à l'image dans une mise en image magnifique, colorée, éclairée de couleurs primaires, traversée des rouges-verts-bleus de la lumière. Ces images presque artificielles, tel un décor de cinéma par leur élégante esthétique, renforcent notre réflexion sur ce que nous  nous regardons. A l'aide de sa mise en scène colorée et de ses images inventées, Michael Powell nous interroge sur notre vision des choses et nous renvoie à notre responsabilité et à nos pulsions : le spectateur prend plaisir à regarder un homme qui tue par plaisir ! Quel est le plus pervers ?  

Superbe, intelligent, inquiétant, voire dérangeant, Le Voyeur est un film fort sur ce rapport secret que nous entretenons entre les images, nos désirs et notre plaisir. Il oblige le spectateur à se pencher sur son coté sombre (génialement incarné dans le film par Carl Boehm) en l'invitant à une terrifiante histoire où la limite, floue, ténue, qui sépare le plaisir du tueur de la perversion du spectateur fascine autant qu'elle effraie. L'oeil, le sexe et l'imaginaire : un cocktail aux variations infinies que Peeping Tom agite, caresse, déshabille et orne d'attributs symboliques forts. Du grand cinéma, c'est sûr !

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L'Ombre Du Mal (The Raven, James McTeigue, 2012)


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Edgar Alan Poe, malgré ses succès littéraires, a de plus en plus de mal à être publié. C'est alors qu'une série de meurtres s'inspirant de ses oeuvres est commise à Baltimore. Edgar Allan Poe devra même prendre part à l'enquête policière lorsque le tueur kidnappe celle qu'il aime. Le tueur engage alors un jeu de piste machiavélique avec avec Poe.

Cette Ombre du Mal nous vient du réalisateur de l'intéressant V Pour Vendetta. Campé au milieu du 19ème siècle, cette histoire reprend les motifs de jeu de piste sur fond d'indices morbides, à la Seven, et transforme l'écrivain poète en enquêteur criminel, combattant sa propre création.

Curieuse et intrigante idée de scénariste que de transformer des personnages historiques en héros de cinéma ! (Nous découvrirons prochainement Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires, dans le même ordre d'idée). L'Ombre du Mal se nourrit donc d'éléments de l'univers de Poe et les assemble autour de (contre) son auteur. James McTeigue appelle pour l'occasion John Cusack pour transformer le poète en détective acharné, torturé par son oeuvre. Cette idée amusante ne dépassera hélas pas le stade du "prétexte", puisque l'écrivain n'apportera strictement rien à l'enquête, ne servant que de simple alibi aux choix littéraires des scénaristes. Néanmoins, L'Ombre Du Mal constituera au moins un agréable film en costume dont l'esthétique soignée n'est pas sans rappeler certains climats victorien de la Hammer ou le récent Sherlock Holmes 2, mais en plus convainquant.

Enquête un peu glauque, certes jolie dans sa forme, L'Ombre du Mal n'apportera rien d'autre que du déjà vu, qu'une enquête aux ressorts un peu rouillés au scénario peu imaginatif. Sa conclusion à la limite du bâclé achèvera de nous convaincre non pas du formidable potentiel fantastique de l'oeuvre de Poe (le fallait t'il ? le cinéma regorge déjà de maintes adaptations...) mais du terrifiant manque de courage et d'imagination de son scénario ! Comme La Ligue Des Gentlemen Extraordinaires (qu'est ce qu'on ne l'aime pas celui-là à la rédaction !) qui cherchait à compiler plusieurs univers dans un gigantesque défouloir, L'Ombre Du Mal puise son inspiration dans les classique et tente d'en faire un divertissement aussi familier que riche. Hélas...

L'Ombre du Mal tient davantage du pillage intellectuel que du divertissement. Il tente vainement de trouver le petit plus qui transformera ses objectifs mercantiles en véritable divertissement de qualité, mais son pseudo alibi culturel fait d'emprunts littéraires n'arrive pas à cacher sa mécanique usée et bien trop familière. Dans l'absolu, L'Ombre du Mal n'est pas complètement raté, mais on se dit après sa vision que ses auteurs ont essayé de nous faire prendre des vessie pour des lanternes... C'est limite. La seule ombre que ces lanternes laissent entrevoir, c'est la vague ombre d'une bonne idée, c'est tout.

