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La Clepsydre (Wojciech Has, 1973)


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Jozef se rend au sanatorium ou est soigné son père. Arrivé dans un établissement qui semble à l'abandon, il pousse diverses portes et commence un voyage dans ses souvenirs, avec son père, sa mère et lui même.

Le réalisateur polonais Wojciech Has, auteur du Manuscrit Trouvé à Saragosse, à reçu le Prix Spécial du Jury à Cannes en 1973 pour son étonnant et atypique film. La Clepsydre est un film exigeant avec le spectateur. Visuellement éblouissant il est dépourvu de trame narrative conventionnelle, et se présente comme une succession de scènes très symboliques et poétiques presque indépendantes les unes des autres.

La Clepsydre a largement divisé la rédaction de Doorama. Si nous sommes unanimes pour saluer l'incroyable forme visuelle (et intellectuelle aussi) du film, nous sommes davantage partagé quand à son impact : fascination pour certains, ennuis pour d'autres ! La Clepsydre est construit sans notion d'espace, ni de temps. Son personnage erre d'une pièce à l'autre, chaque pièce évoquant un souvenir qu'il faudra décrypter pour le spectateur. Ses dialogues, souvent simples fragments d'idées, sans début ni fin, n'aideront pas non plus le spectateur à y voir plus clair. La Clepsydre est conçu comme un rêve, il semble incohérent, décousu, sans suite logique apparente... Une minute semble durer une heure, un an une minute... Ses décors troublent davantage encore notre perception...  Wojciech Has nous immerge dans l'esprit de Jozef, l'expérience est difficile mais bel et bien maîtrisée et réussie.

La Clepsydre possède la temporalité et l'étrangeté de l'univers de David Lynch, il respire la poésie, la vie et l’exubérance de Fellini, et son incroyable esthétique picturale ne trouve de comparaison que dans les oeuvres que Peter Greenaway (de formation Beaux-Arts, comme Wojciech Has) les plus chargées et graphiques, comme Prospero's Book ou Le Cuisinier, le Voleur, sa Femme et son Amant ! Des pièces remplies de toiles d'araignées, de feuilles mortes et d'objets hétéroclites, de lierre dans les murs, une végétation omniprésente dans des intérieurs qui semblent être des extérieurs, des villages au sous sol d'un bâtiment, des jardins d'hiver habités d'hommes historiques, des soldats noirs armés de baïonnettes, des éléphants et un contrôleur de trains aveugle en guise de guide pour le voyage intérieur de Josef... Voilà l'incroyable univers proposé par la Clepsydre !

L'impressionnant voyage intérieur de Josef, hyper symbolique, sans temps ni espace, risque de laisser nombre de spectateurs sur le bord de la route, mais si on accepte de s'abandonner à l'univers de Wojciech Has, La Clepsydre frôle alors le chef d'oeuvre absolu. Puissante errance onirique, fascinante, aux images surchargées et au déroulement irréel, La Clepsydre est un film rare et unique. Mais malgré sa force et sa fulgurance, son rythme et sa structure n'ont cependant pas réussi à nous maintenir captif de son univers (trop) exigeant sur l'ensemble de sa longueur. Une oeuvre difficile, à réserver à un public averti et préparé.

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Twixt (Francis Ford Coppola, 2012)


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Un écrivain sur le déclin fait la promotion de son livre dans une petite ville ou vient d'avoir lieu le meurtre d'une jeune fille. Les étranges rêves qu'il se met à faire lui apporteront l'inspiration qui lui manquait et le mèneront vers la clé du meurtre.

Retour au fantastique de son début de carrière pour l'un des maîtres du cinéma (Le Parrain, Apocalypse Now), avec cette histoire sur la création artistique, entre rêves, enquête, poésie et vampirisme... Coppola surprend et déconcerte, alternant dans Twixt le meilleur comme le pire, touchant de fulgurants moments de cinéma par instants, et flirtant avec l'indigence d'une adaptation de Stephen King à d'autres. Quoi qu'il on soit, on n'ose imaginer ce qu'un autre aurait pu livrer comme abomination cinématographique, là ou Coppola ne nous laisse pas indifférent !

A l'affiche, Val Kilmer et Elle Fanning. Le premier, médiocre au possible, incarnera pourtant à merveille cet écrivain has-been et fatigué (une seconde nature pour Val ?), la seconde est décidément parfaitement bluffante et envoûtante.... Coppola construit autour de ces deux là une forêt de thèmes (la blessure personnelle, la création artistique, un meurtre fantastique...) qu'il entremêle dans un monde onirique et fantasmatique ou l'écrivain mènera même son enquête avec Edgar Allan Poe lui même ! Film d'un cinéaste sur la création, Twixt apparait pourtant bien hésitant quand à son objectif (comme la création elle même ?). Il assemble ses scènes et crée son imagerie avec une facilité évidente, presque insultante, mais coincé entre sa maîtrise technique et la facilité de ses éléments fantastiques, Twixt laisse perplexe. Trop basique ? ou au contraire saturé d'interprétations ? 

On s'étonne donc de la "simplicité" de Twixt on savoure pourtant sa liberté narrative. On (re)découvre un Coppola qui semble avoir voulu se faire plaisir et, comme Scorcese avec son Hugo Cabret (une scène pourra même les rapprocher) l'ami Francis semble faire une révérence polie et sincère, par le cinéma de genre de ses début, à la Machine à Rêve Cinéma, comme ca... juste pour le plaisir.

