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My Brother The Devil (Sally El Hosaini, 2012)


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Dans une cité de la banlieue londonienne, deux frères d'origine étrangère grandissent entre les gangs, la drogue et des repères familiaux fragiles, mais indispensables à leur identité. Alors que Rashid garde un oeil sur sa famille, surtout sur son jeune frère Mo, et souhaite prendre du recul avec les magouilles du quotidien, Mo souhaite quant à lui suivre l'exemple de son frère... Quel que soit le parcours de chacun, il ne se fera pas sans difficultés, ni un certain courage...

S'il y a bien une chose avec laquelle le cinéma britannique est à l'aise, c'est l'approche sociale de ses problèmes. My Brother The Devil s'attaque à la problématique des banlieues et de l'intégration de sa jeunesse originaire d'ailleurs. Abordant frontalement l'économie parallèle, la menace intégriste, l’ascenseur social et l'homosexualité, My Brother The Devil nous rappelle que la France n'est pas seule à faire face à ses difficultés en banlieue, et qu'en Angleterre comme ailleurs la jeunesse issue de l'immigration doit batailler plus que ses citoyens d'origines pour gagner sa part du gâteau. My Brother The Devil n'oublie aucun des clichés de la banlieue, mais il brouille les pistes avec une belle énergie... Alors le diable, c'est qui ? pourquoi ?

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Bêtes de Scène (Best In Show - Christopher Guest, 2000)


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A Philadelphie, Le Mayflower est LE concours duquel sortira le meilleur chien... Caniche, Saint-Hubert, Shin-Tzu ou Norwich, toutes les races s'y confrontent pour décrocher la prestigieuse récompense, à moins que ce ne soit leur maître... ? La personnalité de ces toutous, n'est rien comparée aux humains qui les accompagnes, bien plus intéressants encore...

Tel chien, tel maître... Enfin, c'est ce que l'on aurait envie de dire, mais les quadrupèdes sont quand même bien plus simples et solides que les bipèdes. Best In Show est une charmante comédie sur ces drôles de passionnées qui font concourir leurs chiens. Derrière chaque toutou de compét' se cache un névrosé de compét', sinon un indécrottable passionné, prêt à tout pour montrer que son compagnon est le meilleur de sa catégorie, le meilleur de tous ! Galerie de portrait (bestiaire devrait-on dire), Bête de Scène pose un regard amusé et distrayant sur ce petit monde. La rédaction étant aussi amatrice de bêtes à poil que de cinéma, nous ne pouvions rater l'occasion de vous présenter l'objet...

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A Hijacking (Kapringen - Tobias Lindholm, 2012)


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Au large de la Somalie, le cargo MV Rozen est pris en otage par des pirates.... Les négociations s'engagent avec l'armateur danois. Des pirates qui demandent 15 millions de $, un armateur qui propose 250 000 $, et au milieu la vie de 7 hommes d'équipage... Un bras de fer commence, la situation s'installe dans le temps et la négociation sera difficile.

Viva le Danemark ! Il ya eu le Dogme, des Von Triers ou des Vinterberg continuent aujourd'hui, avec d'autres, de livrer des oeuvres brillantes et fortes... Après notre coup de coeur sur Royal Affair, c'est maintenant au tour de Kapringen de malmener la rédaction, de la laisser "sur le C...". Kapringen s'attaque à décortiquer les coulisses d'une prise d'otage. Il s'attarde non pas sur les hommes au centre, mais sur les enjeux à défendre au niveau du "payeur"... Sa violence et sa dureté ne sont plus focalisées sur celle subie par les otages, mais sur ce qu'il conviendrait d'appeler les "règles capitalistes du jeu". Kapringen s'attaque au poids de la vie d'un homme dans un système capitaliste, son style réaliste lui donne une force et une brutalité diablement efficace... Kapringen fait mal : vous êtes prêt ?

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Le Magasin Des Suicides (Patrice Lecomte, 2012)


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 La Famille Tuvache vend du suicide de père en fils, avec un dévouement presque religieux. Le commerce est florissant, la société déprimante. Tout allait pour le mieux jusqu'à l'arrivée du petit dernier, Alan, qui au lieu de porter la tristesse familiale arbore une indécrottable bonne humeur, doublée d'une joie de vivre inébranlable. Une honte chez les Tuvache !

Pour nous, Lecomte, c'est avant tout l'homme du sublimissime  Mari de La Coiffeuse ou de Monsieur Hire, avant d'être l'homme des Bronzés ou d'un cinéma comme Les Spécialistes... Le Magasin des Suicides, c'est le bon côté du bonhomme pour nous. On retrouve ce goût du drame chez Lecompte, qui devient ici un goût pour la tristesse, et qui tourne ici à la leçon de bonne humeur ! Car "Oui", le Magasin des Suicides est délicieusement empli d'humour noir, mais il accroche aussi une solide banane !

