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Alexandre Le Bienheureux (Yves Robert, 1967)


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Alexandre est le plus fort de son village, sa femme le sait bien et lui donne chaque jour d'interminables listes de choses à faire, qu'il exécute en rêvant de ne rien faire ! Lorsque sa femme décède, Alexandre se couche et ne sortira plus du lit, entraînant d'autres de son village dans son sillage. Ne plus rien faire, fuir l'effort en compagnie de son chien, Alexandre rentre en résistance !

Une fois n'est pas coutume, nous laisserons les qualités techniques ou de réalisation d'Alexandre Le Bienheureux pour nous concentrer sur le thème qu'il nous propose : qu'il nous offre, même ! Alexandre le Bienheureux serait presque un film hippie avant l'heure, une ode à la liberté, l'oisiveté et la paresse... ! Une revendication du JE et un bras d'honneur au système, aux systèmes ! Yves Robert nous a concocté bien des joyaux, Alexandre n'est qu'un des petits diamants qu'il nous a laissé... Allez, toute la rédaction vous rappelle l'objet !

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Salvation Boulevard (George Ratliff, 2012)


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Carl, un adepte de l'Eglise du Troisième Millénaire, accompagne son charismatique leader, le Pasteur Dan Day, pour rencontrer son contradicteur athée, le Dr. Paul Blaylock. Mais le pasteur tue accidentellement ce dernier. Les choses se compliquent lorsque le pasteur veut faire accuser Carl...

Casting de choix pour cette comédie qui prend pour toile de fond une église et son leader aux dents longues... Le moteur est connu : un innocent, simple monsieur tout le monde, est projeté sous une montagne d'emmerdes à la chaîne, et doit prouver son innocence face à une personnalité publique et reconnue. Entre comédie et thriller, Salvation Boulevard laisse hésitant.

Si la religion est effectivement égratignée dans Salvation Boulevard, il sera difficile d'en apprécier la pertinence, tant l'attaque est timide. Le coup de griffe est en fait porté sur son pasteur, plutôt que sur un mouvement religieux, et sa violence ne portera que sur ce pasteur qui ment pour sauver un grand projet de ville pour chrétiens. Si la moralité du bonhomme laisse à désirer, pas de quoi cependant faire de Pierce Brosnan un "méchant". Quand à l'accusé, un ancien fan de Grateful Dead remis sur le droit chemin, son calvaire d'innocent blâmé, certes parsemé d’embûches, n'éveillera ni  fous rires, ni grande remise en question pour le personnage...

Salvation Boulevard se veut critique (mais pas trop), se veut acide et un poil impertinent (mais surtout sans rien bousculer... on voudrais pas déranger !),  se veut moqueur (mais sans blesser surtout), se veut drôle (mais on s'arrêtera au "léger", plus prudent si la religion est la toile de fond...), et se veut plein de rebondissements (mais pas trop haut)... Alors si on ne peut pas franchement dire que Salvation Boulevard est désagréable à regarder, avec son beau casting (si, si !), on ne pourra certainement pas dire non plus qu'il est réussi !

Au beau milieu des genres et des intentions, la foi entre deux chaises, Salvation Boulevard fait des pieds et des mains pour se la jouer "indépendant" et décontracté, façon Little miss Sunshine (avec le même Greg Kennear), et tenter de ressembler à un film des frères Cohen, façon Burn After Reading,  mais sans le peps, la fantaisie ni ce petit vent de folie qui en donne la délicate saveur. Salvation Boulevard manque de rythme, manque sérieusement de C... (ca se termine par "ouilles"... cherchez...), et ne propose au final qu'un joli matériel mal assemblé. La toile de fond de la religion est à peine exploitée, la comédie timide, le thriller mal dessiné, ses personnages manquent d'ampleur et le cauchemar de Carl est bien loin de celui de La Mort Aux Trousses, ou de celui d'A Bout Portant !

Nous développerons donc une foi bien "tiédasse" sur ce Salvation Bouelvard. Nous resterons totalement agnostiques sur sa qualité, en revanche, et même si les acteurs ne parviennent pas à sauver l'ensemble, nous entretenons une foi intacte sur son casting, particulièrement sympathique ! Salvation Boulevard se consomme et puis s'oublie... sans gêner, ni déranger. RIP !

