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Le Magasin Des Suicides (Patrice Lecomte, 2012)


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 La Famille Tuvache vend du suicide de père en fils, avec un dévouement presque religieux. Le commerce est florissant, la société déprimante. Tout allait pour le mieux jusqu'à l'arrivée du petit dernier, Alan, qui au lieu de porter la tristesse familiale arbore une indécrottable bonne humeur, doublée d'une joie de vivre inébranlable. Une honte chez les Tuvache !

Pour nous, Lecomte, c'est avant tout l'homme du sublimissime  Mari de La Coiffeuse ou de Monsieur Hire, avant d'être l'homme des Bronzés ou d'un cinéma comme Les Spécialistes... Le Magasin des Suicides, c'est le bon côté du bonhomme pour nous. On retrouve ce goût du drame chez Lecompte, qui devient ici un goût pour la tristesse, et qui tourne ici à la leçon de bonne humeur ! Car "Oui", le Magasin des Suicides est délicieusement empli d'humour noir, mais il accroche aussi une solide banane !

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Suicide Club (Sion Sono, 2001)


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A Tokyo, sur le quai d'une gare, 54 étudiantes se suicident ensemble  en se jetant sous un train. C'est le début d'une vague de suicide dont les causes ne sont peut être pas si naturelles et spontanées que cela. La Police débute son enquête...

Premier film de Sion Sono, Suicide Club déconcertera plus d'un spectateur, entre la personnalité imposante du cinéaste (Guilty Of Romance, Jelly Fish)et ses choix artistiques. Si Suicide Club est ponctuellement rythmé de dérapages gores, Sion Sono nous convie pourtant à un film hors norme en forme de charge contre la société, en forme de cri !

Suicide Club se base sur le taux impressionnant de suicide chez les jeunes japonais pour présenter ce fait social comme une mode, en objet de manipulation, ou en véritable crime.... et en fait qu'importe cette forme pour son réalisateur, puisqu'il brouillera les pistes à plusieurs reprises et refusera de livrer au spectateur les causes réelles  de ces suicides. Pour Sion Sono, il est plus important de "jouer" avec ces suicides, d'en rire presque, et surtout de pointer du doigt notre société et son rythme fou (rythme des chansons chantées par des gamines de 12 ans, mais aussi rythme des modes...).

Passé une première partie orientée autour de l'enquête policière (notamment autour d'un rouleau de peaux humaines retrouvé après chaque suicide de groupe...), Suicide Club abandonne alors sa régularité policière et narrative pour multiplier les pistes et les symptômes. Débarquent alors dans le film une bande de rockeurs Glam qui se réclament à la base de la vague de suicide, la piste d'un code caché dans un morceau de musique crétin de consommation de masse, le poids de la société nippone sur les jeunes, des ados désoeuvrés, la responsabilité des adultes dans cette vague, etc... Sion Sono se lâche alors, abandonnant presque son film, pour exprimer une série critiques désordonnées, fébriles et erratiques, d'une société nippone qui préfère réhabiliter ses pratiques ancestrales plutôt que de faire face à son nouveau visage abêtissant. Sion Sono provoque, se révolte, exprime sa colère devant la société nippone : Suicide Club est son cri.

Suicide Club est souvent qualifié d'OVNI cinématographique, et c'en est un ! Son véritable intérêt n'est pas dans sa mise en image (plutôt médiocre), mais dans l'énergie qu'il dégage. Tantôt dérangeant, tantôt barré et décousu, le film de Sion Sono est un film malade sur une société malade qui dégage cependant un réel pouvoir de fascination. A l'exception des 54 étudiantes qui ouvrent le film, Suicide Club ne laisse pas de souvenirs impérissables, pourtant il se découvre avec beaucoup d'intérêt et de curiosité et, surtout, il cache en son sein un réalisateur incontrôlable au style et à la personnalité fascinant. A la rédaction on aime bien quand c'est aussi peu lisse !


Procurez-vous Suicide Club ou d'autres films de Sion Sono 

Verbo (Lost Destination - Eduardo Chapero-Jackson, 2011)


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Dans une ville d'Espagne un peu déshumanisée, une jeune fille renfermée sur elle même a du mal a trouver sa place dans sa famille et la société. Fascinée par les tags de Lyriko, leur interprétation tourne presque à l'obsession. Lorsque elle décide de mettre fin à ses jours, Lyrico vient à elle dans univers imaginaire.