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La Vie Sans Principe (Johnnie To, 2011)


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En 2007, à Hong-Kong, par une journée historique de crack boursier, une employée de banque subit la pression de sa supérieure pour vendre des produits toxiques... Ailleurs dans la ville, Panther, un mafieux, tente d'aider ses frères de sang à trouver des sommes d'argent... Une importante somme d'argent va faire irruption dans leur vie, alors qu'ailleurs dans la ville, un flic intègre voit lui aussi sa vie empoisonnée par des besoins d'argent.

Johnnie To, peut être le meilleur réalisateur de Hong-Kong, et ce titre n'est pas démérité, signe ici une oeuvre très atypique dans sa carrière remplie de polars nerveux et maîtrisés. Pas un coup de feu ne retentit dans La Vie Sans Principe... Ce qui claque en revanche, c'est une approche virtuose de l'argent sale, qu'il soit mafieux, ou issu du système bancaire (autant dire la même chose !), et sa vision de ce" nerf de la guerre", que ce soit sous l'oeil d'un flic, d'un homme de main ou d'une employée de banque... Ethique et fric règnent dans ce Johnnie To...

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Les Bêtes du Sud Sauvage (Beasts of the Southern Wild - Benh Zeitlin, 2012)


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Dans les bayous de la Louisiane, Hushpuppy, 6 ans, vit seule avec son père, non loin d'une petite communauté d'exclus et de marginaux, loin des valeurs de la société. Partageant son quotidien avec les animaux et subvenant à ses besoins avec ce que la nature lui donne, la vie de Hushpuppy bascule quand son père tombe malade et qu'un dérèglement climatique approche...

Les Bêtes du Sud Sauvage n'a rien d'un conte fée magique ou d'un univers fantastique peuplé de créatures merveilleuses. Bien au contraire ! La magie et le fantastique sont bien au rendez-vous, mais c'est principalement parce que c'est par les yeux d'un enfant que nous est racontée cette belle histoire, cette triste histoire malheureusement trop réelle...

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Trishna (Michael Winterbottom, 2012)


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De condition modeste, en faisant la connaissance de Jay, Trishna se voit offrir un travail qui va peut être lui permettre d'accéder à une vie meilleure. Jay et Trishna entament une relation, mais alors que l'embellie se dessine, les différences sociales se font de plus en plus présentes...

Ah, l'Inde... La rédaction en raffole, et elle a bien reconnu ce pouvoir de fascination qu'elle a exercé sur Michael Winterbottom. Trishna propose donc, au rythme indien, son histoire d'amour et d'espoirs, sur fond de classe sociale. Trishna est à l'image du pays dans lequel son action prend place : beau, lancinant et secret, mais aussi contrasté et parfois difficile à appréhender.

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West Side Story (Robert Wise & Jerome Robbins,1960)


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Dans les rues du West Side, à New-York, deux bandes rivales, les Jets et les Sharks, se disputent le territoire. Alors qu'un conseil de guerre est en préparation, Tony, un ex des Jets, tombe amoureux de Maria, la soeur du chef des Sharks...

Un sifflement qui résonne et quelques claquements de doigts... On pourrait être tenté de résumer West Side Story par cela, et on aurait en partie raison, tant les premières minutes du films les ont gravés définitivement dans les mémoires. Cinquante ans ont passé et les sons d'ouvertures de West Side Story annoncent toujours le bonheur à suivre : éblouissement de mirettes et remplissage d'esgourdes de mélodies éternelles... Pow !

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Nomads (John McTiernan, 1986)


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A l'hôpital, avant de mourir sans raisons apparentes, un homme énonce une curieuse phrase en français à la femme docteur qui le soignait ; elle va alors revivre ses derniers jours. Rendu curieux par le comportements atypique d'un petit groupe d'individus, Jean-Charles Pommier, anthropologue récemment installé à L.A., avait en fait découvert que des esprits nomades et maléfiques vivaient parmi nous...

Avant de réaliser Piège de Cristal et Prédator (mais ne pardonnons pas le remake de Rollerball pour autant...) John McTiernan réalisait un premier film sur un anthropologue qui découvre une tribu au beau milieu de notre société : Nomads. Si dans ces 80's voyantes et superficielles, Nomads surprend par son rythme, son thème et sa relative richesse, il est hélas aujourd'hui assez difficile de faire le tri entre ses nombreux défauts et qualités.

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Sur La Route (Walter Salles, 2012)


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 Sal Paradise veut se consacrer à l'écriture. Lorsqu'après le décès de son père il fait la connaissance de Dean Moriarty, l'amitié est immédiate, fusionnelle. Ils décident de partir ensemble sur la route, avec Marylou, l'amie de Dean, pour aller à la rencontre de la vie, de ses expériences, pour embrasser la liberté et la découverte.

Nous n'avons pas lu ce roman phare de toute une génération, ce roman emblématique de la Beat Génération (wiki !) de Jack Kerouac... Nous n'avons pas ressenti sa liberté et sa modernité, nous n'avons pas vibré sur sa quête de toutes sortes d'expériences, ni n'avons ressenti l'arrivée de l'affranchissement du carcan social, à l'arrivée des Beatnicks, que On The Road portait comme un étendard... Mais après l'adaptation de On The Road par Walter Salles, nous avons l'impression d'avoir touché du doigt et compris ce qu'il représentait. Faute de pouvoir juger la qualité de l'adaptation au cinéma de ce roman, nous avons vu une histoire, des personnages, des idées... et le résultat est là !


