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Du Silence et des Ombres (To Kill a Mockingbird, Robert Mulligan, 1962)


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 Dans les 30's, deux enfants sont élevés par leur père, un avocat, après le décès de leur mère. Au travers de leurs jeux d'enfants, et de l'affaire qu'à accepté leur père pour défendre un homme noir accusé du viol d'une blanche, les deux enfants confrontent leur vision du monde avec sa brutale réalité...

2h15 de pur bonheur. C'est à un véritable jeu de rôle que Robert Mulligan (Un été 42) invite le spectateur en faisant surgir en lui la vision d'un monde vu par des enfants (on peut d'ailleurs le rapprocher de Sa Majesté des Mouches). Naïf, mais jamais mièvre, Du Silence et des Ombres, 2 ans après une publication récompensée par un large succès populaire, est devenu un grande oeuvre cinématographique américaine.

Sous la forme du récit de ses souvenirs, la jeune Scout aborde ces années avec son frère, où sa vision de la vie a sans doute été modifiée à jamais. Les enfants qui jouent avec cet inquiétant voisin invisible, ces adultes qui ne semblent pas voir le monde comme eux, Gregory Peck (figure du père idéal) en guide rassurant dans un monde encore en découverte... Voilà la première heure, légère et insouciante, vue par les enfants. Un monde violent et brutal (la crise, la ségrégation...) où la vérité et les bonnes intentions ne triomphent pas toujours, l'étrange haine que les adultes peuvent parfois exprimer... Voilà ce que l'on découvre dans la seconde heure, lorsque l'on se risque dans le monde des adultes en sortant la nuit (aussi dangereux que celui de La Nuit Du Chasseur...), ou bien en assistant au procès que leur père leur avait interdit (froid et dépouillé, aussi intense que Témoin à Charge)

Au travers de leur compréhension du monde, souvent avec les explications d'un père représentant le meilleur des valeurs de la société américaine, Robert Mulligan dessine un monde très loin de ce que les parents enseignent aux enfants. C'est ce contraste qui frappe le spectateur, ce décalage entre la belle image que l'on se forme lorsque l'on est enfant, et le monde tel qu'il est réellement. Constellé de détails aussi doux que justes, Du Silence et des Ombres parvient sans trucs, ni artifices, à embrasser une infinité de thèmes de réflexion. Touche après touche, il décrit le monde qui entoure les enfants, définit sa complexité, lui donne une saveur, une sensation, et sans jamais y apporter de définition précise, parvient a dresser un vaste panorama de ses beautés, lumineuses, mais aussi de ses ombres...

Du Silence et des Ombres est simple, directe, émouvant et fort comme du Capra... Une certaine pureté se dégage du film de Robert Mulligan, il parle des choses sans les nommer, et parvient à les faire ressentir directement par le spectateur. La force évocatrice du Silence et des Ombres est puissante, précise et efficace. Elle amène le spectateur à redécouvrir ce qui l'entoure avec un nouveau regard (celui, oublié, de son enfance), et petit à petit dessine ce vers quoi il tend (en théorie), et ce qu'il à perdu : l'humanisme !

La rédaction a été "sabrée" par l'efficacité, la beauté et la simplicité du Silence et des Ombres. Nous y avons trouvé tout ce que nous attendons d'un film. De l'intelligence à l'émotion, de sa forme (pourtant simple) à son fond, de ses thèmes sociaux à sa poésie, de ses idéaux à ses critiques : Du Silence et des Ombres a été un formidable moment d'abandon, superbement récompensé. Bien sûr qu'on s'exalte un peu... 8 aurait été plus "raisonnable", mais nous aimerions tant vous le faire découvrir... !


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Témoin A Charge (Witness for the Prosecution, Billy Wilder, 1957)


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Un avocat en convalescence accepte de défendre un homme accusé d'un crime, alors que tout l'accuse. Mais lors du procès le témoignage de son épouse va bouleverser l'issue du procès.

Le film de procès est un genre à part entière à Hollywood. Avec Témoin à Charge, il trouve l'un de ses plus beau fleurons, à ranger pas si loin du puissant 12 Hommes en Colère réalisé la même année. Comme ce dernier, Témoin à Charge est une adaptation d'une pièce de théâtre (ici d'Agatha Christie), mais son réalisateur est bien moins solennel, puisque c'est l'homme de Certains l'Aiment Chaud, 7 Ans de Réflexion ou encore La Garconnière qui s'y colle : l'alerte Billy Wilder.

Mis en scène de main de maître, la très forte tension dramatique de Témoin à Charge (avec ses multiples rebondissements) se teinte avec Billy Wilder d'une once d'humour, concentrée autour du caractère de l'avocat et son infirmière. Grâce au personnage haut en couleur de cet avocat un peu filou, joué par un Charles Laughton croustillant et malicieux, Billy Wilder parvient à compenser une mise en scène un poil théâtrale (quasi en hui-clos), par une certaine souplesse, un coté plus "rond", plus léger, qui contraste harmonieusement avec la rigueur d'une cour de justice londonienne.

Passionnant jusqu'à son final aussi mouvementé qu'inattendu (les producteurs, comme dans Les Diaboliques nous invitent à ne pas vous raconter la fin... et pour cause !) Témoin à Charge possède une classe et une efficacité merveilleusement conservées aujourd'hui encore. Son jeu de chat et la souris entre vérité et mensonge, mais aussi entre son avocat et ses interlocuteurs (justice comme clients) transforme ce procès en une méticuleuse quête de la vérité, pleine de rebondissements et tout en tension. 

Mis en scène au cordeau, acteurs de légende (Tyrone Power, Marlène Dietrich impériale) et rythme fluide, Témoin à Charge est un peu de ces films intemporels (son sujet peut être) qui fonctionne à chaque vision. Pas le plus drôle des Wilder (c'est pas son but !), mais un film brillamment réussi dont les deux heures semblent n'en faire qu'une, tant la mécanique "Agatha Christien" joue à plein. Un film de procès à la mécanique fine et imparable : absolument savoureux.

Procurez-vous Témoin A Charge ou d'autres films de Billy Wilder ou avec Charles Laughton ou Marlene Dietrich