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Twixt (Francis Ford Coppola, 2012)


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Un écrivain sur le déclin fait la promotion de son livre dans une petite ville ou vient d'avoir lieu le meurtre d'une jeune fille. Les étranges rêves qu'il se met à faire lui apporteront l'inspiration qui lui manquait et le mèneront vers la clé du meurtre.

Retour au fantastique de son début de carrière pour l'un des maîtres du cinéma (Le Parrain, Apocalypse Now), avec cette histoire sur la création artistique, entre rêves, enquête, poésie et vampirisme... Coppola surprend et déconcerte, alternant dans Twixt le meilleur comme le pire, touchant de fulgurants moments de cinéma par instants, et flirtant avec l'indigence d'une adaptation de Stephen King à d'autres. Quoi qu'il on soit, on n'ose imaginer ce qu'un autre aurait pu livrer comme abomination cinématographique, là ou Coppola ne nous laisse pas indifférent !

A l'affiche, Val Kilmer et Elle Fanning. Le premier, médiocre au possible, incarnera pourtant à merveille cet écrivain has-been et fatigué (une seconde nature pour Val ?), la seconde est décidément parfaitement bluffante et envoûtante.... Coppola construit autour de ces deux là une forêt de thèmes (la blessure personnelle, la création artistique, un meurtre fantastique...) qu'il entremêle dans un monde onirique et fantasmatique ou l'écrivain mènera même son enquête avec Edgar Allan Poe lui même ! Film d'un cinéaste sur la création, Twixt apparait pourtant bien hésitant quand à son objectif (comme la création elle même ?). Il assemble ses scènes et crée son imagerie avec une facilité évidente, presque insultante, mais coincé entre sa maîtrise technique et la facilité de ses éléments fantastiques, Twixt laisse perplexe. Trop basique ? ou au contraire saturé d'interprétations ? 

On s'étonne donc de la "simplicité" de Twixt on savoure pourtant sa liberté narrative. On (re)découvre un Coppola qui semble avoir voulu se faire plaisir et, comme Scorcese avec son Hugo Cabret (une scène pourra même les rapprocher) l'ami Francis semble faire une révérence polie et sincère, par le cinéma de genre de ses début, à la Machine à Rêve Cinéma, comme ca... juste pour le plaisir.

De loin, Twixt est un petit film fantastique un peu mal foutu, presque prétentieux. Mais à mieux y regarder on y discerne une oeuvre très personnelle, très libre aussi. Coppola propose un film parsemé de visions fortes et de fulgurances : l'univers onirique monochrome éclaboussé de rares couleurs est tout à fait réussi, envoutant, et les 2 premières minutes d'exposition de Twixt valent à elles seules la vision du film (une leçon de cinéma). Oeuvre riche d'un cinéaste incontournable, Twixt ressemble à un plaisir solitaire de son auteur, il tutoie parfois l'extase, puis baisse subitement d'intensité. Quant au spectateur, tantôt excité par un spectacle ambitieux, tantôt blasé par sa banalité, son plaisir ne sera pas pleinement satisfait.

Twixt est un bien curieux Coppola, à la fois magnifique et puissant, mais aussi difforme et faiblard... C'est maléfique !


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Les Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1954)


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Dans un pensionnat, une directrice se rapproche de la maîtresse de son mari, le haïssant toute deux, elle décident de le supprimer. Mais leur plan diabolique n'avaient pas prévu la disparition du corps, et encore moins ce qui suivra !

Véritable travail d'orfèvre habité par un quatuor d'acteurs impeccables (Simone Signoret et Charles Vanel [véritable fantôme diabolique]- en tête !), Les Diabolique est un "film jalon", une partition exécutée de main de maître par un immense Henri-Georges Clouzot.