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Le Grand Soir (Benoît Delépine, Gustave Kervern, 2012)


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Jean-Pierre pète les plombs et perd son emploi de vendeur de literie. Il se rapproche alors de son frère, du nom de Not, plus vieux punk à chien d'Europe, qui arpente la zone commerciale dans laquelle il travaillait. Ensemble, ils ont un message à faire passer...

Benoît Delépine et Gustave Kervern, les anciens de Groland, ont maintenant un univers bien à eux, caractérisé par une forme de poésie de la laideur, du fond social et un sens du décalage. Après Aaltra, Louise-Michel ou Mammuth, il signent leur 5ème co-réalisation.

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La Désintégration (Philippe Faucon, 2012)


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Le parcours de trois jeunes adultes, d'origine arabe, dans une cité du nord de la France, qui se sentent exclus de la société dans laquelle ils vivent. Leur rencontre avec le charismatique Djamel, un rabatteur islamiste, va déplacer et fausser leurs repères.

Si l'on songe que La Désintégration est sorti 1 mois avant l'épisode Mohammed Merah (et donc conçu et pensé bien en amont), il faudra alors lui reconnaître bien des qualités. Sujet particulièrement délicat que celui de l'identité et de la sensation d'appartenance à un groupe (qu'il soit social, religieux, ethnique ou autre), Philippe Faucon aura au moins eu le mérite de l'aborder avec une réelle ambition d'impartialité sur son contenu critique.

En adoptant une mise en image sobre, exempte d'effets de styles et d'artifices dramatiques, Philippe Faucon concentre toute son énergie sur sa proposition de lecture d'une des problématiques de notre société : la montée de l'islamisme. Il tente de dépassionner au maximum ses arguments et se concentre sur un certain point d'équilibre, d'impartialité, en soumettant au spectateur une imposante collection de "pour" et de "contre", sans chercher pour autant à imposer de bouc émissaire.

La Désintégration ressemble davantage à une invitation au débat qu'à une proposition de lecture finalisée. Comme une évidence ou une urgence à "appeler un chat un chat", il expose une vision des responsabilités, et celle-ci fait mal ! Racisme et rejet(s) des deux cotés... Déséquilibre des chances... Cercle vicieux entre causes d'exclusions et effets de celles-ci... La Désintégration ne cherche pas à imposer une vision, sa vision, il utilise simplement le cinéma pour analyser une problématique sociale. Il utilise sa capacité à concentrer en son cadre des éléments choisis, et à l'aide de comédiens solides et justes (le petit frère Debbouze et le rabatteur sont absolument superbes !) semble se proposer comme un outil d'aide à la décision ou une ouverture au dialogue.

En fonction de camp où l'on estime se trouver ("gaulois" ou "sale arabe", mais on pourra aussi choir une troisième voie plus salvatrice...), on pourra bien sûr lire La Désintégration dans un  sens ou dans l'autre, comme une arme à double tranchant, arme dans les deux cas, désignant des coupables absolus au mépris de la complexité des fautes... Ce n'est pourtant pas l'ambition de La Désintégration ! Compter les points n'est pas sa finalité, La Désintégration propose au contraire d'arrêter la distribution des rôles et appelle à prendre du recul.

Approche enrichissante d'un sujet complexe, Philippe Faucon utilise le cinéma comme une arme pédagogique, il utilise son pouvoir narratif pour lancer un appel au calme, un appel à la responsabilité et au "vivre ensemble". Faute de trouver LA solution à l'islamisme en France, La Désintégration donne à ses images, à son propos, l'intelligence nécessaire pour analyser et mieux appréhender le monde qui nous entoure. A la limite d'un "cinéma citoyen", la rédaction de Doorama voit dans la Désintégration une invitation à la tolérance, formidablement emballé sous la forme d'une chronique sociale captivante, aussi dérangeante qu'utile. Philippe Faucon à réussi son pari : nous "mettre le nez dans la m..." sans désigner de coupable. Ce n'est pas la panacée, mais on évite avec talent la moralisation et le politiquement correct grâce à une sobriété documentaire puissante et habile : un cinéma imparfait par nature, frustrant même, mais à l'issue duquel on se sent moins bête. Proposition validée !

Procurez-vous La Désintégration ou d'autres films de Philippe Faucon ou avec Rashid Debbouze ou Yassine Azzouz

The We And The I (Michel Gondry, 2012)


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La cloche du lycée vient de sonner la première minute des vacances d'été pour les étudiants du Bronx. Dans ce bus qui traverse la ville et les ramène chez eux, chacun expose, confronte et dévoile, parfois, leur personnalité...