Procurez-vous Salvation Boulevard ou d'autres films de George Ratliff ou avec Pierce BrosmanGreg KinnearEd HarrisJennifer Connelly ou la délicieuse Marisa Tomei

Radiostars (Romain Levy, 2012)


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Le Breakfast-Club et ses animateurs vedettes, Arnold, Alex, Cyril, est l'émission phare de Blast FM, la première radio de France. Lorsque la station passe en deuxième place nationale, l'équipe d'animateur est envoyée pour une tournée d'été en bus, à travers toute la France, afin de re-doper l'audience. C'est à ce moment là que Ben, un auteur un peu timide, rejoint l'équipe...

Adoubé de quelques prix lors du festival de Film de Comédie de l'Alpe d'Huez, Radiostars s'avère une agréable surprise, qui trouve son équilibre entre le film de potes, la critique du milieu de la radio et un humour discret, drôle et bien écrit.

Radiostars emmène le spectateur dans le milieu de la radio, mais au lieu de s'arrêter au simple "boulet de canon critique" sur le monde impitoyable de la radio, prétexte à aligner ses gags, il parvient à varier et enrichir son propos et surtout à dessiner des personnages à la fois humain et attachants. Les animateurs (et leur équipe technique avec Smiters et jé.. jjjé... Jérémy  !) sont le fruit d'une belle écriture, fine et soignée, et les voir évoluer à l'écran s'avère tout à fait convaincant, d'autant plus qu'ils sont portés par des comédiens particulièrement justes et inspirés (Cornillac, dont le jeu ne rime pas toujours avec "subtilité", y est tout simplement excellent de bout en bout !). On s'attache donc bien vite à ces personnages, sympathiques et plein de reliefs, et Radiostars impose sans effort son rythme pêchu, fait sonner ses vannes et dégage sa rafraîchissante simplicité. 

Même si Radiostars n'est pas la comédie la plus drôle de l'année, il se positionne en bonne place, bien au dessus de celles mues par la facilité et la recherche de l'efficacité immédiate (et souvent éphémère...), en réussissant son mélange d'humour et de sensibilité. Simple et pas racoleur, les aventures de cette petite équipe séduisent, et derrière le fonctionnement cette "famille" (avec ses moments de tendresse, ses clashs, ses rapports de domination, les défauts et qualités de chacun, et ses luttes d'égo) se dessine le ridicule et la superficialité d'une industrie du vide et du fric. 

Romain Lévy à eu l'intelligence de faire un film sur des gens qui travaillent dans le milieu de la radio, plutôt que de faire un film sur le milieu de la Radio avec des gens... Ca n'a l'air de rien, mais ça sauve un film ! ça permet d'éviter de tirer sur l'ambulance en faisant non seulement passer en douceur une critique acerbe du milieu, mais aussi de l'aborder réellement ! Ca permet aussi de raconter une jolie histoire sur un groupe de collègues-potes, une histoire simple et un peu naïve, certes, mais dont les ressorts comiques et émotionnels fonctionnent à merveille.
Elégamment réalisé, Radiostars avance gentiment son histoire agréable, son humour bien senti, ses personnages attachants et son rythme décontracté. On ne vous dira pas qu'il est un monument de finesse psychologique ou un monstre de perfection, mais simplement qu'il est une bonne comédie, légère et rythmée, et un excellent divertissement. Pour une fois, la comédie française grand public possède de "véritables" morceaux de finesse, et dévoile sans vulgarité, ni calcul, ses charmes et ses attraits. Certainement pas inoubliable, mais ça le fait sans réserves ! 

Procurez-vous Radiostars ou d'autres films de Romain Levy ou avec Clovis Cornillac, Pascal Demolon et Manu Payet

Network, Main Basse sur la T.V. (Sidney Lumet, 1976)


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Après 11 ans de loyaux service, un animateur télé en perte d'audience est remercié. Lors de son dernier show, il lâche ses vérités et menace de se suicider en direct. Devant l'audimat suscité par l'animateur, la chaîne décide de le réengager et crée une émission pour "le nouveau prophète" des spectateurs et la nouvelle "poule aux oeufs d'or" du conseil d'administration de la chaîne...