L'exploration de l'univers de l'enfance ou de l'adolescence, de leurs souffrances, leur sensibilité, peut donner les meilleures choses (Le Labyrinthe de Pan pour la vision enfantine du monde adulte, Colorful pour son approche du suicide...), mais aussi les pires, comme le démontre brillamment ce Verbo, nouvelle approche ibérique de ce thème.


Le réalisateur avait pourtant visé haut en choisissant d'aborder le suicide et le mal-être par le biais d'un monde imaginaire (où se déroule le combat de l'héroïne pour surmonter la dureté de la société) et en lui appliquant un traitement non dénué de volonté poétique. Mais peine perdue ! Pourtant ambitieux, Verbo s'enlise dans un rythme calamiteux et une utilisation des codes ados proche du caricatural (look skateurs ténébreux, entre le cyber punk de Matrix et le gothic-samouraï tendance Emo...).

Caché derrière un symbolisme faussement travaillé, Verbo échoue à communiquer le mal-être de son héroïne (la jeune Alba Garcia aura pourtant livré une interprétation juste et fragile de son personnage) et se heurte régulièrement au ridicule, en proposant un monde imaginaire factice, superficiel et fort peu inspiré (les jeunes aiment le rap, Matrix et les jeux vidéos...). Verbo aurait pu se limiter à un film inabouti, victime de quelques maladresses, mais tant de fausses idées, infligées avec tant de prétention (l'alibi culturel Don Quichotte, le message de la beauté...) au spectateur, ne parviennent au final qu'à le faire trébucher de plus haut.

A la manière d'un Sucker Punch (raté, selon nous), Verbo tente vainement de mettre en image les fragilités de nos teens, son utilisation de codes puéril ne parvient pas à rendre crédible une problématique pourtant riche et passionnante (Le Labyrinthe de Pan, lui, y parvenait). Verbo dégage, malgré une ambition initiale certaine, le parfum du "bon coup" calculé, il semble transpirer d'une envie de devenir le film emblématique d'une génération incomprise. Hélas, devant tant de sincérité feinte, tant de maquillages artificiels (les parties animées) et de représentations creuses et usées, Verbo irrite profondément et ennuie rapidement (à moins que ça ne soit l'inverse...).

A la rédaction, nous avons vécu ce Verbo comme une tentative d'escroquerie intellectuelle, mais malgré nos recherches, il ne semble pas possible de porter plainte contre ce genre de faits !


Colorful (Karafuru, Keiichi Hara, 2011)


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Arrivée dans l'au-delà, une âme se voit accordé une chance de réparer et comprendre ses erreurs. Elle est pour cela renvoyée sur terre dans le corps de Makoto, un adolescent mal dans sa peau qui vient de tenter de se suicider. La découverte du difficile quotidien de Makoto sera elle une chance de "rédemption" ?

Très belle et très sensible histoire sur un adolescent en détresse, Colorful possède l'immense qualité de traiter d'une bien jolie manière le thèmes difficile du mal-être chez les ados. A travers cette âme expérimentant la vie abimée de son hôte, Keiichi Hara,  aborde la question du besoin et du rejet des autres, et parvient à distiller de très beaux moments d'émotion avec une grande délicatesse .

Le spectateur reconstruit, en même temps que cette âme, le parcours de fragilités et de souffrances de Makoto, il expérimente lui aussi, touche après touche, le sentiment d'incompréhension et d'isolement ressenti par Makoto. C'est cette compréhension de l'autre et de ses souffrances que Colorful parvient admirablement bien à retranscrire et partager avec nous.

Visuellement très beau et sobre, Colorful est une belle immersion dans une famille japonaise contemporaine. En dépit de son sujet difficile, le film de Hara parvient à exhaler, à l'image de son affiche, un agréable parfum de bonheur et de bien être pour le spectateur. Et c'est finalement bien de bonheur dont il est question dans Colorful !

Un bémol cependant. Si Colorful évite habilement la naïveté et la compassion excessive, s'il évite aussi le sentimentalisme stérile, à Doorama on est moins séduit par cette impression de morale, de "leçon de vie" qu'il laisse au final. Mais devant le message qui nous est ici livré, on se dit aussi : "et si c'en était une ?".