L'univers parfois sur-déjanté de Michel Gondry (Eternal Sunshine of a Spotless Mind, Soyez Sympa, Rembobinez ou The Green Hornet) trouve ici une certaine modération afin de se concentrer sur le portrait de ces lycéens et, au delà des individualités, d'une certaine jeunesse.

Entièrement réalisé dans un bus, Gondry filme l'énergie et la jeunesse d'adultes en devenir. Au travers de leur parcours (en bus, mais aussi du rythme scolaire vers leurs vacances, aussi d'une année vers une autre...) la caméra de Gondry s'attache à capturer leurs interactions et, au travers de celles-ci, leur personnalité. Certains se cachent, certains s'imposent aux autres, d'autres esquivent ou jouent...

Pour retranscrire au mieux ce message (message d'amour et d'espoir ?) de Gondry à la jeunesse, il adopte un montage guidé par la vivacité de leurs échanges : les sujets de croisent, fusent et volent dans ce bus, le montage suivra ce turbulent rythme... A cette bouillonnante énergie viendra se greffer la spontanéité de ces acteurs non professionnels. Petit à petit le spectateur s'adapte au joyeux bordel de ce bus, puis entre en contact avec les jeunes, avec leurs postures, leur codes, et aussi leurs frustrations. Quelques effets de réalisation "Gondryesques" viendront décorer le tout. La saturation des thèmes et sujets de ces élèves et la bruyante exposition de la personnalité de chacun face au groupe, céderont lentement la place à l'intimité et laissera finalement apparaître, au fur et à mesure des arrêts qui videront le bus, leur véritable personnalité, celle qu'ils redoutent parfois de livrer au groupe.

Si l'exercice est rondement mené et fort bien exécuté, parfois même poétique et très touchant, The We And The I soulève cependant l'interrogation chez le spectateur. Le film de Gondry donne en effet la sensation d'osciller entre le documentaire scénarisé et l'anecdotique. Il capture bien le potentiel des gamins, leurs manières de s'inscrire dans la société qui les entoure, il dresse en effet un portrait juste et bienveillant de ces futurs adultes en plein développement, mais avec la même force, en abordant frontalement ce qu'ils sont,  impose aussi leur superficialité de "jeunes". L'ensemble est juste, riche, souvent pertinent, mais on se dit aussi à l'issue de sa vision "OK, oui bon, et alors ?".

Pertinent, donc, et objectivement réussi, The We And The I n'a cependant pas laissé à la Rédaction de Doorama de "dépôt cinématographique". Au delà de la fraîcheur qu'il dégage effectivement lors de sa découverte, The We And The I n'es pas parvenu à laisser de marques. Un bel instantané dont la portée libre et volatile nous a laissé un arrière goût d'éphémère... de superficiel, à l'image d'un des facette de ses jeunes. Finalement, nous n'aimons peut être pas tant que ça ces "jeunes" et l'étrange faculté qu'ils ont de pouvoir se protéger un peu des agressions de la société en se réfugiant dans leur univers... "Jeunes cons" ? Non, c'est nous les "vieux cons", envieux de leur jeunesse. Ceci posé : The We And The I n'as pas suscité le vent d'admiration que nous espérions, tout juste une agréable brise... Nous allons encore perdre des lecteurs, mais The We And The I nous paraît une oeuvre un peu surestimée, comme son réalisateur aux yeux d'une certaine presse.

Procurez-vous The We And The I ou d'autres films de Michel Gondry 

Cosmopolis (David Cronenberg, 2012)


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Eric Packer est un homme riche, qui a réussi à se faire une place au sommet de notre système capitaliste. Dans sa limousine transformée en bureau mobile, il traverse la ville pour se rendre chez son coiffeur... Alors que son empire personnel s'écroule et qu'une menace plane sur sa vie, la ville semble sombrer dans le chaos autour de lui.

Moyennement accueilli lors de sa sortie en salle, ce dernier David Cronenberg est l'adaptation d'un roman de Don DeLillo qui aborde le point de rupture du système capitaliste. Nous n'avons pas lu, ignares que nous sommes tous à la rédaction, le difficile,  ambitieux et visionnaire roman (parait-il) de DeLillo, mais Cronenberg a cependant accouché d'un film sombre, inquiétant, et lui aussi ambitieux.

Cosmopolis met donc en image la chute d'un homme au sommet... Installé, tel un messie, au plus haut de la chaîne économique pour son talent à faire de l'argent, Eric Packer voit sa position sociale remise en question par le comportement même du système économique qu'il pensait contrôler. La violence et la puissance du système se retourne contre lui, le privant de ses biens, le destituant de son rôle et sa fonction, pour le renvoyer dans le symbole de son pouvoir pour une ultime réflexion sur sa situation. La "limo", une tour d'ivoire luxueuse et mobile, isolée du monde et paradoxalement inondée d'informations, est filmée par Cronenberg comme un Purgatoire, un sas de décompression -de réflexion- entre le Ciel et l'Enfer. Pour son héros, l'Enfer est la misérable vie ordinaire de ces gens exclus de la richesse, pour le spectateur en revanche l'Enfer sera davantage l'inhumanité du capitalisme et sa capacité à corrompre les êtres.  