Pamphlet extrêmement violent et critique contre la télévision, Network apparaît aujourd'hui comme une oeuvre prophétique et visionnaire, dont l'inquiétant message s'étend maintenant non seulement à tous les médias, mais aussi à l'ensemble de l'économie. Acide et cynique, il est un film dont la force et la pertinence ne cesse de se bonifier au fil des ans.

En décrivant une télévision prête à tout pour satisfaire aux exigences de rentabilité du groupe qui la détient, Network Main Basse sur la T.V. dénonce un système économique violent et aveugle, mu par la seule notion du profit, dénuée de toute éthique et responsabilité... En décrivant un système économique prêt à tout pour engranger les dollars, Network Main Basse sur la T.V. dénonce une télévision en perte totale d'éthique, soumise à la seule loi de l'Audimat, livrant des programmes toujours plus creux, toujours plus dangereux.... Le cercle est bouclé ! Network Main Basse sur la T.V. dénonce un système devenu fou, prisonnier d'une spirale infernale : plus les programmes se vident de sens et de qualité, plus l'audimat monte (et donc les dollars !)... plus l'audimat monte, plus les programmes se vident de sens...

Formidablement interprété par un quatuor d'acteurs chacun meilleur que l'autre, Sidney Lumet dresse d'une manière très Altmannienne, une impressionnante et terrifiante galerie de portraits : une directrice des programmes sans morale ni limites, un financier aux dents longues étranger à la télévision et voué au chiffre, un animateur à moitié fou et un ancien directeur de programme devenu un vestige du passé. Network Main Basse sur la T.V. dépeint une société dans laquelle les entreprises sont enivrées par l'argent et les téléspectateurs rendus accrocs au sensationnel, il soulève des questions fondamentales avec une rare pertinence et, en 1976, nous invitait déjà à nous arrêter un instant pour nous interroger...

Passionnant de bout en bout, parsemé d'un humour aussi drôle que moqueur, réalisé de main de maître par un Sidney Lumet (une fois de plus) en état de grâce, Network Main Basse sur la T.V. est un coup de poing au cerveau ! Percutant, vivant, intelligent, émouvant et véritablement prophétique, c'est un film brillant que l'on s'approprie sans réserve. Même si ses messages sont parfois un peu trop "démonstratifs", Network est une oeuvre impressionnante dont le coté farce lors de sa sortie, à la limite du grotesque, a aujourd'hui totalement disparu au profit d'une critique qui n'est que trop juste. Le cauchemar est devenu réalité ?

Procurez-vous Network, Main Basse sur la Télévision ou d'autres films de Sidney Lumet ou avec Faye Dunaway, William HoldenRobert Duvall ou Peter Finch

La Fiancée du Pirate (Nelly Kaplan, 1969)


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Marie à toujours été utilisée, humiliée et méprisée par les notables de Tellier, le village qui l'a accueilli toute jeune avec sa mère. Lorsque sa mère décède, Marie ne se laisse plus faire, elle monnaye dorénavant ses faveurs et se venge des notables en vonfrontant à leur hypocrisie et en les asservissant à leur tour.

France, 1969, La Fiancée du Pirate porte haut le souffle libertaire, le féminisme et la critique du système qui fleurissent alors. Nelly Kaplan choisit Bernadette Laffont pour incarner celle qui reprend sa vie en main, refuse le système et s'émancipe de la condition misérable dans laquelle on l'avait maintenue.

