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Les Cadavres ne Portent pas de Costard (Dead Men Don't Wear Plaid - Carl Reiner, 1982)


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Quand Julia Forrest vient le voir pour lui demander d'enquêter sur la mort mystérieuse de son père, c'est très vite que Rigby Deardon découvre qu'une conspiration était montée contre lui. Son enquête révèle des listes de noms baptisées les "Amis de Carlotta" ou bien les "Ennemis de Carlotta"... Rigby est bien décidé à aller au bout de l'enquête, ne serait-ce que pour la belle Julia dont il commence à s'amouracher malgré les conseils de Marlowe...

Les Cadavres ne Portent pas de Costard est un bel hommage parodique aux films des 40's, et se compose d'extraits de vieux films (Le Grand Sommeil, Soupçons, Assurance Sur La Mort, Les Tueurs...) intégrés à son montage tout au long de l'enquête. Son rythme est calqué sur les films de détective de cette période et c'est Steve Martin (L'Homme Aux Deux Cerveaux, ou les récents remakes de La Panthère Rose pour les jeunes générations...) qui se colle à la tâche. 30 ans ont passé... Les Cadavres sont-ils toujours dans un état correct ?

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Killer Joe (William Friedkin, 2012)


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Chris croule sous les dettes... Son idée pour s'en sortir ? Enrôler Joe, un flic tueur à gages, pour tuer sa mère et récupérer son assurance vie. Mais en attendant de toucher cet argent, il accepte de donner à Joe sa soeur Dottie en "caution". Joe s'installe chez la famille de Chris, difficile de dire qui de Joe ou de la famille de Chris est le plus immorale, mais Chris regrettera certainement son idée initiale...


Au sommet avec L'Exorciste, French Connection dans les 70's et même dans les 80's avec Police Fédérale Los Angeles, il y a longtemps que Friedkin n'avait pas frappé aussi fort. Certains avaient cru voir en Bug un sursaut du cinéaste, Killer Joe mérite, selon nous, bien davantage cette description. Excessif, cynique et barré, Killer Joe ne laisse pas indifférent, mais on se demande quand même où Friedkin veut nous emmener...

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La Griffe du Passé (Jacques Tourneur, 1947)


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Jeff Bailey tient un garage. Avec la visite de Joe, l'homme de main de Whit Sterling, son passé va resurgir... Avant Jeff était détective privé. Whit n'a certainement pas oublié que Jeff s'était enfui avec celle qu'il recherchait : Kathie Moffat lui avait alors dérobé une importante somme d'argent... Avec Joe, ce sont les problèmes qui reviennent aussi dans sa vie tranquille.

Le nom de Jacques Tourneur évoque immédiatement  à la rédaction La Féline, dans lequel l'amour qui s'avançait était une malédiction. Dans la Griffe du Passé, la malédiction surgit du pasé de Jeff Bailey, personnifiée par un amour passé avec Kathie Moffat, belle, manipulatrice, mais aussi annonciatrice des pires augures...

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Gas-Oil (Gilles Grangier, 1955)


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Jean Chape est chauffeur-routier. Entre son camion tout neuf, son gagne-pain, et l'institutrice dont il est tombé amoureux, il aborde enfin la vie qu'il souhaite. Mais tout va être remis en question lorsqu'un matin, il écrase un homme. Jean ne le sait pas, mais l'homme était en fait déjà mort ; un gangster abattu par ses complices qui pensent que Jean à récupéré l'argent qu'il leur avait dérobé...

Première de nombreuses collaborations avec Gabin (Archimède le clochardLe Cave se rebiffe ou encore Le Gentleman d'Epsom), Gas-Oil est un "film noir à la française", mais son rythme-diesel, ses valeurs et ses personnages le font aujourd'hui apparaître bien davantage comme un drame, voire une chronique provinciale, que comme un film à intrigue policière.