Agrégats sombre et froid de scènes hétéroclites et de réflexions détachées sur un système qui s'écroule, Cronenberg parvient, selon nous, avec brio à nous mener jusqu'au bout de cette descente aux enfers (retour à la normale ?) malgré le coté extrêmement bavard et l'aspect éclaté son film. La critique du système est bien présente, mais ce sera au spectateur de rassembler, compiler, ordonner et structurer les arguments de Cosmopolis... et la tâche n'est pas si facile qu'il n'y paraît ! Cronenberg se refuse à livrer des éléments prêts à l'emploi, il semble vouloir forcer le spectateur à prendre position et à faire le tri dans la salve qu'il met en image. Cosmopolis devient alors exigeant avec le spectateur...

Le climat d'instabilité, tant psychologique que social (avec la rue qui semble se "réveiller" pour remplacer le dollars par le Rat, sans doute plus représentatif...), donne à Cosmopolis un air de fin du monde à la Strange Days, sa froideur clinique nous rappelle le portrait d'American Psycho, son style, lui, est 100% Cronenberg ! Son réalisateur assemble donc une multitudes d'idées, de signes et d'angles de réflexion en prenant bien soin de ne pas trop structurer son propos, et c'est un choix qui s'avère payant ! Cosmopolis accompagne un homme déjà mort (Robert Pattinson, ex vampire de Twilight, autant dire un mort-vivant) jusqu'à son jugement dernier... Cronenberg nous fait part de ses pensées durant ce dernier trajet, et la forme éclatée et minimaliste qu'il choisit pour nous conter ce récit ne pouvait mieux retranscrire la complexité du cerveau de Eric Packer.

Film difficile et exigeant, Cosmopolis ne se livre au spectateur que s'il s'y abandonne... La mise en scène sobre de Cronenberg n'éclaire ce sujet difficile que si on accepte l'idée qu'il s'agit d'une réflexion "en live", pas encore totalement structurée dans la tête de son personnage. Cosmopolis est un instantané mental et systémique qui peut échapper au spectateur, tant il se refuse à être démonstratif, mais sa force est bien présente, son intelligence bien là : Cosmopolis cache bien ses séduisants atouts !


Procurez-vous Cosmopolis ou d'autres films de David Cronenberg ou avec Robert PattinsonJuliette Binoche, Paul Giamatti oMathieu Amalric

Network, Main Basse sur la T.V. (Sidney Lumet, 1976)


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Après 11 ans de loyaux service, un animateur télé en perte d'audience est remercié. Lors de son dernier show, il lâche ses vérités et menace de se suicider en direct. Devant l'audimat suscité par l'animateur, la chaîne décide de le réengager et crée une émission pour "le nouveau prophète" des spectateurs et la nouvelle "poule aux oeufs d'or" du conseil d'administration de la chaîne...

Pamphlet extrêmement violent et critique contre la télévision, Network apparaît aujourd'hui comme une oeuvre prophétique et visionnaire, dont l'inquiétant message s'étend maintenant non seulement à tous les médias, mais aussi à l'ensemble de l'économie. Acide et cynique, il est un film dont la force et la pertinence ne cesse de se bonifier au fil des ans.

En décrivant une télévision prête à tout pour satisfaire aux exigences de rentabilité du groupe qui la détient, Network Main Basse sur la T.V. dénonce un système économique violent et aveugle, mu par la seule notion du profit, dénuée de toute éthique et responsabilité... En décrivant un système économique prêt à tout pour engranger les dollars, Network Main Basse sur la T.V. dénonce une télévision en perte totale d'éthique, soumise à la seule loi de l'Audimat, livrant des programmes toujours plus creux, toujours plus dangereux.... Le cercle est bouclé ! Network Main Basse sur la T.V. dénonce un système devenu fou, prisonnier d'une spirale infernale : plus les programmes se vident de sens et de qualité, plus l'audimat monte (et donc les dollars !)... plus l'audimat monte, plus les programmes se vident de sens...

Formidablement interprété par un quatuor d'acteurs chacun meilleur que l'autre, Sidney Lumet dresse d'une manière très Altmannienne, une impressionnante et terrifiante galerie de portraits : une directrice des programmes sans morale ni limites, un financier aux dents longues étranger à la télévision et voué au chiffre, un animateur à moitié fou et un ancien directeur de programme devenu un vestige du passé. Network Main Basse sur la T.V. dépeint une société dans laquelle les entreprises sont enivrées par l'argent et les téléspectateurs rendus accrocs au sensationnel, il soulève des questions fondamentales avec une rare pertinence et, en 1976, nous invitait déjà à nous arrêter un instant pour nous interroger...