La Fiancée Du Pirate est une virulente charge contre un monde bien-pensant et l'hypocrisie qui y règne. Il prend la forme d'une fable qui suit l'évolution (la révolution ?) de Marie, soumise et exploitée en silence, du statut d'une Cosette qui subit à celui de Sorcière qui punit, manipulatrice et dominatrice. La critique sociale qui habite La Fiancée du Pirate embrasse les individus, bien sûr, mais aussi le système consumériste avec ses classes, ses riches et ses pauvres : Marie s'enrichit sur les riches notables en exploitant leurs faiblesses morales, mais capitalisera son argent dans des objets qui ne lui apporteront rien (comme un téléphone sans ligne ouverte au préalable)... elle accumule des biens qui lui sont inutiles et qui pourtant attisent une certaine convoitise. La place, le rôle et le but de chacun dans la société, voilà la queue du mickey dans cette fantaisie hargneuse de Nelly Kaplan.

Mais pour profiter du sympathique vent de révolte qui habite La Fiancée du Pirate, il faudra en accepter sa forme datée et marquée. La Fiancée du Pirate se fout de sa forme, c'est un parti pris évident, il se concentre sur ses messages et se contente juste de mettre ses acteurs dans le cadre, avec leur texte en bouche ! Du coup sa vision oscille entre un joyeux happening (bien en vogue à l'époque) à la direction d'acteur minimale, et son niveau artistique est équivalent à celui d'un porno soft avec Brigitte Lahaie ! Il faudra donc un petit temps d'acclimatation, voire quelques efforts, avant d'entrer dans son univers acide et sarcastique, et certains spectateurs risquent fort de baisser les bras devant sa forme (certes très libre et spontanée), dont le coté terriblement daté de sa mise en scène lui confère aujourd'hui une allure presque approximative...


Malgré sa forme, La Fiancée du Pirate un authentique morceau d'idéologie soixante-huitarde, porté par une Bernadette Laffont géniale en sorcière moderne. Outre son  bouc noir, elle envoûte littéralement ses victimes, le film est d'ailleurs parsemé d'allusions à la sorcellerie et Nelly Kaplan le résumait comme étant l'histoire "d'une sorcière des temps modernes qui n’est pas brûlée par les inquisiteurs car c’est elle qui les brûle" !. 


Cette fable enlevée, revancharde et libertaire rappellera sans doute à beaucoup le film Coup De Tête (de Jean-Jaques Annaud réalisé 10 ans plus tard, avec notre dieu Dewaere) pour son coté tir au pigeons sur des notables locaux, mais il s'en détache par son coté bien plus engagé, voire anar, fruit de l'époque qui l'a vu naître. La Fiancée du Pirate est un film libre, critique, immoral (quoi que !), irrévérencieux et militant. Emporté par la chanson "Moi Je m'en Balance" (de Barbara), et malgré son âge marqué, on tombe quand même amoureux de cette Marie qui nous venge tous, de ce David avec son corps comme fronde, qui botte le cul d'un Goliath exploiteur ! La Fiancée à bien vieilli, mais elle est encore fort belle, pleine de charmes, savoureuse !

Procurez-vous La Fiancée du Pirate ou d'autres films de Nelly Kaplan ou avec Bernadette Lafont

Carnage (Roman Polanski, 2011)


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Le fils X a cassé 2 dents au fils Y... Les parents, en adultes responsables, se rencontrent donc pour gérer ce problème. Mais leur comportement sera-t-il à la hauteur de leurs ambitions ?

Fantaisie acide et illustration de la difficulté de vivre avec l'autre, Carnage prend l'apparence d'une pièce de théâtre en huis-clos, flirtant délicieusement avec un coté pièce de boulevard.

Roman Polanski, après son somptueux Ghost Writer, change de registre et lorgne du coté de la satire sociale, avec son sens de l'humour si particulier. Carnage n'est pas un monument de finesse, là n'est pas son but, il se construit et s'apprécie comme un exercice ludique et libératoire de jeu de massacre. Les ficelles sont visibles, la fin attendue, mais l'incroyable quatuor d'acteurs (Christoph Waltz en tête !) rendent la récréation jubilatoire !

Parce qu'il n'a d'autre ambition que de rire d'adultes qui se comportent en enfants, Carnage parvient à séduire et, sans que l'on s'en rende compte, trop occupés que nous sommes à rire des personnages, transfère les tares de ceux-ci sur les parents modèles que nous sommes tous.
Facile, certes, mais délicieusement bien exécuté. Ca vaut pas 8, mais on lui donne quand même !