Si Jean Gabin est effectivement confronté à des gangsters qui le pense en possession de leur argent, cet aspect n'occupe qu'une moitié du film, l'autre n'étant constitué que de la vie quotidienne d'un simple camionneur dans la le Puy de Dome des années 50. Au delà de la sombre affaire qu'il réglera avec ses copains routiers, aujourd'hui bien molle et pas des plus palpitante, l'intérêt de Gas-Oil se concentre davantage sur son portrait d'une profession qui incarne une certaine France d'après-guerre, honnête et travailleuse. Ce qui caractérise Gas-Oil c'est bien plus l'amitié, la solidarité, le courage du travailleur et le "coup de jinjin", qu'un homme traqué par de dangereux malfrats. Gabin n'aspire qu'à vivre avec son institutrice (Jeanne Moreau) et "livrer ses endives à Berthier à 5h" !

Dans Gas-Oil, la France provinciale est tranquille et solidaire. Elle incarne les valeurs nobles du pays, certaines traditions, et les gangsters (des Parisiens !) représenteraient presque la modernité et l'absence de valeurs : la "mauvaise France". La caméra de Gilles Grangier, avec l'aide d'un Gabin impérial, dépeint avec un certain amour des gens simples en les représentant presque comme des Héros des temps modernes... Il faut voir Gabin attaquer sa journée avec son "gros camion" neuf dans lequel il vient de tout investir : c'est quasiment Le Salaire de la Peur ! Grangier représente une France courageuse, encore en train de "résister" , et c'est grâce à ce courage qu'elle mettra en défaite l'envahisseur sans morale ni scrupules. Gas-Oil, c'est un peu la Résistance qui s'auto-organise, sans faire appel à la police, dans une solidarité sans failles.

Aujourd'hui, l'intrique policière de Gas-Oil, peu intense et au rythme bien lent, nous paraît, ici à la Rédaction, devenue bien secondaire. Revoir (ou découvrir) Gas-Oil pour son coté "film noir" risque fort de d'apporter au spectateur quelques déceptions, car Gas-Oil roule à l'ordinaire, pas au super ! En revanche la France que l'on y découvre, séduit par sa "force tranquille", et les valeurs que l'on y découvre semblent encore faire écho  à ce qui a permis à la France de se libérer de l'oppresseur.

Gas-Oil est un film d'hommes et de valeurs, il sent le labeur, un peu la sueur et, curieusement, dégage aussi un certain parfum patriotique... Porté par son regard attentif et bienveillant sur ses "gens simples", ainsi que par les très bons dialogues d'Audiard, le film propose une belle image d’Épinal de la France d'après-guerre qui s'il n'était pas "embrassé" de son coté policier, en aurait fait une très jolie chronique sociale. Vous l'aurez compris, c'est donc sous cet oeil que nous y avons trouvé tout notre plaisir. Maintenant, si vous voulez voir un film noir ou un film policier pur jus, sombre et intense, nous vous recommandons plutôt de ne pas vous aventurer sur cette route là : ici c'est davantage la départementale des clochers et villages, que la rapide autoroute de la modernité !

Procurez-vous Gas-Oil ou d'autres films de Gilles Grangier ou avec Jean Gabin , Jeanne Moreau ou Roger Hanin

The Murderer (Hong-jin Na, 2011)


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Afin d'éponger sa dette, occasionnée par le coût du visa de sa femme partie en Corée, Gu-Nam accepte d'aller tuer un homme en Corée pour le compte d'un parrain local. Sur place, il compte accomplir sa mission, mais aussi tenter de retrouver son épouse... Mais rien ne se passera comme prévu. De chasseur il deviendra proie, traqué de toute part.

Nous perdons toute objectivités devant certaines bombes coréennes, et ce second film du réalisateur de The Chaser fait partie de ces films qui nous impressionne. The Murderer étale 2h20 de grand cinéma, 2h20 de précision, de tension et de maîtrise.