Dosage idéal de suspense, de mystère et de tension, Les Diaboliques installe sans artifices un climat pesant, à l'image de sa pension en décrépitude, chacun de ses quatre personnages témoignera de part sombre. Clouzot bouleverse tous les codes, remplaçant le traditionnel trio  mari-maîtresse assassins de l'épouse par épouse-maitresse contre le mari (installant ainsi une relation inédite, immorale...), et faisant évoluer son intrigue du complot, vers l'enquête inversée (et en cela, on pourrait faire des Diaboliques un excellent Colombo :-) puis vers le fantastique (mais respectons l'encart final du film indiquant : "Ne soyez pas DIABOLIQUES ! Ne racontez pas la fin !", et n'en disons donc pas plus.).

Le final des Diaboliques apparaitra peut être trop vite aux amateurs de thrillers US aux twists échevelés (qui pour beaucoup doivent leur inspiration à des oeuvres comme celle-ci), mais pour peu qu'on ne le devine pas (ou qu'on l'oublie), la mécanique de Clouzot, absolument diabolique d'efficacité et de maîtrise, ne laissera aucun répit au spectateur jusqu'à sa terrifiante scène de clôture.

Parfaitement positionné entre le film noir dense, le suspense hitchcockien et le thriller fantastique, Les Diaboliques surprend par la faculté qu'il a de passer les années en conservant intacte toute son efficacité. Sa réalisation et son rythme fluide laissent se développer un climat oppressant, sans jamais forcer le pas ou user d'effets (à l'exception de la scène de la morgue ou le temps suspend son vol et nous notre souffle à l'idée de connaître la vérité...). Sa finesse et sa richesse renvoie bien des thrillers actuels à l'époque du sérial !
Un scénario en béton au service d'une intrigue passionnante et toujours zéro rides pour ce petit chef-d'oeuvre de virtuosité, d'intelligence et de plaisir : tous simplement diabolique ! (il fallait bien le placer...)

SPOILER (cliquez pour afficher) : On peut se demander si Charles Vanel n'est finalement pas le seul "véritable" fantôme de l'histoire, tant ses apparitions le sont aussi (La morgue, la nuit dans la chambre et son apparition finale).  
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On The Ice (Andrew Okpeaha MacLean, 2011)


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Dans la petite ville d'Alaska où vivent Qalli, James et Aivaaq, il y a peu de choses à faire et la vie s'écoule doucement. Lors d'une virée pour chasser le phoque, une dispute s'engage et James est tué par accident. Qalli et Aivaaq décident de faire disparaitre le corps, alors que le village entame des recherches...

Plus qu'un thriller, comme le suggère son affiche, On The Ice est avant tout un drame simple et sobre en provenance directe d'Alaska (si rare qu'il fallait le signaler !).

Débutant comme une chronique sociale d'une micro société isolée et se poursuivant sur une pseudo enquête, cette dispute qui tourne mal (et les mauvaises décision des personnages qui s'ensuivent) oriente le film vers le thème de la culpabilité et du mensonge. A des années lumières du film à rebondissement, On The Ice joue la carte de l'intimiste. Dans la petite communauté soudée de cette ville isolée, il est aussi difficile de cacher la vérité que de faire disparaitre un corps au milieu d'un grand nord qui fige et conserve tout...

Le film d'Andrew Okpeaha MacLean est silencieux, resserré sur cette amitié malmenée par le tragique accident. On The Ice installe un climat pesant, il exploite à merveille l'isolement et le dépouillement du paysage désertique dans lequel il se déroule. Pour ainsi dire au milieu de nulle part, ses personnages ne peuvent se cacher, ils sont alors condamnés à voir leurs actes exposés et la vérité éclater.

Atypique, tendu et comme suspendu par le froid, On the Ice est un drame lent et douloureux. Le dénuement dans lequel le drame se forme, n'est pas sans rappeler l'ambiance et le désespoir d'un Winter Bone (mais sans sa dimension sociale). Loin des clichés et des enquêtes criminelles basées sur le suspense, le film propose une intrigue minimaliste, peuplée de personnages fragiles et terriblement attachants. On the Ice n'est ni trépidant, ni exagérément excitant, mais il est une intéressante alternative à la fureur habituelle des thrillers grand public, hors des sentiers battus, comme figée dans le froid, .