Passionnant de bout en bout, parsemé d'un humour aussi drôle que moqueur, réalisé de main de maître par un Sidney Lumet (une fois de plus) en état de grâce, Network Main Basse sur la T.V. est un coup de poing au cerveau ! Percutant, vivant, intelligent, émouvant et véritablement prophétique, c'est un film brillant que l'on s'approprie sans réserve. Même si ses messages sont parfois un peu trop "démonstratifs", Network est une oeuvre impressionnante dont le coté farce lors de sa sortie, à la limite du grotesque, a aujourd'hui totalement disparu au profit d'une critique qui n'est que trop juste. Le cauchemar est devenu réalité ?

Procurez-vous Network, Main Basse sur la Télévision ou d'autres films de Sidney Lumet ou avec Faye Dunaway, William HoldenRobert Duvall ou Peter Finch

Les Biches (Claude Chabrol, 1968)


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Frédérique, une riche et oisive bourgeoise, emmène 'Why', une artiste rencontrée à Paris, dans sa villa de Saint-Tropez. Leur aventure saphique sera troublée par Paul, l'équilibre précaire entre les deux femmes s'en trouvera bouleversé.

Souvent considéré comme le premier "vrai grand film" Chabrolien pour ses thèmes, Les Biches propose une triangulation amoureuse qui prend place dans une bourgeoisie désoeuvrée (pas si lointaine des Liaisons Dangereuses de Vadim...), et dans laquelle le désir et l'ennui conduisent inexorablement vers un drame final.
Construit en 4 actes -Intro, Frédérique, Why, Epilogue- Les Biches décrit l'emprise de la riche Frédérique (Stéphane Audran éblouissante et plus belle que jamais !) sur sa protégée et le dédaigneux mépris que peut exprimer la classe bourgeoise sur celles inférieures. La belle Why (c'est son nom...) se voit offert amour, sécurité et affection, qui lui seront cruellement repris avec l'apparition d'un homme et le revirement affectif de sa protectrice.

Chabrol s'amuse à montrer une classe bourgeoise superficielle et creuse, sans repères ni valeurs, et souligne sa violence et son indifférence envers les classes sociales inférieures. Chabrol dotera même de deux bouffons la reine Audran dans son grand château Tropézien, vide et haut perché au-dessus du village, comme pour souligner davantage encore le fossé qui la sépare des autres classes. Passant d'un jouet à l'autre, la bourgeoisie de Chabrol est cruelle et prédatrice, elle se nourrit des autres sans penser aux conséquences, à la manière d'un chat qui joue avec une souris jusqu'à la tuer, elle satisfait ses envies et pulsions sans empathie pour sa victime.

Drame psychologique, Les Biches rappelle Plein Soleil par la confrontation des classes qu'il décrit, son rythme "méditerranéen", et les motivations du drame (jalousie, envie...), mais opte pour drame plutôt que pour le thriller. Chabrol propose au spectateur une fable sociale, une étude psychologique, et par son approche froide et son style post nouvelle vague (ton déclaratif, observation des moeurs...) impose un univers oppressant, presque pervers et d'une grande cruauté. Même si Les Biches n'est pas aussi sulfureux qu'à son époque (un trio amoureux ? l'homosexualité ?), on sent sa force dans chacune de ses scènes, dans chacun de ses silences. Un peu suranné, son rythme lancinant laisse rapidement apparaître des craquelures dans son beau vernis, et Chabrol, tout doucement, nous force à observer leurs aggravations... jusqu'à leur destruction.

Soutenu par son formidable trio d'acteur, Les Biches distille encore d'anciennes et enivrantes essences. A la rédaction, on aime terriblement les lentes dérives dramatiques, et dans ce domaine Les Biches en propose un fort bel exemple, ciselé par l'oeil d'un très grand réalisateur au seuil de son âge d'or. Les Biches ont vieilli, n'ont plus la grâce d'avant, mais elles restent toujours aussi sauvages et belles et, quelque part, absolument fascinantes, le tout nimbé d'un élégant charme 60's. On aime !

Procurez-vous Les Biches ou d'autres films de Claude Chabrol ou  avec Stéphane Audran ou Jean-Louis Trintignant

Kaïro (Kiyoshi Kurosawa, 2001)


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A Tokyo, une vague de désespoir pousse des jeunes à lâcher prise dans leur vie et les mène au suicide. Il semble qu'un site internet relie ces disparitions ; l'entourage des disparus se penche sur cette piste pour comprendre l'origine du phénomène...

La première partie du film de Kiyoshi Kurosawa ne suffit pas à identifier à quelle type d'histoire le spectateur est confronté. Une Histoire de fantômes ? Un film sur un virus ? Une critique de la société nippone ? Kaïro se situe admirablement au milieu de ces thèmes, occultant les explications et les causes pour se concentrer sur la construction de son impressionnant climat de terreur diffus.

Poétique, trouble, mélancolique et désespéré, Kaïro nous montre une société japonaise effroyablement vide, dépeuplée de ses habitants, de sa frénésie et de sa vie. L'isolement précède la disparition de ses membres, il transforme les vivants en fantômes,   en êtres vides, seuls et retranchés. Le renfermement dépeint par Kaïro est un virus qui ronge la société, l'internet qui semble le véhiculer est un facteur d'éloignement et d'isolement qui dilue les êtres, liquéfie les âmes jusqu'à laisser derrière elles une simple tâche sombre, telle une flaque d'huile sous une voiture à l'arrêt.