Le meurtre que doit exécuter Gu-Nam ne sera pas le point final de son aventure, mais bien le coup de départ de son irrémédiable chute. A la manière de J'ai Rencontré le Diable, passé la minutieuse mise en place de son film, Hong-jin Na sonne les hostilités à la 45ème minute, et entame alors une intense course, mortelle, jusqu'à son final sombre, absurde et mélancolique. The Murderer est un thriller tout ce qu'il y a de plus efficace, mais c'est aussi, et avant toute autre chose, un Film Noir dans le plus pure tradition. Notre héros (mais y'en a t'il vraiment dans ce film ?) est un quidam sans avenir et peu locace, condamné dès la première image à toujours perdre. The Murderer n'épargnera rien à son personnage, sa détermination et son instinct de survie feront difficilement le poids face aux dangers vers lesquels il est naïvement allé.

Coincé entre la mafia et la police coréenne, et bientôt rattrapé par son commanditaire (Yun-seok Kim de The Chaser, en increvable et étonnant Pitbull !), Gu-Nam est un sursitaire, un homme traqué qui sera précipité dans un tourbillon de violence (et les coréens, ils savent faire !). Fabuleusement écrit, superbement réalisé (quoi qu'une caméra moins "épaule" n'aurait pas été mal accueillie...) The Murderer est encore une démonstration magistrale de ce que le cinéma coréen "a sous le capot". Passionnant de bout en bout, son rythme est sans faille, ses personnages puissants et finement écrits étayent avec justesse un scénario précis et fort.

Pour la rédaction de Doorama, The Murderer ne propose rien d'autre que le cocktail idéal, un thriller bluffant sur le fond comme dans sa forme. En proposant un dosage savamment équilibré de ses multiples ingrédients (violence, émotion, suspense, sens de l'absurde, humour, tension, rythme, rebondissement, respect des codes, renouvellement du genre... etc...) le film de Hong-jin Na s'impose au spectateur comme LE film qu'il espérait voir. Désespéré, palpitant et parfaitement maîtrisé The Murderer est une expérience de cinéma d'exception, un uppercut dévastateur que le spectateur reçoit en plein coeur de sa cinéphilie. On adore, un point c'est tout.

Procurez-vous The Murderer ou d'autres films de Hong-jin Na ou avec Yun-seok Kim

Le Baiser du Tueur (Killer's Kiss, Stanley Kubrick, 1954)


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Davy est un boxeur sans avenir. Un soir, il aide sa voisine, Gloria, et entame une histoire avec elle. Mais pour que sa vie s'améliore enfin, il doit la tirer des griffes de son patron, un petit caïd, qui semble décidé à ne pas la laisser partir.

Premier film noir de Stanley Kubrick, avant l'Ultime Razzia, Killer's Kiss laisse déjà apparaitre toute la singularité de Kubrick et la force de son langage cinématographique. Si l'histoire de Killer's Kiss n'a rien d'exceptionnelle, c'est son traitement visuel et sa réalisation qui retiennent l'attention.

Nous sommes bien dans un film noir, les toutes premières images de Killer's Kiss ne laisse aucune ambiguïté : un homme s'est attiré des ennuis. C'est sous la forme d'un long flashback que le spectateur découvrira que Gloria en est à la base, puisque c'est à cause d'elle que Davy devra affronter Rapallo, tel un ultime combat. Au travers d'une narration alternant voix off et longues séquences très peu dialoguées, Kubrick impose déjà un sens impressionnant de l'image et des symboles qu'elle contient (la première scène dans la chambre annonce ce qui attend le personnage par ses seuls arrières plan : un long couteau au mur et une femme de l'autre coté de la cour... Mort et amour !).

Mais c'est véritablement dans sa mise en scène que Killer's Kiss surprend, en renforçant de multiples manières l'aspect Noir de son histoire, en commençant par le choix de noirs profonds et tranchés, simplement magnifiques. Que ce soit lors du combat de boxe, du meurtre dans une ruelle, du passage à tabac ou dans son affrontement final (contre un adversaire à la hache !), Kubrick innove, expérimente même, en choisissant une mise en scène inspirée et originale, qui surprend régulièrement le spectateur par sa violence suggérée (le héros poursuivi, chassé serait plus juste, sur les toits en plan large) ou montrée (le combat de boxe qui n'a rien à envier à ceux de Raging Bull).