Plein Soleil (René Clément, 1960)


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Philippe Greenleaf est un oisif fortuné qui passe le temps en Italie avec sa fiancée Marge. Tom Ripley, lui, est chargé par le père de Philippe de le faire retourner aux Etats-Unis, mais en attendant il fait office d'assistant personnel de Philippe qui le méprise souvent. Tom entreprend alors de faire disparaitre Philippe afin de prendre sa place.

Aura solaire pour ce thriller psychologique bénéficiant d'un Delon au sommet de son charme et de son talent. René Clément met en image ce drame de l'envie et de la convoitise en choisissant le soleil de l'Italie comme témoin.

Plein Soleil se construit autour d'un crime, mais ce n'est pas tant sa résolution que les motivations de son auteur dont il est ici question. Le film dresse le portrait d'un tueur calculateur, mu par la convoitise et dont la passage à l'acte trouve ses origines dans la frustration. Delon envahi littéralement l'écran en donnant chair à cet homme décidé à s'offrir une nouvelle vie, il l'incarne si justement que le spectateur excuserait presque son acte. C'est cette inversion des rôles, puisque c'est la victime qui devient presque "coupable" dans Plein Soleil (Mairice Ronet absolument impérial), qui donne au film ce caractère trouble et fascinant.

Plein Soleil, subtilement, désoriente. Il agît sur le spectateur comme un soleil de plomb à midi ! Il l'entoure complètement, le submerge, et comme une insolation, lui donne la fièvre, trouble son jugement. Ce n'est qu'à la fin de Plein Soleil que la fièvre retombe, que le spectateur s'aperçoit qu'il s'est aventuré trop loin avec Tom Ripley.

René Clément signait avec Plein Soleil un thriller psychologique particulièrement fin et subtil, en jouant habillement sur le rythme, et en distillant habilement les clés de ses personnages. Tranquilement et avec nonchalance, il installe une ambiguïté et une tension des plus réussies qui font de lui un film noir à l'européenne : un film noir "méditerranéen".

La nouvelle de Patricia Highsmith dont il est tiré, "Mr. Ripley", fut réadaptée en 1999 par Anthony Minghella, avec Matt Damon et Jude Law : Le Talentueux Mr. Ripley... 



Phantom Lady (Les Mains Qui Tuent, Robert Siodmak, 1944)


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Un homme invite une inconnue au théâtre. Lorsqu'il rentre chez lui la police l'attend : sa femme a été étranglée. Comme chaque  témoin nie l'avoir vu avec l'inconnue qui aurait validé son alibi, l'homme est condamné. Mais sa secrétaire mènera son enquête pour retrouver la mystérieuse inconnue et tenter d'innocenter son patron.

Robert Siodmak, fait ses armes dans le Film Noir avec cette enquête quelque peu atypique, puisque l'enquête policière est menée par une la secrétaire. Bien que le scénario de Phantom Lady ne manque pas d'invraisemblances, il entretient le mystère jusqu'au bout même en livrant son coupable à mi-chemin, puisque son véritable intérêt est l'alibi du tueur, qui lui ne sera dévoilé qu'à sa toute fin.

Visuellement superbe, certains plans ou scènes atteignent une véritable puissance, comme l'étonnante scène de l'orchestre de jazz (véritable rapport sexuel, incroyablement mis en scène) ou celle de la gare. Parmi les plans mémorables, la seconde visite de la secrétaire à son boss emprisonné, est une fabuleuse construction expressionniste. Robert Siodmak, par ses choix de réalisation, et le climat pesant qu'il installe, injecte véritablement une seconde dimension à son film, celle du drame et de la passion amoureuse.

Sans parvenir à la dimension de chef d'oeuvre impérissable, Phantom Lady est non seulement une superbe réalisation d'un grand auteur en gestation, mais aussi un film d'enquête policière terriblement agréable à suivre. Film noir sur la forme, un poil série B sur le rythme, ces Mains là (qui Tuent !) vous agrippent dès les premières minutes et ne vous relâchent pas.
Du divertissement de haute volée, malgré un scénario mal géré.