Au travers d'une forme sublime, servie par des plans d'une grande beauté esthétiques, Kaïro dépeuple ses images, fait disparaître toute trace de vie pour la fondre dans ses parties obscures. La force de Kaïro ne se cache pas dans son scénario, dont le fin mot reste difficile à identifier précisément (épidémie, fantômes, virus, suicides, fin du monde, critique de la société nippone ?), mais dans sa peinture d'un monde déshumanisé et insoutenablement vide, puissamment illustrée par des plans inquiétants et une bande son oppressante. S'il commence comme Ring en décrivant les effets d'un phénomène qui se propage, Kaïro s'attache rapidement à trouver des moyens de lui résister, jusqu'à aborder et identifier le Mal qui sévit par ce qu'il ôte plutôt que par ce qu'il est : une peur par soustraction, une peur dont le paroxysme est le néant. Kaïro impose son étouffant climat et sa noirceur (son désespoir ?) par la lente désincarnation de ses personnages et la disparition progressive de toute vie.

Film fantastique atypique et fascinant (dans sa forme comme dans son déroulement), Kaïro véhicule aussi une critique de la société et de sa course effrénée vers une communication omniprésente qui passe par un éloignement physique des individus. Au travers de son fantastique Kaïro aborde bel et bien un travers de notre société, c'est peut être pour cela que sa peur fonctionne aussi bien. En revanche, si la mort lente de Kaïro fait admirablement son travail de sape sur le spectateur, sa dernière partie "apocalyptique" desserre un peu la tension installée pour s'ouvrir vers une interprétation plus large, moins proche, et de ce fait moins effrayante. Qu'importe ce changement de mode final, le film de Kiyoshi Kurosawa est une superbe réussite qui laisse chez le spectateur un malaise et une réflexion que peu de films fantastiques laissent.

Abandonnez-vous à son rythme, effacez vous derrière sa stimulante proposition et profitez de cette belle leçon de peur et de cinéma. Et si une tache sombre subsiste après son visionnage sur votre canapé, alors inquiétez-vous et sortez vite retrouver des "vrais gens" que vous pouvez toucher !

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Suicide Club (Sion Sono, 2001)


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A Tokyo, sur le quai d'une gare, 54 étudiantes se suicident ensemble  en se jetant sous un train. C'est le début d'une vague de suicide dont les causes ne sont peut être pas si naturelles et spontanées que cela. La Police débute son enquête...

Premier film de Sion Sono, Suicide Club déconcertera plus d'un spectateur, entre la personnalité imposante du cinéaste (Guilty Of Romance, Jelly Fish)et ses choix artistiques. Si Suicide Club est ponctuellement rythmé de dérapages gores, Sion Sono nous convie pourtant à un film hors norme en forme de charge contre la société, en forme de cri !

Suicide Club se base sur le taux impressionnant de suicide chez les jeunes japonais pour présenter ce fait social comme une mode, en objet de manipulation, ou en véritable crime.... et en fait qu'importe cette forme pour son réalisateur, puisqu'il brouillera les pistes à plusieurs reprises et refusera de livrer au spectateur les causes réelles  de ces suicides. Pour Sion Sono, il est plus important de "jouer" avec ces suicides, d'en rire presque, et surtout de pointer du doigt notre société et son rythme fou (rythme des chansons chantées par des gamines de 12 ans, mais aussi rythme des modes...).

Passé une première partie orientée autour de l'enquête policière (notamment autour d'un rouleau de peaux humaines retrouvé après chaque suicide de groupe...), Suicide Club abandonne alors sa régularité policière et narrative pour multiplier les pistes et les symptômes. Débarquent alors dans le film une bande de rockeurs Glam qui se réclament à la base de la vague de suicide, la piste d'un code caché dans un morceau de musique crétin de consommation de masse, le poids de la société nippone sur les jeunes, des ados désoeuvrés, la responsabilité des adultes dans cette vague, etc... Sion Sono se lâche alors, abandonnant presque son film, pour exprimer une série critiques désordonnées, fébriles et erratiques, d'une société nippone qui préfère réhabiliter ses pratiques ancestrales plutôt que de faire face à son nouveau visage abêtissant. Sion Sono provoque, se révolte, exprime sa colère devant la société nippone : Suicide Club est son cri.

Suicide Club est souvent qualifié d'OVNI cinématographique, et c'en est un ! Son véritable intérêt n'est pas dans sa mise en image (plutôt médiocre), mais dans l'énergie qu'il dégage. Tantôt dérangeant, tantôt barré et décousu, le film de Sion Sono est un film malade sur une société malade qui dégage cependant un réel pouvoir de fascination. A l'exception des 54 étudiantes qui ouvrent le film, Suicide Club ne laisse pas de souvenirs impérissables, pourtant il se découvre avec beaucoup d'intérêt et de curiosité et, surtout, il cache en son sein un réalisateur incontrôlable au style et à la personnalité fascinant. A la rédaction on aime bien quand c'est aussi peu lisse !