Ce Baiser du Tueurs possède un rythme et une forme bien différents des films noirs de cette époque. S'il en reprend effectivement les codes (le loser, la blonde, la pègre, les emmerdes...), il s'accorde une grande liberté de traitement (jusque dans sa fin, proche du happy end, aux antipodes de Quand La Ville Dort...) et  tente en permanence de proposer une nouvelle lecture de ceux-ci. Killer's Kiss n'est pas un "grand Film Noir" par son histoire ou ses thèmes, mais il l'est en revanche par sa réalisation, qui expose magistralement la nature de ses personnages et la violence des situations auxquelles ils sont confrontés. Nous n'avons pas là l'un des classiques du film noir, mais plutôt l'acte de naissance d'un cinéaste unique et immense. Une réalisation majeure sur un film "mineur" (et là, Doorama vient de perdre 50 lecteurs !).

Procurez-vous Le Baiser du Tueur ou d'autres films de Stanley Kubrick

The Hot Spot (Dennis Hopper, 1990)


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Harry Madox arrive dans une petite ville du Texas et trouve une place de vendeur de voitures. Entre cette banque qui lui tends les bras, le maître chanteur de la jeune et belle Gloria et Dolly, la femme de son patron, qui a jeté son dévolu sur lui, le séjour de Madox au Texas sera chaud.

C'est l'acteur Dennis Hoper (réalisateur du mythique Easy Riders ou de Colors) qui est aux commande de ce Film Noir pur jus. A l'Instar des acteurs-réalisateurs de cette génération (Eastwood ou Redford), Hopper opte pour une mise en scène classique et académique, et ressort pour l'occasion tous les codes et le bestiaire qui ont fait la gloire du genre (l'épouse mante-religieuse, l'innocente colombe, le loup-solitaire, la jalousie, le crime, le chantage et des problèmes pour seule issue possible).

Mais The Hot Spot vit cependant avec son temps, nous sommes à la fin de 80's. Il troque donc le noir et blanc d’antan pour les tons chauds et la lumière des grands espaces (avec un usage des bleus et orangé, très tendances à l'époque, mais aujourd'hui bien laids) et libère l'érotisme et le désir de ses personnages (suggérés et non montrés dans les 50's). Il utilise les impressionnantes plastiques de la délicate Jennifer Connely et de la brûlante Virginia Madsen et la chaleur étouffante du Texas (à la manière de U-Turn) pour appuyer la chaleur et le torride de son scénario. Il jette enfin le bellâtre Don Johnson (de la série Deux flics à Miami) au milieu de cette étuve...

The Hot Spot ne surprendra pas, mais ce n'est certainement pas son but. Il propose simplement un revival, remis au gout du jour (sexe !), de l'un des grand thèmes du Film Noir : à savoir la mante religieuse (comme assurance Sur La Mort ou Le Facteur Sonne Toujours Deux Fois). Élégamment  mis en scène, il soigne son climat sulfureux et son rythme accablé, et même s'il ne ne met pas en danger un seul instant la réputation de ses illustres prédécesseurs, le film de Dennis Hoper ne démérite absolument pas (pour peu que l'on ne s'attarde pas trop sur sa chute) et fera honnêtement son office auprès des amateurs de films noirs (dont nous faisons partie).

Quant aux autres, s'ils venaient à trouver le temps long, ils auront largement de quoi se consoler, lorsqu'en fermant leurs yeux le soir, ils continueront de voir les sculpturales courbes de Jennifer Connely et de Virginia Madsen, à jamais incrustées à l'intérieur de leurs paupières... 

Procurez-vous Hot Spot ou des films de (ou avec) Dennis Hoper ou avecJennifer Connely

Les Diaboliques (Henri-Georges Clouzot, 1954)


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Dans un pensionnat, une directrice se rapproche de la maîtresse de son mari, le haïssant toute deux, elle décident de le supprimer. Mais leur plan diabolique n'avaient pas prévu la disparition du corps, et encore moins ce qui suivra !