De loin, Twixt est un petit film fantastique un peu mal foutu, presque prétentieux. Mais à mieux y regarder on y discerne une oeuvre très personnelle, très libre aussi. Coppola propose un film parsemé de visions fortes et de fulgurances : l'univers onirique monochrome éclaboussé de rares couleurs est tout à fait réussi, envoutant, et les 2 premières minutes d'exposition de Twixt valent à elles seules la vision du film (une leçon de cinéma). Oeuvre riche d'un cinéaste incontournable, Twixt ressemble à un plaisir solitaire de son auteur, il tutoie parfois l'extase, puis baisse subitement d'intensité. Quant au spectateur, tantôt excité par un spectacle ambitieux, tantôt blasé par sa banalité, son plaisir ne sera pas pleinement satisfait.

Twixt est un bien curieux Coppola, à la fois magnifique et puissant, mais aussi difforme et faiblard... C'est maléfique !


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Hugo Cabret (Martin Scorcese, 2011)


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Après la Première Guerre mondiale, Hugo Cabret est un orphelin qui vit dans une gare parisienne. Fils d'horloger, il entretient les pendules de la gare et fait tout pour réparer un automate, seule "héritage" de son père. La vie de Hugo sera bouleversée lorsque le vieux réparateur de jouet le surprend en train de dérober des engrenages...

Martin Scorcese est un touche à tout de talent (comme Ridley Scott, mais c'est un autre sujet...) qui s'attaque cette fois à un fort joli conte pour enfant...
Hugo Cabret, en plus d'être un film idéal à montrer à vos gnomes d'appartement, possède de surcroit tout ce qu'il faut pour pleinement enthousiasmer aussi les adultes.

Aventure, sentiments et quête sont pleinement et merveilleusement présents à l'image, mais le film se pare aussi (et surtout ?) d'un merveilleux hommage au cinéma, et tout particulièrement à Méliès. Autour de nos rêves, le réel et la magie du cinéma, Scorcese cisèle son scénario, le peuplant de personnages tous plus attachant les uns que les autres (y compris les "méchants") pour livrer, avec Hugo Cabret un trésor de justesse et d'imagination.

Hugo Cabret étonne par sa richesse et sa capacité à satisfaire chaque catégorie de spectateur. Que ce soit visuellement ou sur sa belle histoire, ou bien encore sur son hommage émouvant d'un faiseur de rêve à un autre, Hugo Cabret séduit par son horlogère précision. On savait déjà Martin Scorcese passionnant lorsqu'il porte sa réflexion sur le cinéma (ses deux magnifiques documentaires Un Voyage de Martin Scorsese à travers le cinéma américain et son équivalent italien sont à voir absolument !), avec Hugo Cabret en apporte une sorte de démonstration pratique. 

Que l'on soit porté ou non sur ce type d'histoire, Hugo Cabret est une réussite incontestable. Quant à la rédaction de doorama, notre "Scorcese préféré" reste son incroyable et désopilante adaptation des Lois de Murphy, souvent considérée à tort comme l'un de ses films "mineurs" : After Hours



Intruders (Juan Carlos Fresnadillo, 2011)


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En Espagne, un petit garçon est confronté à des rêves où un croque-mitaine sans visage essaye de l’attraper. En Angleterre une jeune adolescente fait les mêmes rêves. Mais les rêves vont s'avérer bien plus réels lorsque son père verra lui aussi cet homme sans visage.

Juan Carlos Fresnadillo nous avait séduit à deux reprises déjà, avec Intacto (2003), un intéressant thriller ibérique teinté de fantastique, et le très fun et efficace 28 Semaines plus Tard. Mais avec Intruders, fini le fun et exit l'intérêt.

Basé sur le pitch des peurs enfantines qui prennent forment dans la réalité, la première moitié de Intruders suit la petite musique bien connue du quotidien qui bascule doucement, incident après incident, vers le fantastique. Hyper conventionnelle cette partie ne suscite que peu d'intérêt et le l'on se surprend à attendre la fin avec une grande impatience.

A mi-course Fresnadillo injecte de nouveaux éléments scénaristiques et tente d'orienter son scénario vers des horizons un peu plus consistants. Mais si ces horizons semblent intéressants et prometteurs, nous n'en verrons hélas pas la couleur, et les origines de cette incarnation nocturne ne prendront définitivement pas chez le spectateur. Malgré sa tentative de relever le niveau au dessus du simple film de croque-mitaine, le réalisateur s'embourbe dans un entremêlement d'histoires parallèles et une utilisation du thème du père-enfant, de la transmission, qui ne fonctionne tout simplement pas.

Intruders ennuie, ne surprend pas et, pire encore, ses personnages perdent en crédibilité avec son déroulement. Clive Owen se sort à peine de cette entreprise, la révélation finale s'écroule d'elle même son son propre poids (pourtant pas bien lourd) et les bonnes intentions initiales de son réalisateur se trouvent tant malmenées, qu'elles semblent bien prétentieuses au vu du résultat final.

Quand aux scènes avec le méchant "Sans-Visage", elles ne fonctionneront que pour ceux qui n'ont ni vu Fantômes contre Fantômes, ni la Trilogie des Anneaux. On oubliera donc bien vite Intruders, qui ne laissera pas plus de traces dans nos mémoires qu'une enquête de l'inspecteur Derrick, et on se résignera à attendre sagement la prochaine fournée de son réalisateur, que l'on espère bien supérieure.