Procurez-vous Suicide Club ou d'autres films de Sion Sono 

Detachment (Tony Kaye, 2011)


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Henry Barthes est professeur-remplaçant dans les lycées. Il est confronté aux difficultés de son métier d'enseignant, à un système éducatif usé ainsi qu'aux souffrances de certains de ses élèves.

Detachment frappe fort ! Entre spleen et désespoir, Tony Kaye (American History X) dresse un portrait noir et sombre du métier d'enseignant. Il en parcours toutes les faiblesses, toutes les difficultés, tous les combats pour en dresser le portrait d'une profession qui serait le dernier enjeux de notre société, son dernier rempart contre ses propres maux.

Si au premier abord Detachment fait mouche par le ton de sa narration, son rythme et sa très belle réalisation (sans compter les nombreux et pertinents sujets qu'il aborde !), il ne parvient pourtant pas remporter l'adhésion du spectateur. 

A grand coups de scénettes clipesques et tendances (caméra épaule, profondeur de champs hyper réduite, passages en animation, flash backs esthétisants...), Tony Kaye surligne les difficultés et le désespoir de ses personnages. Chaque minute met à nu un nouveau problème, qu'il soit social ou humain, chaque nouvelle scène appelle un sombre constat, surchargeant chaque fois davantage le noir tableau. Comme fasciné par les situations qu'il met à nu, Tony Kaye surcharge son propos, et à force de désespoir tombe dans la complaisance.

A la manière d'un Biutiful (lui aussi beau et fort), Detachment pousse trop loin le curseur. Rien n'est omis : océan d'incompréhension, incapacité à communiquer, isolement, suicide, décès, prostitution, échec scolaire, perte de lien, perte des repères, etc... la liste est longue ! Detachment se contente d'accumuler les signaux alarmants, de lister les agressions de la vie quotidienne sans jamais laisser aucun répit.

Alors oui, Detachment est émouvant, remue à l'intérieur... Oui, Detachment est beau et esthétique... Mais son exhibition stylisée et systématique de tous les malheurs du monde, finit par habituer puis insensibiliser le spectateur. Si belles et justes soit les idées véhiculées par Detachment, la réalisation de Tony Kaye peine à trouver son équilibre, manque de contrastes, et par manque de lumière peine à mettre en valeur ses ombres. Quand à son interprète, Adrien Brody (impérial en professeur qui tente de trouver la bonne distance aux choses), il ne fera que renforcer le désespoir excessif de Detachment.

Detachment est un plat raffiné, sa présentation est magnifique, il est absolument délicieux et réussi... mais il est hélas difficile à digérer ! Maintenant que vous êtes prévenu, on vous le recommande.



Battle Royale (Kinji Fukasaku, 2000)


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Afin de "dresser" un peu ces ados qui ne respectent plus les adultes, le Gouvernement a voté la loi Battle Royale. Chaque année une classe est envoyée sur une ile, sous la supervision des militaires, des armes leur sont distribuées, ils ont alors 3 jours pour s'entretuer : 1 seul seulement doit rester debout à la fin.

Kinji Fukasaku est surtout connu pour ses films de yakusas dans les 70's (Combat sans Code D'Honneur, Guerre des Gangs à Okinawa...). Avec Battle Royale il adapte un celèbre roman japonais d'anticipation.

Parfaitement facho sur les bords (mais "pour rire"), le pitch de BR est aussi provocateur que sa violence est graphique. Durant près de deux heures s'enchaînent tueries (variées et énergiques) et ironie sous l'oeil d'un Takeshi Kitano toujours aussi inquiétant et savoureux.

Battle Royale est un grand défouloir sur fond de critique sociale masquée (l'utilisation du classique y résonne comme un lointain écho de la réflexion de Orange Mécanique), mais il se concentre rapidement sur le pur survival extrême et déjanté (quand les japonais se lâchent, le no-limit n'est pas loin !). Série B nerveuse et réjouissante, Battle Royale s'essouffle cependant assez clairement sur sa fin, la faute à le répétition de ces situations mortelles.

Battle Royale n'en demeure pas moins un jeu de massacre réalisé avec conviction (pas très beau à l'image, mais habilement rythmé, notamment par ses inserts des survivants) qui ravira les amateurs de série B de qualité. Kinji Fukasaku y aborde la perte de la valeur honneur à la japonaise, de manière bien plus ludique que les films de yakusas qui ont fait sa réputation. On peut qualifier BR de film coup de poing, par son sujet audacieux et provocateur (il s'agit d'un retour aux arènes, mais en remplaçant les gladiateurs par nos propres enfants...), mais si fun soit-il, on préfère le désespoir noir et sérieux de ses films 70's à ce défouloir finalement assez manga sur les bords (même si c'est pour notre plus grande joie que nous assisterons à ces geysers de sang sortant de notre progéniture).