Véritable travail d'orfèvre habité par un quatuor d'acteurs impeccables (Simone Signoret et Charles Vanel [véritable fantôme diabolique]- en tête !), Les Diabolique est un "film jalon", une partition exécutée de main de maître par un immense Henri-Georges Clouzot.

Dosage idéal de suspense, de mystère et de tension, Les Diaboliques installe sans artifices un climat pesant, à l'image de sa pension en décrépitude, chacun de ses quatre personnages témoignera de part sombre. Clouzot bouleverse tous les codes, remplaçant le traditionnel trio  mari-maîtresse assassins de l'épouse par épouse-maitresse contre le mari (installant ainsi une relation inédite, immorale...), et faisant évoluer son intrigue du complot, vers l'enquête inversée (et en cela, on pourrait faire des Diaboliques un excellent Colombo :-) puis vers le fantastique (mais respectons l'encart final du film indiquant : "Ne soyez pas DIABOLIQUES ! Ne racontez pas la fin !", et n'en disons donc pas plus.).

Le final des Diaboliques apparaitra peut être trop vite aux amateurs de thrillers US aux twists échevelés (qui pour beaucoup doivent leur inspiration à des oeuvres comme celle-ci), mais pour peu qu'on ne le devine pas (ou qu'on l'oublie), la mécanique de Clouzot, absolument diabolique d'efficacité et de maîtrise, ne laissera aucun répit au spectateur jusqu'à sa terrifiante scène de clôture.

Parfaitement positionné entre le film noir dense, le suspense hitchcockien et le thriller fantastique, Les Diaboliques surprend par la faculté qu'il a de passer les années en conservant intacte toute son efficacité. Sa réalisation et son rythme fluide laissent se développer un climat oppressant, sans jamais forcer le pas ou user d'effets (à l'exception de la scène de la morgue ou le temps suspend son vol et nous notre souffle à l'idée de connaître la vérité...). Sa finesse et sa richesse renvoie bien des thrillers actuels à l'époque du sérial !
Un scénario en béton au service d'une intrigue passionnante et toujours zéro rides pour ce petit chef-d'oeuvre de virtuosité, d'intelligence et de plaisir : tous simplement diabolique ! (il fallait bien le placer...)

SPOILER (cliquez pour afficher) : On peut se demander si Charles Vanel n'est finalement pas le seul "véritable" fantôme de l'histoire, tant ses apparitions le sont aussi (La morgue, la nuit dans la chambre et son apparition finale).  
Procurez-vous Les Diaboliques ou d'autres films de Henri-Georges Clouzot

Le Doulos (Jean-Pierre Melleville, 1961)


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Maurice, récemment sorti de prison, tue un receleur et emporte des bijoux qu'il cache. Il s'apprête ensuite a faire un casse, c'est son ami Silien qui lui fournit le "matos", mais Silien travaille comme indic (un "doulos") pour la police.

Le cinéma de Melleville se nourrit du Film Noir américain : loi du milieu avec ses codes, parcours sans issue et destin tragique (la fin du Doulos est d'ailleurs un hommage en écho à celle de Quand La Ville Dort). Dans les mains de Melleville le rythme ralentit, l'action s'intériorise, mais la tragédie demeure : ses protagonistes, malgré leurs aspirations ou leur droiture, n'ont qu'une seule direction...

Avec Melleville, le monde se réduit à ces hommes en uniforme (trench coat et chapeau), le reste de la société se retire, telle la marée, pour ne laisser visible que ses soldats du milieu ou ceux de la police. Le Doulos observe alors ces personnages, avec précision, et avant que leur destin les rattrape met en évidence leur humanité.

"Film d'Hommes" (comme certains des polars d'Alain Corneau), le Doulos montre des personnages en survie permanente, et éphémère, broyés par le fonctionnement du milieu dans lequel ils évoluent. Le cinéma de Melleville met en scène des parcours mortels avec une méticulosité et un rythme qui fascine. L'intensité qu'il installe n'est pas dans les actions des personnages, mais dans ce qu'elles impliquent : comme dans tout bon film noir, les hommes sont résignés à payer le prix de leurs actes, ils se livrent corps et âme aux règles du Milieu, c'est leur chemin de croix intérieur qui nous est livré.

Implacable et imparable, faussement froid et austère, le Doulos est un fabuleux film noir à la française. Belmondo est impérial en traître et salaud (quoi que...), Reggiani bluffant en homme trahi (plusieurs fois ?). On adore se laisser bercer et hypnotiser par la mécanique de Melleville, dont les codes immuables et intemporels transforment cette histoire de gangsters en tragédie à la fois sobre, discrète et forte. 50 ans après, la perfection de son mécanisme et de sa mise en scène donnent encore à ce Doulos des parfums de perfection : Une référence ! (même si Melleville n'en était qu'a son "début" dans ce genre, puisque Le Samouraï, Le Cercle Rouge (etc...) qui suivront parachèveront l'oeuvre immense de Melleville, austère, fascinante et puissante).

Phantom Lady (Les Mains Qui Tuent, Robert Siodmak, 1944)


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Un homme invite une inconnue au théâtre. Lorsqu'il rentre chez lui la police l'attend : sa femme a été étranglée. Comme chaque  témoin nie l'avoir vu avec l'inconnue qui aurait validé son alibi, l'homme est condamné. Mais sa secrétaire mènera son enquête pour retrouver la mystérieuse inconnue et tenter d'innocenter son patron.

Robert Siodmak, fait ses armes dans le Film Noir avec cette enquête quelque peu atypique, puisque l'enquête policière est menée par une la secrétaire. Bien que le scénario de Phantom Lady ne manque pas d'invraisemblances, il entretient le mystère jusqu'au bout même en livrant son coupable à mi-chemin, puisque son véritable intérêt est l'alibi du tueur, qui lui ne sera dévoilé qu'à sa toute fin.

Visuellement superbe, certains plans ou scènes atteignent une véritable puissance, comme l'étonnante scène de l'orchestre de jazz (véritable rapport sexuel, incroyablement mis en scène) ou celle de la gare. Parmi les plans mémorables, la seconde visite de la secrétaire à son boss emprisonné, est une fabuleuse construction expressionniste. Robert Siodmak, par ses choix de réalisation, et le climat pesant qu'il installe, injecte véritablement une seconde dimension à son film, celle du drame et de la passion amoureuse.

Sans parvenir à la dimension de chef d'oeuvre impérissable, Phantom Lady est non seulement une superbe réalisation d'un grand auteur en gestation, mais aussi un film d'enquête policière terriblement agréable à suivre. Film noir sur la forme, un poil série B sur le rythme, ces Mains là (qui Tuent !) vous agrippent dès les premières minutes et ne vous relâchent pas.
Du divertissement de haute volée, malgré un scénario mal géré. 


Entre le ciel et l'enfer (Akira Kurosawa, 1963)


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Un industriel sur le point de conclure l'affaire de sa vie est victime du kidnapping de son fils. Il apprend finalement que c'est le fils de son chauffeur, qui manque à l'appel, mais se sacrifie pour payer quand même la rançon. La police traque alors le kidnappeur dans l'espoir de récupérer la rançon et restaurer son honneur perdu.

Sur fond de différence sociale, Kurosawa aborde ses thèmes fétiches (honneur, différences de classes, valeurs humaines) pour élaborer un film au ton curieusement distancé de son
coeur scénaristique.

Il construit les fondations de Entre Le Ciel Et l'Enfer dans un hui-clos théâtral, avant d'en sortir pour une méticuleuse enquête policière, opposant systématiquement les symboliques à sa forme. Il installe ainsi un double langage, un double niveau (la maison en hauteur  / la ville basse,  les puissants / le peuple, etc...) de sorte que chaque élément abordé en apprenne finalement plus sur son élément opposé.

Entre Le Ciel et l'Enfer trouve son sommet dans une l'hallucinante séquence dans les bas fonds de la ville... (on ne vous en dit pas plus, mais c'est juste bluffant !)
Fort et d'une immense richesse thématique, Entre Ciel et l'Enfer invite à une réflexion sur le système social dans don fonctionnement global et sur l'indissociable interaction de chacun de ses composants. Ce Film Noir, stimulant et passionnant de bout en bout, est une démonstration de plus (inutile, car maintes fois démontrée) que Kurosawa est l'un des plus grand réalisateurs, un Auteur immense, que l'on ait eu.


Quand la Ville Dort (Asphalt Jungle, John Huston, 1950)


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Des truands, un casse et la police... Pur joyaux du film noir portant en lui l'essence même du genre, Quand la Ville Dort submerge littéralement par sa profondeur et sa force.

Sous des habits noirs intense le film dégage pourtant une lumière intacte. Les personnages voués à une fin tragique dès les premières images, emportent notre sympathie, car ils ne sont que des "petits" en quête d'une part du gâteau, pour aller au bout de leurs rêves... Le scénario, simple mais ciselé, est un incroyable écrin destiné à mettre en avant les finesses de ces personnages pourtant stéréotypés (peut être parce qu'ils ont tant été repris par la suite ?)... Asphalt Jungle demeure aujourd'hui incroyablement moderne, fort et efficace.

Tout est perfection dans Quand la Ville Dort... John Huston nous livre ici une imparable leçon de réalisation, son image hyper contrastée appuie le force du scénario, son scénario est un modèle de lisibilité et de richesse. Malgré ses 60 ans il demeure une référence (LA référence ?) du film noir, un film dont le beauté formelle n'a d'égal que sa force narrative.

Difficile donc de trouver la moindre "faiblesse" à The Asphalt Jungle. Quand à sa fulgurante fin, elle résonne longtemps dans notre tête par sa transcendante beauté, et trouve régulièrement écho chez nos réalisateurs actuels (Eastwood, Scott...).
Asphalt Jungle est éternel, immuable. 

Gonin (The Five, Takashi Ishii, 1995)


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Parfaitement équilibré entre thriller, film de yakusa et film noir, Gonin propose de suivre cinq personnages qui tentent de braquer un clan Yakusa.

Bien que Gonin souffre de temps en temps de certains effets trop appuyés ("défaut" récurant, mais culturel, du cinéma asiatique), il est avant tout une réussite grâce à la richesse de ses thèmes et à son originalité quand au traitement de ses personnages. Efficace, rythmé, brutal et doté d'une très belle mise en scène, Gonin peut se comparer à un Heat ou même encore à Quand la Ville Dort.

A l'exception de son coté film de yakusa, rien n'est définitivement acquis dans Gonin. On ne cesse de découvrir les protagonistes tout au long du film, le scénario apporte inlassablement de nouveaux éléments et le tout avec grand style. Le film s'articule habilement autour de l'arrivée centrale de Beat Takeshi (Kitano, quoi), dont le personnage implacable et décalé ancrera la seconde partie dans la plus pure tradition du film noir.  

Gonin (1995) avait curieusement échappé à Doorama... : sa découverte est une excellente surprise. Le plaisir est total à la vision de ce petit bijou japonais,  il use de tous les codes du(des) genre(s), sans jamais les trahir, ni manquer d'en changer l'approche. A découvrir.
  

Les Salauds Dorment en Paix (1960)


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 Doorama continue de réviser ses classiques et vous invite à vous intéresser à cette faille temporelle qu'est Les Salauds dorment en Paix.

Une grande entreprise avec quelques casseroles, des suicides dans la société, des appels d'offre truqués, des systèmes opaques, des médias, des malversation... tout cela sur fond de vengeance, mensonge, manipulation et drame. D'une richesse impressionnante, et incroyablement contemporain de notre actualité, le film de Kurosawa est une pure merveille !

Ce grand film noir, sombre et cynique, laisse pantois devant tant de maîtrise et de beauté. Une mise en scène bluffante, un déroulement parfait, un scénario passionnant, un humanisme omniprésent et une véritable étude sociologique :  Les Salauds Dorment en Paix est un véritable joyaux de cinéma, mêlant, dans 2h30 de quasi perfection, tout ce qu'un spectateur peut espérer du 7ème art.

 Passionnant de bout en bout, Kurosawa délivre ici une oeuvre universelle, une véritable leçon de cinéma  !


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Chien Enragé (Akira Kurosawa, 1949)


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Un policier se fait voler son arme de service, dans le Tokyo des bas fonds, il jettera toute son énergie pour la récupérer.

Chien Enragé, en dépit de ses 60 ans, demeure aujourd'hui aussi nerveux et vif que le chien de son titre. En plus d'être un efficace film noir, avec un merveilleux Toshiro Mifune affuté tel un rasoir, il ne cesse de séduire et captiver par sa beauté et ses personnages.

Social, touchant, poétique et sombre, Chien Enragé montre un Japon post guerre mondiale, en quête de tranquillité retrouvée et de nouvelles valeurs à défendre. Au milieu de celui-ci un flic dégage une énergie folle au cours d'une enquête qui va l'amener, avec le spectateur, à jeter un regard neuf sur ceux qui l'entourent.

Kurosawa émeut par son regard sur ces personnages simples, il éblouit par ses cadrages, il amène une véritable interrogation sur les cicatrices japonaises, il évoque le doute, les blessures, la valeur des choses...

Mais, avant d'être ce si riche et bel objet de cinéma, Chien Enragé est avant tout un film noir, très noir, au rythme haletant et au suspens soutenu. Acoté de lui, certaines productions d'aujourd'hui paraissent bien moins jeunes !

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Le Port de la Drogue (Pickup In South Street) (1953)


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Point de drogue ici, puisque dans la version américaine, c'est d'un microfilm destiné aux communiste dont Richard Widmark est en possession, et non un microfilm contenant la formule d'une drogue !

Pick Up in South Street est un beau film noir, avec une superbe galerie de personnages issus des basses couches de la société. C'est simplement beau et efficace.

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Pour Elle (Fred Cavayé, 2008)


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Julien, Lisa et leur fils forment une famille heureuse et sans problème. Un jour, la police fait irruption au domicile conjugal et Lisa est emprisonnée pour meurtre. Julien, persuadé de son innocence, commence à mettre en place un plan pour la faire évader.

A Bout Portant, le second film de Fred Cavayé, s'amusait à torturer un citoyen ordinaire en faisant peser sur lui toute l'injustice du monde. Pour Elle, son premier film, s'appuyait déjà sur ce ressort dramatique en amputant littéralement une famille épanouie de la maman. Vincent Lindon et Diane Kruger incarnent à merveille ce couple brisé, laissant apparaître à chacune de leurs rencontres l'humanité et le désespoir de leur personnage. 

Pour Elle focalise son scénario impeccablement écrit (si bien que Paul Haggis en a donné sa vision avec Les 3 Derniers Jours, avec Russel Crow dans le rôle de masculin) sur cet homme prêt à tout risquer pour celle qu'il aime, et l'on y croit ! Flirtant du coté du thriller à l'américaine et du film noir, il garde cependant une personnalité française qui facilite la projection du spectateur dans cette situation infernale. C'est sans doute cette attention à décrire le désespoir de ses personnages, avec l'injustice comme moteur, qui confère à Pour Elle toute sa force. 

Fred Cavayé réussit à alterner tension dramatique et scènes d'action dans un quasi sans faute, gardant comme seul fil de conduite la force de son histoire et l'énergie de son personnage masculin. Il capte l'attention du spectateur et nous rappelle que le cinéma français est capable, lui aussi, de proposer un cinéma de genre qui allie intelligence, divertissement et efficacité.


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